du 17 au 22 decembre
Samedi 17 decembre
Le train arrive enfin. Nous nous posons en premiere, le controleur n'y voit pas d'inconvenients. Nous descendons en pleine nuit, il est 3h50 du matin et nous sommes les euls sur le quai. Nous sommes dans le village de Satisla ou le dernier touriste a etre passe ne doit plus etre tout jeune. Nous finissons la nuit sur les bancs de la salle d'attente, en compagnie d'un habitue des lieux qui prend soin de planquer une de ses chaussures trouees dans un coin. Au reveil nous filons dans le centre de la petite ville pour localiser le caravanserail de Gerik Han pour lequel nous nous sommes arretes. Personne ne peut nous renseigner et pendant plus d'une heure, de boutique en boutique on nous promene. La Carte indique un caravanserail a l'endroit meme ou nous sommes mais personne n'est foutu de nous y conduire. On nous renvoie a Kayseri d'ou nous venons, en Cappadoce… A part le foot et Ataturk…
Nous repartons sans avoir pu voir le monument. Il en reste deux sur la route qui mene a Sivas, nous en verrons quand meme. Et bien non! Personne dans cette region ne connait les caravanserails indiques par la carte, c'est vraiment a tourner fou! La seule satisfaction de la journee est d'avoir pu enfin approcher, et de pres, les terribles kangals, ces chiens de bergers dont on nous avait tant parle. Kdim Alici, eleveur sur le bord de la route est fier de nous presenter sa vingtaine de chiens. Ils sont effrayants, malgre leur couleur blanche et leur belle queue touffue, ce sont de veritables molosses qui pourraient sans probleme tuer un homme. A 3 mois ils pesent deja plus de 35 kg et les plus gros atteignent 80 kg a l'age adulte!
Nous rejoignions Sivas a bord d'un bus 5 etoiles qu'un sympathique policier a arrete pour nous. Nous mettons nos bagages en consigne pour quelques heures, le temps de visiter la superbe ville et ses monuments sedjoukides. Nous sommes en plein centre de la Turquie et la fontiere iranienne que nous voulions franchir vers le 20/12 est encore a plus de 900 km. Cette nuit nous faisons une grande liaison de 550 km en direction de Diyarbakir. Nous sommes les seuls dans notre compartiment et nous profitons des 12h de trajet pour recharger les batteries.
Dimanche 18 decembre
Les paysages ont change. Le relief est plus eleve et le paysage moins vert. La ville aussi est surprenante. Nous sommes desormais au Kurdistan, un large territoire qui s'etend sur 4 pays (Iran, Iraq, Turquie et Syrie). A peine installe dans le petit Murat Hotel, nous sommes mis au gout du jour par le proprietaire : ''moi je ne suis pas turc, je suis kurde!''. Dans la rue nous rencontrons Ibrahim qui lui aussi se revendique kurde. Il a d'ailleurs ete bastonne en Iraq, quand il effectua son service militaire avec pour mission de maintenir l'ordre parmi les kurdes iraquiens, ses ''freres de sang''. S'affirmant partisan du PKK, les autres militaires turcs le considererent vite comme un traitre pour la nation. Mais il n'est pas le seul dans son cas et ne veut pas s'etaler sur le sujet. Ici, les murs ont des oreilles!
Avec lui nous visitons les eglises armeniennes de la ville ainsi que la grande mosquee, la plus vieille du pays, mais surtout le caravanserail du XVI eme siecle, magnifiquement restaure. Il pouvait acceuillir jadis plus de 800 chameaux. La ballade nous conduit dans de pauvres quartiers qui jouxtent le centre-ville. La, les gamins jouent aux billes et au football dans les ruelles au centre desquelles coulent l'eau jaunatre des toilettes. Selon Ibrahim, la ville est dangereuse. Difficile a croire en voyant les gamins tout sourire, un peu moins en voyant les mines patibulaires de certains hommes.
