Osh-Kashgar, 430 km a pied, ca use les souliers

Publié le par CapAsia

31 mars, vice du jeu au bazar, camaraderie dans le parc d’Osh

 

 

 

Nous sommes depuis hier soir a Osh et nous recuperons des 24h passees dans des camions hors d’age sur une route defoncee. Apres une nuit complete, nous descendons au bazar de la ville que nous n’avions pas totalement explore lors de notre premier passage express. Nous achetons quelques coiffes locales, notamment le fameux telpak que portent les hommes, ce chapeau en feutre blanc brode a la forme haute unique en son genre. Un attroupement nous attire dans une allee. Ce sont des hommes, accroupis qui parient au jeu de la balle et des gobelets. Trois gobelets en plastique, une petite balle et un “magicien”. Le principe est simple : il s’agit de parier sur le gobelet qui cache la balle. Le jeu parait simplissime. Sans nous en apercevoir nous passons en un instant de simples curieux au role de joueurs et nous voila roules. Tous nous crient “la, la, est elle la!” Mais oui c’est evident, elle ne peut etre ailleurs… et pourtant… Un puis deux puis plusieurs billets y passent… nous perdons gros dans l’affaire (ce qui est relatif compte tenu de la valeur des billets ici).

Encore enerves de nous etre fait prendre au jeu, nous rejoignons le parc de la ville ou regne par cette belle journee une ambiance de fete, de joie, de gaiete. C’est la que respire le coeur de la ville, parmi les allees ombragees. Les tables de ping-pong sont de sortie, les joueurs d’echecs endimanches se livrent de belles batailles, on joue aux cartes, on tire a la carabine, on rie, on pousse la chansonnette au stand de karaoke ambulant… Bref, il fait bon s’assoir sur un banc et observer.

Le soir venu nous decidons de “tester” la vie nocturne et nous nous retrouvons dans un club ou un streap-tease est programme! Une simple danse du ventre en verite…

 

 

1er avril-11 avril : 430 km de marche sur les hauts plateaux du Pamir

 

 

 

Nous partons le 1er avril en direction de la Chine. Nous devons rejoindre le col d’Irkeshtam, poste frontiere kirghizo-chinois a 3200 metres d’altitude puis l’oasis de Kashgar dans la province du Xinjiang, la plus grande de Chine mais aussi l’une des moins peuplees. Nous sommes partis tard d’Osh et ne marchons que 32 km le premier jour, sous la pluie. Nous sommes heberges le soir venu dans une petite ferme du bord de route. Amusant, sur la route chaque village accuse le suivant d’etre un village de bandits, ce qui nous fait bien sourire a la vue de la gentillesse des gens. Le lendemain nous partons des l’aube pour une etape sous la neige. Notre objectif est de nous rapprocher du col de Chirchlik que nous franchissons le lendemain a un rythme qui nous etonne nous-meme. En 12 km nous prenons 800 metres d’altitude pour nous retrouver a 2450 metres. Au sommet, après 2h30 de montee, nos coeurs battent a moins de 130 pulsations/minutes. La descente  est vertigineuse et nous croisons des camions kirghizes revenant de Chine, charges a bloc, crachant dans le ciel bleu leur fumee noire. Un coup de klaxon et le pouce leve, ils nous encouragent. La route longe une riviere qui nous separe des villages, seulement accessibles par des passerelles branlantes que les gamins secouent pour s’amuser. Apres 35 km nous atteignons Kyrkol, un village ou l’on nous offre du yaourt et du the. Les familles ont sorti les bancs et s’amusent de nous voir passer. Leurs sourires et le petit en-cas nous relancent pour 10 km supplementaires jusqu’au village de Kyzil Korgan, borde de magnifiques falaises rouges. Entre temps et pour la premiere fois depuis notre depart, je connais deux alertes successives et file droit dans le fosse pour soulager une belle diarhee. Le lendemain il n’y paraitra plus. Il est 18h20 et 5 hommes nous invitent a les rejoindre le long de la riviere. Ils fetent un anniversaire et descendent quelques verres de vodka. Nous restons distants car l’arak comme ils l’appellent ne rend pas toujours les hommes de tres bonne compagnie. Ils deviennent en general assez lourds et ce soir n’echappera pas a la regle. Ils nous invitent a passer la nuit chez l’un d’eux. Ils parlent beaucoup, evoquent un sauna, un bon repas, des filles… Il est deja trop tard pour repartir et nous acceptons en tentant de leur faire comprendre qu’apres 45 km de marche, nous souhaitons avant tout nous reposer. Comprehensifs, ils nous laissent nous coucher après le diner mais nous reveillent bien emeches a 2h30 du matin, pour faire la fete! Devant notre refus, Tolik, notre hote, reveille sa mere et sa fille de 10 ans qu’il colle aux fourneaux pour le reste de la nuit! Nous finissons sur leurs nattes.

