entre noel et le jour de l'an en Iran

Publié le par CapAsia

26 decembre, une journee avec la jeunesse iranienne

Apres une nuit complete, nous rejoignions Bezhad, le jeune etudiant rencontre hier soir. Il est accompagne d'un ami et se fait un plaisir de nous balader aujourd'hui, un peu comme des trophees. Il est bien agreable de visiter une ville avec un habitant qui parle anglais. Nous traversons le superbe bazar ou Remi fait emplette d'une echarpe pour 2 euros. Nous penetrons aussi dans les ateliers des fabricants de couteaux, specialite de la ville. D'ailleurs tout le monde s'etonne que pour un tel voyage nous n'ayons pas sur nous des poignards comme eux. Le cousin de Bezhad nous propose le sien, avec une lame d'au moins 20 cm. Nous aurions sans doute plus d'ennuis avec que sans. Nous dejeunons ensuite avant de se replonger dans l'atmosphere particuliere d'un bazar en hiver. Les iraniens adorent le feu, ils en font partout! Dans le bazar, les rechauds sont allumes pour chauffer les echoppes, on peut aussi voir de vieux bidons d'essence enflammes dans la rue et meme dans les minibus qui quadrillent les villes. Nous sommes chaque jour surpris par des scenes de vie inhabituelles chez nous comme les doubles files d'attente devant les boulangeries et les bus dans lesquels les hommes s'assoient dans la premiere moitie et les femmes dans la seconde. Nous voudrions penetrer dans l'enceinte de l'universite pour rencontrer les etudiants mais l'acces nous est interdit. Nous sommes au contact de cette jeunesse dans la soiree, dans une maison a the autour d'une pipe a eau, un endroit tranquille ou les jeunes viennent flaner, discuter et echanger leurs numeros de portables...

27 decembre, rien de tel qu'une bonne marche pour repartir

Aujourd'hui nous prenons la route de Soltanyeh, a 45 km de Zanjan. C'est notre premiere grosse marche depuis la tourista de Remi. On nous a prevenu, "n'y allez pas a pied. il y'a des loups!" Quelle blague! Nous sommes sur une 4 voies ultra passagere, avec la plaine des deux cotes, le genre de journee ou nous marchons tete baissee, respirant les gazs d'echappement des moteurs fatigues des camions iraniens. Et il fait un froid de chien! L'eau gele dans la bouteille! Aux chauffeurs de taxi qui s'arretent a nos cotes et nous hurlent de monter, jamais mechamment, nous nous contentons de repondre en levant le menton , signe qui signifie "non" depuis la Turquie. Les derniers kilometres sont difficiles et le dome de Soltanyeh, le plus grand dome en brique du monde semble s'eloigner a mesure que nous approchons. Apres une derniere ligne droite de 10 km nous apprenons a l'entree du village qu'il n'y a nulle part ou dormir. Il nous faut retourner a Zanjan! Non jamais de la vie, plutot dormir dehors! Comprehensifs, les archeologues charges de la restauration de l'edifice (un chantier qui prendra 60 ans) nous accueillent dans la maison qu'il occupent a proximite du site.

28 decembre : grosse fatigue

En remerciement de leur accueil, nous prenons le temps ce matin de nous interesser au travail des archeologues. Les ceramiques du dome, fortement endomagees sont retravaillees une a une. Nous reprenons la route mais sans reelle motivation ce matin, la marche d'hier a laisse trop de traces. De plus la route que nous empruntons n'est pas asphaltee et nous nous retrouvons avec des chaussures alourdies par la terre. Le chariot se fait lourd et nous multiplions les pauses. Pas de jus, nous n'avons pas de jus ce matin. Apres quelques jours d'interruption forcee, nos capacites physiques ont diminuees et nous devons rejoindre Qazvin en bus, apres 8 km. Nous n'y restons que le temps d'une rapide visite avant de partir en savari (taxi collectif) pour Alamut, un village de montagne ou nous randonnerons demain. La route est difficile et tres technique. Le chauffeur est completement dingue. La nuit est tombee et il enchaine les virages pied au plancher, traverse de petits villages sans ralentir et se joue des bas cotes enneiges. Une fois le village atteint, nous occupons la petite piece sommaire du refuge de Koozaran, mal chauffee par un poele capricieux.