Nous dejeunons dans une gargotte turque ou pour trois fois rien nous nous ''explosons le bide''. La nourriture kurde se compose de brochettes et de boulettes de viande. On se fait soi-meme les sandwichs avec les galettes de pain, largement distribuees. Nous finissons la journee dans un cyber ou nous passons 5 heures.
Lundi 19 decembre
Ce matin nous partons en direction de Tatvan, 200 kilometres vers l'Est. Dans la gare routiere, nous sommes assieges par les gamins cireurs de chaussures.
La route est magnifique et traverse des paysages de moyenne montagne ou il n'a pas encore neige, ce qui est surprenant a cette epoque. Remi commence a s'inquieter : ce matin il est alle deux fois consecutivement aux toilettes et il remet ca pendant la pause du bus. A Tatvan, un gamin nous chipe la gourde alors que nous dechargions nos sacs des soutes. Ce n'est qu'une gourde heureusement mais c'est surtout un bon avertissement pour plus tard. Nous prenons la direction de Alhat ou nous dormirons ce soir afin de commencer de bonne heure une marche le long du lac de Van. L'hotel-restaurant routier est bon marche mais il n'a ni douche ni eau chaude, encore moins de chauffage. Nous evitons la viande du restaurant, elle est stockee sur le carrelage dans des sacs plastiques a l'etage, pres du fioul. Les legumes subissent le meme traitement mais nous optons pour une soupe. Elle sera fatale a Remi qui passe une tres mauvaise nuit.
Mardi 20 decembre
Nous partons a 7h. Apres 5 km, Remi marque une premiere pause. Il remet ca une heure plus tard. A la pause casse-croute de 10h, il doit de nouveau se precipiter dans un fosse pour se soulager. Vers 11h, nous stoppons notre route a cote de deux bus de tourisme iranien. Les femmes s'affairent a la cuisine et preparent a manger pour 60 personnes. Les bus transports dans leurs soutes d'enormes faitouts et des plaques de gaz imposantes. On nous invite a patienter un peu pour du riz et un chorbe salzi, sorte de ragout aux lentilles et aux haricots dont Remi se passe volontiers. Je m'en regale! Nous reprenons la route mais Remi est vraiment epuise et nous acceptons a present de monter dans les voitures des automobilistes qui s'arretent sur le bord de la route. Entre deux voitures nous avancons de quelques kilometres le long du magnifique lac. Imaginez un immense lac de montagne a 1600m d'altitude, borde de sommets depassant les 2500 metres. Nous parvenons a Ercis, une ville ou vit une communaute d'afgans reconnaissables a leur peau plus mate et a leurs traits plus prononces. Remi n'en peut plus, il a tout donne aujourd'hui et n'a pratiquement rien avale. Comme hier nous esperons trouver un hotel en sortie de ville mais il n'y a rien ici. Nous poussons jusqu'a Muradiye, 40 km plus loin, sur la route de Dogubayazit, derniere ville avant l'Iran. La non plus il n'y a pas d'hotel et nous passons la nuit chez trois jeunes professeurs qui partagent un grand appartement. Une derniere fois en Turquie, nous recevons un accueil riche et sincere.
Mercredi 21 decembre
Nous quittons nos hotes et prenons la direction de Dogubayazit. Apres 7 km, nous sommes a Selalesi, des chutes d'eau que les turcs apprecient pendant les pique-nique estivaux. Dogubayazit est encore a 80 km et nous ne les couvrirons pas a pied dans la journee. Nous sommes deja en retard de deux jours par rapport a notre calendrier initial et ce matin encore, malgre l'homeopathie et les medicaments avales, Remi ne peut continuer. Nous n'avons plus qu'a faire du stop. Une automobiliste nous avance de 15 kilometres puis nous finissons le trajet dans le camion de Naif, un routier vraiment sympathique. Avec lui nous franchissons plusieurs cols dont l'un culmine a 2644 metres. Le chauffeur ne depasse pas les 30 km/h sur cette route si piegeuse. Le décor est fascinant et nous apercevons au loin l'imposant Mont Ararat et ses 5137 metres.