Le lendemain, Tolik qui n’a pas dormi est en forme! Ses amis cuvent dans la piece commune. Confus de la veille, il nous offre des oeufs et du pain avant notre depart.

Nous enchainons de nouveau 45 km dans la journee, tout en prenant le temps d’un pique-nique 3 etoiles dans une allee bordee de rhododendrons. Le temps est radieux, il fait chaud et nous observons la vie du village. Les brebis agnellent et c’est la saison des amours pour les anes qui se font bien entendre. Une Lada s’arrete a notre hauteur et on nous offre deux pains. Les commercants viennent d’Osh et fournissent la region. La voiture en contient 1000! Nous profitons des pompes a eau des villages pour nous rafraichir car la chaleur est vraiment lourde et la poussiere de la chaussee defoncee s’accumule sur nos visages transpirant. L’occasion de quelques echanges avec les habitants qui nous l’affirment : jamais ils n’ont vu de marcheurs rejoindre la Chine. “Ou sont vos velos?” nous demandent-ils.

La derniere difficulte de la journee est un petit col non repertorie de 3 km. La pente est tres raide mais la encore nous franchissons l’obstacle sans peine avant de profiter d’un soleil couchant sur les sommets du Pamir. En contrebas, isolee dans une vallee, nous apercevons une petite ferme. C’est la que nous demandons l’hospitalite. Akelay, la mere de famille, nous accueille les bras ouverts. Son mari, saoul, cuve dans une piece et ses 5 jeunes enfants ramenent les chevres des champs. A l’heure de la soupe, tout le monde se reunit dans la cuisine, y compris le pere que les gamins, pas rancuniers, couvrent de baisers. Une lampe a huile éclaire la table et nous passons une belle soiree pleine de complicite. Ici on se couche tot mais après 47km, le sommeil ne tarde pas a venir.

Nous sommes le 4 avril et un col a 3615 m nous attend. Nous partons a 7h en laissant a la famille un pain et du beurre.. Apres 20 km et un vent glacial dans le visage, Zurikbay, le proprietaire de la derniere maison avant le col, nous offre le the et du pain. Il regrette de n’avoir rien d’autre mais lui et sa femme ont perdu leurs emplois a la suite de la perestroika menee par Gorbachev. Ils ne manquaient de rien et voici qu’a present, ils n’ont plus rien. Seule lui reste la culture et sa passion pour Alexandre Dumas dont il a lu tous les romans. Nous sommes prets a affronter la terrible ascension que l’on nous annonce depuis des dizaines de kilometres. Nous sommes a bloc pendant la premiere moitie de l’epreuce avant de flechir quelque peu. Le manqué d’oxygene commence a se faire sentir mais nous parvenons deja au sommet enneige ou souffle un vent terrible, apres 1300 m de denivele. Au bout de la descente se situe Sary Tash ou nous passons la nuit chez l’habitant. Nous nous contentons de 40 km aujourd’hui puisque nos epaules et nos genoux reclament du repos. Le village se presente comme un grand croisement : a droite, le Tadjikistan et le Pic Lenine (7100m), a gauche, la Chine. Si tout va bien, nous y serons dans 2 jours.

 

 

Mercredi 5 avril, les joues vertes!

 

 

 

Ce matin, Remi a les joues vertes! Oui, vertes! Il a fait tres froid dans la chambre et les couvertures n’ont pas suffi. C’est grelottant qu’il prend la route en direction d’un col a 3500 metres. Inquietant. A 2km/h, peinant pour avancer, il ne peut profiter du paysage pourtant somptueux. Nous marchons sur des montagnes russes qu’ils appelent ici montagnes “americaines”! Toute la journee, courageusement, Remi continue d’avancer jusqu’a ce que nous nous posions pour la nuit dans un boui-boui du bord de route, tenu par de tres, tres jeunes adultes (le plus vieux a 20 ans, le plus jeune 14, mais que font-ils la?). Nous jouons au UNO avec eux avant que Remi ne vomisse tout ce qui l’encombrait aujourd’hui, le soulagement et la promesse d’une nuit tranquille.

