bivouac, controles et inquietudes...

Publié le par CapAsia

4 Janvier 2006, et toujours les controles...

L'hotel etait minable et les matelas bien durs mais la nuit, malgre tout, reparatrice. Dans la matinee nous visitons les maisons historiques des riches marchands de la ville. Elles datent du XVIIe ou XVIII et se composent de plusieurs cours au centre desquelles de magnifiques bassins refletent les facades travaillees.

Avant de partir tete baissee vers le sud et Ispahan, en empruntant les petites routes, nous voulons nous assurer qu'elles sont ouvertes et autorisees. Et heureusement! Les employes de l'agence de voyage dans laquelle nous sommes nous affirment que les chemins indiques sur la carte sont impraticables en raison de la neige et interdits par l'armee. Nous sommes quittes pour longer les grands axes, il faut croire qu'en Iran c'est le seul moyen d'eviter les ennuis et les soirees-commissariat.

La journee est deja bien entamee et nous decidons de partir en stop vers un croisement a 40 km, d'ou nous prendrons une route autorisee pour nous rendre dans le village d'Abyaneh. Apres 8 km de marche, une jeep de la police s'arrete. Nous sommes controles, tout est en regle mais les deux flics, pourtant sympathiques, nous obligent a prendre un taxi pour rejoindre Abyaneh. Comme souvent nous ne comprenons pas grand chose a la conversation entre le chauffeur et les policiers mais 20 kms plus tard, tout est clair : le chauffeur vire a droite et nous conduit tout droit vers un poste de controle militaire. Je pete les plombs, qui sommes nous pour etre constamment controles dans ce pays? Qu'avons-nous fait? La ''verification'' se limite a nos appareils photo et nous repartons apres 1/2 heure.

Le chauffeur nous depose comme prevu a l'intersection. Nous ne pourrons pas atteindre le village d'Abyaneh aujourd'hui et decidons apres 7 km de bivouaquer dans un ''trou'' de la montagne ou nous faisons un feu pour nous rechauffer. Le sol est presque plat et nos tendons la toile de tente en priant pour ne pas etre reveilles par les militaires en pleine nuit.

5 janvier 2006, bivouac dans la montagne

A en croire les stalagtites qui pendent le long de la riviere en contrebas de notre trou, la nuit a ete fraiche. On peut s'en douter, a 1500m d'altitude! Pour nous la nuit a ete bonne et le feu opportun. Apres 3h30 de marche dans un decor feerique, sur une route sinueuse entouree de sommets, nous atteignons le village d'Abyaneh. Ici vivent paisiblement quelques vieux qui passent le temps au soleil. Il n'y a qu'un minuscule market tenu par une petite vieille un rien arnaqueuse ou nous nous ravitaillons. Nous reprenons la route de montagne qui nous menera vers la grand axe Keshan-Ispahan. Nous ramassons quelques buches en marchant, en prevision d'une seconde nuit sous la tente. Vers 18h nous denichons l'endroit ideal : un dome en brique ou est stocke du foin. Nous nous preparons de confortables matelas et tentons stupidement d'allumer un feu avec quelques brins de foin, ce qui provoque immediatement l'enfumage de toute la piece qui devient irrespirable. Le feu du rechaud suffira pour ce soir...

6 janvier 2006, la toilette attendue

Ce matin je sors nettoyer notre popotte dans la riviere qui coule a 50 metres de notre abri. En frottant sur l'inox, je me gele litteralement les doigts, la douleur est insupportable! Le froid est vraiment l'ennemi de nos matinees et seule la marche permet de se rechauffer. Apres notre classique petit-dejeuner miel-nun (galette de pain), nous rejoignions la route principale. Comme tous les vendredis, la route est calme et nous profitons pleinement des paysages qui s'offrent a nous : a droite la montagne enneigee, a gauche, l'horizon. infini. Nous entrerons dans quelques kilometres dans le Dasht-e-Kavir, le plus grand desert d'Iran. Vers 11h30 nous marquons notre pause matinale au bord d'un petit canal ou une mere et ses enfants nettoient leur linge. Pas d'echanges, pas u n regard, ils partent. Notre presence est-elle si derangeante? Nous aurions pu nous arreter avant mais les echanges si faciles en Turquie nous ont habitues a aller vers les gens, a discuter, a observer. En Iran, l'approche est bien plus difficile. Les femmes et les enfants nous fuient et les seuls hommes qui viennent vers nous sont les chauffeurs de taxi. Les adolescents sur leur moto n'hesitent pas a nous aborder mais malheureusement ils sont trop souvent moqueurs et provocateurs. Leurs ''hello'' bien trop exageres nous enervent et nuisent aux relations. Non, il faut bien le dire, nous sommes decus. Nous attendions peut-etre trop de l'accueil iranien que l'on nous disait si vrai et naturel. Jamais en Turquie nous n'avons senti la moindre moquerie, les rires agacants des gamins. La route est encore longue alors attendons...