A Dogubayazit nous prenons une chambre dans le presque luxueux Ushak Pasa Hotel. Il porte le nom de la principale attraction de la ville, une superbe forteresse nichee sur la montagne a 7km du centre. Aucun transport collectif n'y mene et le taxi coute la bagatelle de 16 euros. Nous decidons donc une fois de plus de recourir au stop alors que la nuit commence a tomber. On nous depose a 3 km du site et nous finissons la montee a pied. L'acces a la cour centrale de l'edifice est ferme et nous nous contentons de voir le monument de l'exterieur. Nous pourrions revenir demain mais nous voulons franchir la frontiere iranienne a pied apres 35 km puis rejoindre le premier village iranien, Bazargan, apres une marche totale de 38 km. Il faut donc que nous partions des 6 h.
Nous redescendons vers la ville quand nous apercevons une Mercedes stationnee sur le bas-cote. Un homme est en train de se reculotter pendant qu'une jeune femme remonte cote passager. Naïvement, nous lui demandons s'il peut nous redescendre. Il refuse dans un premier temps puis voyant que nous sommes touristes, nous invite a monter. Je suis derriere l'homme et je n'ai pas la meme vision que Remi qui a le temps de le voir ranger un pistolet dans sa veste. La jeune femme semble terrorisee, sans doute une prostituee. L'homme claque toutes les portes une a une et nous demande notre hotel. Je lui donne le nom, je ne me doute de rien. Remi lui aurait sans doute prefere que je me taise. Et puis finalement, sans rien nous demander, il nous depose a l'entrée de la ville et repart. Remi peut souffler…
Jeudi 22 decembre
Le service de l'hotel laisse a desirer. Hier, le papier toilette et l'ampoule neuve sont arrives apres une heure et trois rappels. Ce matin, le petit dejeuner n'est pas pret. Ce ne sont pourtant pas les employes qui manquent, ils devaient etre une dizaine hier soir. Comme dit Remi, ''ils sont payes en verres de the!''. Nous partons donc en retard, a 7h30.
Remi marche mieux ce matin et nous enchainons les 15 premiers kilometres sans peiner. Nous pouvons tout faire a pied mais cela signifie que nous passerons la frontiere vers 15h et que, si l'attente est de 4h comme l'ont connue nombre de voyageurs (jusqu'a 10h pour certains), nous devrons avancer de nuit et nous trouver un hotel dans la ville frontiere, ou, comme dans toute ville frontiere, les arnaqueurs sont nombreux.
Une camionnette s'arrete dangereusement au milieu de la route et fait marche arriere. Nous montons jusqu'a la frontiere qui, surprise, n'est pour nous qu'une formalite. En une demie-heure, l'affaire est dans le sac et nous voici en Republique Islamique d'Iran. La camionnette qui part a Tabriz et passe par Maku ne veut pas nous y deposer. Son chauffeur prefere nous laisser entre les mains des chauffeurs de taxis et des changeurs de monnaie. L'affaire doit etre bonne puisque deux chauffeurs en viennent aux mains pour nous conduire. Ali, un troisieme chauffeur arrive discretement et nous monte a son bord en laissant les deux autres regler leurs comptes.
A Maku nous prenons une chambre dans l'hotel Alvand recommande par le Lonely Planet. Les tarifs sont derisoires, 6 euros pour deux. Nous prenons le pouls du pays en nous balladant dans cette etrange ville nichee au creux d'une gigantesque faille. Nos premieres impressions confirment ce que l'on nous avait dit ; les iraniens conduisent comme des fous, les femmes, malgre le voile qui leur enleve tout charme sont souriantes et ne fuient pas le contact avec nous.