29 decembre : chateau des assassins

La nuit a ete froide et difficile. Nous cherchons un market pour quelques courses mais le village offre bien peu de possibilites. La petite echoppe est d'un autre temps et c'est un peu la penurie. Tant pis, nous aurions du prevoir le coup et nous nous contenterons de saucisses de dinde, de beurre et de galettes de pain pendant 2 jours. Nous visitons le chateau des assassins niche au sommet de la montagne qui domine le village. Les explications sur l'origine de ce chateau sont diverses : certains affirment que de nombreuses vies y furent sacrifiees par des bourreaux gaves de haschish par leur maitre saffavide Hassan Saba, d'autres pretendent comme Amin Maalouf dans son roman " Samarcande " que le terme Assassins voudrait dire "fidèle au Assass ", le fondement de la foi. Ici vit le garde et toute sa famille qui, en guise d'explication, se contente de dire "Saffavides", "Hassan Saba" et "Mongols" pour decrire les differentes pieces laissees par les empires successifs. La visite est finalement decevante et nous preferons repartir a pied des aujourd'hui plutot que de moisir dans ce "trou". Nous enchainons 12 km de descente a bonne allure mais la nuit tombe deja alors que le prochain village est a plus de 25 km. Nous pourrions bien dormir sous la tente mais la temperature tombe tres vite a cette altitude et, malgre notre equipement, nous prendions alors de vrais risques. Nous finissons la route a bord d'une camionnette qui nous reconduit a Qazvin d'ou nous partirons demain en direction de Teheran.

30 decembre : Teheran, megalopole attachante

Pour rallier Teheran, nous prenons un bus Mercedes, vieux et bruyant, comme nous les aimons. Sous le monument Azadi, l'arche qui symbolise Teheran, nous retrouvons Hamzeh, notre contact esperantiste dans la capitale. Il nous promene en voiture dans la ville avant de nous conduire dans un petit restaurant sympathique. Les iraniens se deplacent rarement a pied, prenant souvent le taxi pour de petites courses. Cela explique le nombre incroyable de Paykan blanches (la voiture legendaire en Iran) qui sillonent les rues de la capitale. Avec un collegue de travail et se famille, nous montons sur les hauteurs de la ville pour un apres-midi samovar des plus agreables. Les iraniens sont des professionnels du pique-nique et du the. Leurs origines nomades sans doute expliquent ce plaisir qu'ils ont a etendre de grandes couvertures sur le sol, a faire un feu et a prendre le the en grignotant des noix et des fruits secs. Nombreuses sont les familles qui viennent ici prendre du bon temps, malgre la temperature extremement fraiche de la journee.

31 decembre, jour comme les autres

En venant a Teheran, nous pensions qu'une capitale de 14 millions d'habitants ne pouvait totalement ignorer le nouvel an. Faux! Ici rien de particulier, pas une decoration qui nous fasse penser a la fete qui va se derouler aujourd'hui dans presque tous les pays du monde! Et alors? Peu importe, des reveillons, nous en verrons d'autres. Nous n'avions rien prevu d'exceptionnel et tant mieux, nous n'aurions pu etre que decus!
Nous continuons notre programme a Teheran par la visite de M. Siruz, directeur de l'agence de voyage Caravan Sahra, un sexagenaire tres dynamique qui nous recoit de belle maniere dans son bureau. A toutes nos questions il apporte les reponses attendues, mieux, il nous conseille sur les routes a suivre pour la marche. Mieux eclaires, nous pouvons enfin planifier notre itineraire. Nous passons ensuite voir son frere qui tient une superbe librairie comme on en fait plus, le genre d'endroit ou l'odeur des bouquins usages vous envoute et vous transporte... Le choix est large et nous denichons quelques ouvrages relatifs aux caravanserails du pyas, il en compte plus de 1000.
Pour rejoindre Hamzeh au club d'Esperanto, nous nous offrons l'attraction la plus folle et la moins chere qui soit : une course en moto-taxi, a fond les ballons dans les rues engorgees de Teheran, a trois sur la moto, sans casque, evidemment.

Nous rencontrons les esperantistes de Teheran, tres ouverts et dynamiques, bien curieux aussi de savoir ce que les francais pensent de l'Iran. Les gens ici ont un complexe d'inferiorite stupefiant. Le paradoxe aussi d'etre fier d'etre iranien tout en jalousant le mode de vie occidental, ou plutot les libertes qui l'accompagnent.
En rentrant chez Hamzeh, le chauffeur de taxi me propose de conduire sa Paykan sur un kilometre! Sans hesitez, je passe la premiere et nous voila partis! La conduite ici est facile : il n'y a aucune loi a respecter, "droit devant, en evitant les autres!".

Alexis

Publicité

Publié dans Iran

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
hey gars, fais gaffe si tu reconduis une caisse : des virages serrés, y'en a pas qu'à moretland !
Répondre
T
le code de la route pourrait aussi se traduire par  "pas de feu rouge, le pied!" ou alors, pour les moins optimistes,  "inch allah je serai encore en vie après l'intersection"!
Répondre