A quelques encablures nous atteignons le caravanserail de Shah Abbasi que nous pensions plus loin. Il est midi, nous n'y dormirons donc pas. D'ailleurs, aurions-nous pu? Les trois hommes qui y font secher de l'ail n'ont pas l'air d'apprecier notre visite. L'un d'eux pretend meme etre flic pour inspecter nos passports. Oui pourquoi pas? Quand l'uniforme des policiers du pays sera le bonnet et le gilet troue nous verrons...

Natanz est a 20 km, c'est une ville moyenne ou nous prendrons un bus pour Ispahan. En attendant, nous devons veritablement ''affronter'' la montagne : la pente est si forte! Epuises apres 2h d'efforts, le dos parralele a la route, nous dejeunons au somment du col. Nous enchainons ensuite tranquillement les derniers kilometres, la descente jusqu'a Natanz. Le timing est parfait puisqu'un bus arrive apres 5 minutes et nous voici en route pour la plus belle ville d'Iran, la ''moitie du monde'', Ispahan.

Arrives apres 1h30 de bus, nous rejoignions l'hotel des routards, l'Amir Kabir et ses petits dortoirs conviviaux. Apres 5 journees sans douche, nous profitons comme il faut de l'eau chaude et du chauffage avant de nous balader pres des celebres ponts de la ville.

7 janvier, comme des touristes

Visite d'Ispahan, classique. Difficile dans une ville de ne pas jouer le touriste, comme tous les autres. Nous decouvrons la merveilleuse place de l'imam, la deuxieme plus longue du monde,512 m, apres Tian-an-Men a Pekin. La mosquee Jameh dont les minarets dominent l'ensemble est grandiose, demesurement grande et fascinante. Ses mosaiques sont superbes et ses proportions parfaites.

Le reste de la ville n'est pas en reste, notamment le quartier armenien de Jolfa ou l'on peut visiter un magnifique musee qui contient entre autre le plus petit livre du monde ainsi qu'un cheveu place sous un microscope pour admirer des ecritures saintes qu'on y a gravees au XVII e siecle a l'aide d'un diamant fin.

Au Parsa Carpet, nous rencontrons Mortezar, un marchand de tapis qui connait parfaitement la Bretagne et la ville de Fougeres. Il nous raconte avec nostalgie l'epoque du Shah, quand les jeunes sortaient en discotheque et ecoutaient librement de la musique dans la rue. Aujourd'hui il regrette que les touristes repartent de l'Iran en imaginant que son pays est riche et ses gens heureux. Non pour lui la misere est trop bien cachee et les gens tristes, trop tristes.

8 janvier, paranoiaques?

Ispahan est une ville magnifique mais une ville-musee. Sommes-nous partis pour nous arreter dans ce genre de lieu trop longtemps? Tant pis pour les quelques monuments oublies, la route de la soie, c'est avant tout les caravanserails, comme celui de Koopahyeh vers lequel nous nous dirigeons ce matin en minibus. A 65 km d'Ispahan, ce sera notre point de depart pour une bonne portion de marche jusqu'a Yazd, 160 km plus loin. La visite se fait accompagnee d'un militaire asez detendu qui vourait bien se placer sur nos cliches. Non, assez de problemes pour le moment avec les militaires, desole vieux mais nous ne vous portons pas vraiment dans nos coeurs. Nous profitons de la beaute du batiment pour y pique-niquer. Nous reprenons la route assez tard et programmons 3 heures de marche tout au plus pour l'apres-midi. Nous marchons finalement 20 km et la nuit est tombee depuis longtemps quand nous entrons dans un petit village sans charme avec de viux batiments abandonnes ou je propose de passer la nuit. Un peu a l'ecart de la route, nous n'y serons pas deranges. Remi veut tenter de nous faire inviter. Il n'a pas tort, c'est le meilleur moyen pour ne pas continuer a croire que les iraniens ne sont pas aussi accueillants qu'on le pretend. Nous nous dirigeons vers l'un des trois cafes du bord de route dont les neons multicolor semblent etre l'unique eclairage du village. Les trois hommes sont souriants et nous offrent le the. Mais l'echange s'arrete la ou il aurait commence en Turquie. Trois bus de touristes iraniens de retour de Maschad s'arretent. Comme des mouches, tous les passagers sans exception se dirigent dans les toilettes, comme s'ils se retenaient de pisser depuis le depart de la ville sainte a plus de 800 kilometres d'ici. Puis sans la moindre gene etalent tous dans le cafe (qui est aussi un restaurant) leur propre the et leur nourriture.

