Mardi 21 mars
La ville de Karakol est en fete, c’est aujourd'hui Novrouz, le nouvel an musulman. Comme pour une grande kermesse, on a installe un peu partout dans la ville des scenes et des tables de camping ou l'on peut gouter les specialites du pays. Les babouchkas ont sorti leurs poussettes de bebe dans lesquelles elles vendent des cigarettes et des beignets frits. L'ambiance est bon enfant, on regarde les enfants des ecoles faire des representations et on vote pour le plus beau couple d'astakal, les "anciens" que l'on respecte profondement.
Le spectacle le plus impressionnant se deroule a l'hyppodrome. On joue au Oulak tirtich, le "rugby a cheval". Le principe est simple : deux equipes se disputent une chevre morte et decapitee qu'il faut aller placer dans un embut. La bete pese quand meme plus de 20 kg et l'engagement est total : on crie, on fouette son cheval pour le faire penetrer dans la melee, on se penche pour saisir la peau en evitant la chute et les coups de sabots... Le tout sous les yeux d'un public passionne et connaisseur.
Du 22 au 26 mars, la
Nous reprenons la route le long du lac Issik-Kul, sous le soleil. En quatre jours de marche, nous enchainons 160 km. Les journees sont printanieres, agreablement douces mais les nuits restent glaciales. Nous demandons l'hospitalite dans les villages de la rive sud du lac. Contrairement a l'Ouzbekistan, les gens ici acceptent volontiers une participation. Avec un salaire souvent inferieur a 100 $ et des familles nombreuses, cela n'a rien d'etonnant. Le 24, nous traversons un village dans lequel on nous propose de rencontrer un chasseur a l'aigle. L'homme est atypique sous son kelpak traditionnel. Il possede 5 aigles dont le plus age, 22 ans, a tue 7 loups dans sa carriere. La mise en bouche est exitante puisque la maison du chasseur est remplie de peaux de renards et de gibiers empailles.
Malheureusement, nous allons assister impuissants a un spectacle grotesque, odieux. La chasse a l'aigle se tient a l'hyppodrome du village. Nous avons conclu un accord : un aigle-un lapin, pensant admirer l'aigle tournoyer sur nos tetes, ecoutant les ordres du chasseur et cherchant le gibier, pour peut-etre, finir bredouille. Nous comprenons trop tard comment se passe la chasse. L'homme grimpe sur la montagne, aigle au poing, pendant que son fils laisse sortir d'un sac un pauvre lapin impuissant, mou comme une chique. Ses yeux rouges en disent long sur son etat de forme et, avant qu'il n'ait fait le moindre mouvement, l'aigle, de ses serres surpuissants, l'etouffe. Heureux, le chasseur nous demande "voulez-vous qu'il le mange?" Allons-y, pourquoi pas, puisqu'il en est ainsi dans une partie de chasse "traditionnelle". Comprenant notre degout, le chasseur nous laisse reprendre la route sans demander son reste.
Nous enchainons les kilometres preoccupes par la matinee que nous venons de passer. Est-ce bien vrai que nous avons paye pour ce spectacle affligeant? Combien de touristes se sont eux aussi fait avoir? Et combien de lapins endorphines se sont-ils fait bouffer? Brigitte, si vous nous lisez...
La nuit tombe et nous venons de quitter le lac pour une piste qui traverse un paysage desertique. Koshkor, le premier village est a 40 km. Nous n'avons comme provision que notre boite de sardines de secours et un pain achete dans une ferme. Pas un vehicule ne passe par la, nous envisageons donc une nuit sous la tente, ce qui veut dire une mauvaise nuit puisque nous nous sommes separes de nos sacs de couchage il y'a un mois.
Sur notre droite, encore au loin semble se dessiner les contours d'une yourte. Nous approchons et c'est avec le sourire que le berger Oumourbek nous recoit. Pour la premiere fois nous allons vivre une nuit sous la yourte, peut-etre meme sous la premiere yourte installee dans la region, seulement depuis hier d'ailleurs. Nous mangeons une soupe delicieuse que sa femme Bourouldjal prepare dehors, sur une cuisine ambulante installee sur le sol. Un cavalier arrive a son tour, un ami. A 75 ans, il "saute" de son cheval pour se joindre a nous. Ici la famille va vivre un mois avant de grimper dans les jailoos, les paturages d'ete a 3000m, pour 5 mois.
La nuit est tombe mais la yourte est chaude, un feu entretenu en son centre. Par l'ouverture du toit nous contemplons les etoiles, heureux.
27 mars
Apres le petit dejeuner nous quittons nos amis et partons pour une journee de liaison. Il nous faut rejoindre le sud du pays pour, enfin, aborder la Chine et rester dans les temps. Alternant bus et stop dans un camion hors d'age, nous rejoignions la vallee de Sussaymur. Nous dormons dans le petit village de Tugol Say, accueillis par un couple de septagenaires qui mangent du beurre de chevre a la cuillere, tout en pretendant faire attention de ne pas en abuser.
28 mars, 57 km a pied
Nous traversons ce matin une suite de villages bien ternes ou l'unique activite visible des villageois est d'actionner les pompes a eau pour remplir des bidons qu'ils tirent ensuite avec de petites charettes a bras. Apres 29 km, nous traversons le village d'Aral qui marque aussi un changement de paysage spectaculaire. La route n'est plus asphaltee mais devient un chemin escarpe, semblable a un cours de tennis a Roland Garros. Nous sommes dans un canyon rouge aux parois fascinantes. Seul le vent de face, frois et soutenu, vient troubler notre
29 et 30 mars, deux jours sans sommeil
Nous venons de parcourir 285 km en 8 jours de
Durbai nous invite a prendre place dans son ZyL, un camion trentenaire qui ne depassera pas les 40 km/h. Le bruit est assourdissant. Le chauffeur emprunte la route tous les jours (plus de 12h de conduite) pour un salaire de 60$ par mois. Il a 36 ans et bientot 5 enfants a nourrir. A 23 h, il arrive a Toktogul, sa destination. Nous decidons de faire du stop a proximite d'une station-service et apres 20 minutes, un second camion s'arrete. Marat, 50 ans, a decore sa cabine comme l'interieur d'une discotheque dont il ecoute les tubes d'une oreille distraite. Nous venons sans doute de tomber sur le camion le plus lent du pays. Nous parcourons 150 km en... 9 heures, avant de tomber en panne, sous la pluie. Il conduit depuis 15 h d'affilee et le voila, toujours souriant, sous son camion, a genoux dans une flaque d'eau, les mains dans le camboui. Nous ne pouvons rien faire pour l'aider et stoppons un troisieme camion qui nous conduira jusqu'a