 

 

Jeudi 6 avril : frontiere et backchich

 

 

Il a neige cette nuit et il fait un froid de canard ce matin. Le vent de face nous cloue sur place et c’est frigorifies que nous avancons. Le chemin (cette route connaitra-t-elle l’asphalte un jour?) est une patinoire et Remi se retrouve les 4 fers en l’air, sur le cul! Nous sommes sur une crete a 3000 m et rien ne nous est epargne. Apres 10 km nous decidons de rejoinder la frontiere situee a 20 km en camion pour nous assurer de la franchir aujourd’hui.

Nous debarquons dans un monde inconnu : des milliers de camions sont entasses sur un vaste terrain vague et attendent qu’on veuille bien les laisser passer. C’est un village dans lequel les maisons sont des remorques remplies de ferraille. En Kirghizie, le kilo s’achete 0.02 euro alors qu’il se negocie autour de 0.10 euro en Chine.

Le medecin ne nous osculte pas, il annonce un tarif : 200 com (5 dollars). Pour quelle raison cher monsieur? “Vous n’avez pas de certificat qui atteste que vous n’etes pas atteints du virus du Sida, je vais donc vous en etablir un, c’est 5 dollars”. Voila ce qu’on appelle couramment un backchich. Les chinois soit disant reclament ce certificat pour nous laisser penetrer sur le territoire. Nous protestons : faites votre boulot, oscultez-nous! Pas question pour lui, que l’on soit malade ou pas, il s’en fiche, il sait que nous sommes dos au mur. Pas d’attestation, pas de passage de frontiere. C’est une guerre des nerfs qui s’entame mais elle est de courte duree. Nous pretendons avoir tout notre temps mais lui aussi, d’ailleurs c’est l’heure de manger! “Excusez-moi chers messieurs, je reviens dans deux heures!” Enfoire va, les voila tes 5 dollars…

Cote chinois, la petite femme qui nous enregistre nous lance un “welcome to China” bien formel. C’est qu’a l’approche des J.O, l’empire du Milieu a sans doute quelque peu envie de redorer son blazon aupres des occidentaux. La fouille des sacs est rapide, presque distraite alors que nous nous faisions un sang d’encre. On nous confisque tout de meme nos radis et un saucisson pour la “securite alimentaire”. Je parviens a sauver le beurre et le pain, faut pas deconner.

Nous voila en Chine, sous la pluie. Nous changeons 20 dollars et entamons la route qui mene a Kashgar a 220 km du poste frontiere, de ses magasins de pieces detaches, de son immense casse et de ses bordels a peine dissimules.

Nous avons avance notre montre de 2 h car ici, on vit a l’heure de Pekin, pourtant a plus de 3000 km de la. Il est donc 18h30 et il nous reste 4 h de marche jusqu’au premier village. Nous pensions descendre et nous montons, encore et encore. La route est magnifique et dans les grands paturages nous observons desormais des chameaux. Nous en avions reve puis finalement pensions ne jamais en rencontrer, mais ils sont la. Contraste saisissant avec les 4x4 flambant neufs qui traversent les steppes bitumees pied au plancher. Histoire et modernite, vive la route de la Soie au XXIeme siecle!

Il est 22h quand nous parvenons, fatigues, au village. Ce sont des kirghizes qui vivent ici et une famille nous propose une chambre pour la nuit. Ici les maisons ressemblent a s’y meprendre aux habitations de terre du Maghreb, avec des toits plats et un confort bien spartiate. Les toilettes sont en face, dans le champ du voisin…

Rencontre inattendue le lendemain matin : Jean-Francois, un cyclotouriste Breton acheve une epopee de 5900 km en Chine, depuis Shanghai. Visiblement, il est lui aussi ravi de cette rencontre et pour cause, voila 3 mois qu’il n’a pas vu un occidental! Parti en novembre 2004 autour du monde, il “rentre a la maison.” Echanges de conseils, d’encouragements, d’adresses et chacun reprend sa route.

Dans le seul village d’importance indique sur la carte, nous faisons qq provisions : pain et oeufs essentiellement puisque le seul magasin du village n’a pas du etre approvisionne depuis belle lurette. Nous achetons aussi de l’eau minerale. Le vendeur nous donne une bouteille pour 5 Yian (0.5euro) mais une cliente intervient et nous en rajoute deux. Il faudra etre vigilants sur les prix! Le soir nous passons la nuit dans un village sans nom ou les gens vivent reelement comme au siecle dernier. Aucune voiture, aucune machine agricole, aucun confort. Au matin nous demandons s’il est possible d’avoir un petit dejeuner contre un peu d’argent mais ils n’ont pas autre chose que du the (de l’eau chaude ici) et du pain sec. Nous nous en contenterons.