Un homme engage la conversation avec nous dans un bon anglais. Il n'est pas passager des autobus mais est venu en voiture de la ville voisine, Toudeshk, pour nous rencontrer. Un de ses amis nous a vu sur la route et l'a prevenu de notre arrivee prochaine. Son discours est humaniste et rassurant, il se presente en ''ami des voyageurs'' et nous invite chez lui. Malgre tout, je ne le sens pas. Plus que le discours des gens, leur tete revele souvent leur personnalite et celle de Abbas n'inspire pas vraiment conscience. Tout ca ne me semble pas naturel. Remi lui est moins inquiet et nous acceptons l'invitation, Inch'Allah. Un ami nous accompagne et nous voici a l'arriere de la Paykan, balades sans trop pouvoir decider de notre sort. En chemin il pretend parler japonais et arabe mais ne sais me repondre quand je lui demande son age dans cette langue. Il pretend egalement etre adjoint au maire, instituteur et proprietaire de 3 maisons. Il aurait aussi visiter plusieurs pays d'Europe et connaitrait bien l'Inde mais il n'a aucune photo car on lui a vole ses appareils.

Nous nous arretons dans une ruelle sombre. L'endroit est ideal pour un ''guet-apens''. Si quelques filous rejoignent nos deux comperes, nous sommes perdus. Mais non, Abbas sait garder le suspens et il nous propose de fumer une qylian. Nous sommes dans une petite piece adjacente a une grande maison en terre avec une belle cour centrale. Abbas ne fume pas, il est asthmathique. Son ami tire bien sur la pipe a eau et nous rassure sur son contenu. Il emmene ensuite quelques navets dont il ne touche pas non plus, il n'a pas faim. Nous sommes mefiants et evidemment, cela se voit. Nous ne touchons pas aux navets, attendant qu'il en mange lui-meme. L'ambiance est lourde, nous sommes impatients de connaitre la suite de l'histoire qui se joue actuellement. Finalement la nourriture n'est pas droguee mais une fois de plus, nous attendons la suite. Abbas recoit appel sur appel, il semble inquiet, stresse... Etrangement, il maitrise de moins en moins l'anglais, comme si nous avions affaire a un autre homme.

Nous repartons toujours accompagnes de son ami. Les ruelles sont desertes et nous attendons, impuissants. Abbas gare sa voiture devant une maison dans laquelle nous n'entrons pas. ''Ma deuxieme'' dit-il. Nous ressortons du garage et nous dirigeons vers une troisieme maison ou, enfin, nous rencontrons sa famille. Il est marie et pere d'une petite fille de 8 ans et d'un bebe de trois mois. Etrangement pour un homme proprietaire de 3 maisons, celle qu'il occupe avec sa famille est etrangement sobre et petite. Enfin nous sommes rassures et pouvons nous detendre autour d'un the.

La nuit sera finalement sans histoire et nous quittons notre hote, honteux et desoles d'avoir trop doutes de lui, le lendemain a 7h00.

 

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Publié dans Iran

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C
alexis, tu as une plume en or, on te l'a déjà dit je suis sûre ! la carrière de journaliste s'ouvre à toi !<br /> vos aventures sont palpitantes, on tremble, on soupire, on respire, on se rappelle notre jeuuuunesse.....<br /> gardez bon pied bon oeil dans tous les sens du terme<br /> on pense à vous, bizzzzzzzzz<br /> <br />
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A
suivez votre intuition pour ne pas aller au devant de situations stressantes, et gardez votre calme en vous concentrant sur votre force d'équipe. restez soudés en suivant votre instinct.<br /> grosses bisounours
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