L’Inde, ses turbans, ses sadhus et ses montagnes
Nous passons la frontiere le 2 juin et rejoignions le Temple d’Or a Amritsar, une merveille architecturale. Ce lieu sacre est la ville sainte des Sikhs, une religion nee au XVII e siecle, derivee de l’hindouisme et de l’islam. Nous y passons deux nuits, a dormir sur le marbre blanc, comme les 35000 pelerins qui y affluent chaque jour. Nous y mangeons aussi, dans l’immense langar, la cuisine gratuite ou plus d’une tonne et demi de riz cru passe chaque jour a la casserole!
Nous prenons le bus le 4 juin en direction d’Haridwar, dans l’Etat de l’UttarAnchal, frontalier du Nepal. Nous sautons ainsi 350 km de plaine torride pour rejoinder les montagnes et le Gange.
Haridwar est la premiere ville sacre du Chardam, le pelerinage hindu qui mene aux 4 sources du Gange. Les sadhus, les religieux barbus aux cheveux longs viennent s’y ressourcer avant d’entamer un periple de plus de 900 km a pied qu’ils realisent en un mois et demi. Nous sommes dans un lieu saint, des milliers de gens affluent le soir venu sur les bords du Gange et mettent a l’eau colliers de fleurs et chandelles dans une atmosphere mystique. Specialite indienne, ici aussi on dort n’importe ou, dans n’importe quelle position…
Nous voila donc nous aussi en pelerinage mais le style n’y est pas. Les sadhus sont par definition des hommes (et parfois des femmes) qui ont renonces a tout pour se consacrer a la spiritualite via la meditation, le yoga et surtout la ganga! Ils possedent donc en tout et pour tout une shawl, un cheich qu’ils se nouent dans les cheveux longs, des colliers de perles et parfois des chaussures. Et pourtant, le pouvoir de la marche est fascinant. Tout nous oppose et voila que nous marchons ensemble, partant le matin avant 5h, traversant les memes villages, siestant sous les memes arbres, prenant de l’eau aux memes pompes, dormant dans les memes temples… Eux avec leur petit sac en toile et leurs pieds cornes, nous et nos gros godillots… Pendant dix jours et 300 kms nous partageons la vie de ces hommes fascinants a plus d’un titre. Jamais plus de deux-trois jours avec un sadhu, ils s’interdisent de lier toute espece d’amitie. Les soirees dans les temples sont silencieuses, instinct de survie, on s’informe des prochaines cantines gratuites sur le bord de la route, telles des ravitaillements dans un marathon. On s’entraide, tu as une mangue, j’ai des biscuits… Les sadhus n’ont absolument aucuns revenus et vivent de la generosite et de la consideration, malheureusement de plus en plus faibles, des pelerins ordinaires.
Certains effectuent a pas d’escargot leur dernier chardam, le dos courbe, fatigues d’avoir toute leur vie arpente les routes de l’Inde, ils ont dans le regard une expression de souffrance bouleversante, emouvante. En bons samaritains, nous leur portons le sac quand les cols se font trop durs a franchir mais plein de fierte, ils le reposent sur leur tete et repartent… On ne gagne pas l’amitie d’un sadhu et c’est aussi une lecon.
Nous atteignons donc le temple de Badrinath a 3500 metres d’altitude avec l’Himalaya en toile de fond. Il fait un froid glacial et il neige meme pendant une nuit!
Le temps pour nous de prendre la direction du Nepal en traversant des paysages de verdure magnifiques : rizieres, palmeraies…
Le mois de juillet approche et le ciel se noircit de plus en plus le soir, nous recevons quelques gouttes, la mousson ne tardera plus.
PS ; Apres 3 semaines sans viande nous revons aussi d’une belle entrecote. Si vous connaissez un boucher dans le coin…
Notre programme en Inde du Nord : du 11 avril au 5 mai 2006
Villes traversées : Delhi-Jaipur-Lucknow
Nombre de km à parcourir : 1120
Moyen(s) de transport utilisé(s) : marche à pied, bus, train