Eau et pain sec constitueront d’ailleurs notre unique menu pour 3 repas et une nuit sous un pont, seuls dans l’immense décor qui nous entoure. Nous finissons cette marche de 12 jours sur les rotules, amoindris par l’absence d’une nourriture equilibree : par un morceau de viande, pas un legume vert a se mettre sous la dent pendant plusieurs jours. Nous nous rattrapons a notre arrive a Kashgar après 430 km de marche au cours desquels nous aurons successivement eu tres froid, tres chaud, tres faim, tres mal aux pieds et surtout la joie intense et sans precedent d’ etre arrives a notre but, d’etre parvenu a Kashgar, l’oasis millenaire qui s’est fait tant desiree. Notre unique envie est de nous reposer, de manger et surtout, surtout de nous laver car la derniere douche et la derniere lessive remontent a deux semaines. Nous n’avons jamais ete aussi sales et, honnete, le receptionniste de l’hotel se pince le nez en nous donnant la cle! Vive la Chine…

 

 

Kashgar, la “grosse bouffe”

 

 

 

Notre priorite a Kashgar est donc, vous l’aurez compris, de reprendre des forces, ce qui n’est pas difficile tant les tentations sont grandes. Dans la vieille ville musulman sont installes des dizaines de vendeurs ambulants et leur charette qui proposent des bols de plov, des brochettes, des tetes de mouton et leur jus (mon coup de coeur), du poulet aux pois chiches (celui de Remi), des langmans (nouilles fraiches) des fruits, des tranches de pasteque et d’ananas a la demande. Les odeurs se melangent, on se repere aux dechets qui jonchent le sol, eclaires par de multiples lampions…

Il existe egalement un quartier chinois, moderne et propre ou l’on sert une nourriture plus variee et plus epicee que la cuisine ouighoure : pigeon, poisson, porc…rat? Chien? C’est un peu plus cher aussi, disons que cote ouighour on ressort le ventre plein pour 0.40 euro et qu’il faut compter 0.60 cote chinois! On ne sait pas vraiment ce qu’il y’a dans l’assiette mais nous quittons les cantines en plein air le ventre plein, rassasies. Les façades des immeubles sont couvertes de pub et de neons clignotants. Sous l’oeil bien faisant d’une statue demesuree de Mao, les vendeurs de CD font crier leurs enceintes, les salons de coiffure rivalisent de creativite pour une jeunesse qui cherche l’originalite et les cybercafes proposent dans une atmosphere enfumee un monde virtuel qui semble passionner tous les jeunes chinois. Avec leurs yeux globuleux ils font peur a voir.

Du point de vue culturel, Kashgar possede un bazar tres traditionnel ou l’on peut observer les cordonniers, les chaudronniers, les fabricants de couteaux, les chapeliers et les menuisiers dans leurs oeuvres. C’est du grand bazar d’Istanbul ou plutot de ses arrieres boutiques que se rapproche le plus Kashgar car ici n’ont plus la mecanisation n’a pas pris le pas sur le travail manuel.

A proximite de la mosquee Id’Kah, coeur de la ville historique, on joue au billard en plein air. Les musulmans et les chinois han ne se melangent pas vraiment, chaque communaute respectant l’autre mais restant dans son quartier.

Nous restons a Kashgar jusqu’a Dimanche, le jour du grand bazar, sans doute le plus impressionnant que nous verrons pendant ce voyage. Lundi nous prendrons la route du Pakistan, la celebre et sublime Karakorum Highway. 400 km de marche avant de decouvrir une nouvelle culture.

 

 

Publié dans Chine (Kashgar)

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pierrot 05/05/2006 12:13

Salut les gars,
Alors la marche ça creuse ! J'imagine vos têtes faméliques se jetant sur la bouffe à Kashkar !
Continuez bien votre route
 
Pierre

francis macron 29/04/2006 15:52

Vous avez bien de la chance à :Kash -Dalleon on mange du rat pour queue dalleNous sommes admiratifs, bon courage les garsA+

mathieu 27/04/2006 17:43

Salut les grands malades,

Vous avez une sacrée chance de vous ballader dans ces décors magnifiques. J'espère que vous avez toujours la patate. Je voulais dire à Gazou que samedi 29 avril, le psg et l'om s'affronte en finale de la coupe de france, et que si Paris perd, tu peux rester à Pekin, vieux merle!

A + les gars