Mardi 7 fevrier
Kaioum, chez qui nous avons passe la nuit nous sert un petit dejeuner typique avant de nous laisser prendre la route pour Boukhara. Dans le bol, un bouillon de ragout tout chaud melange a du lait fraichement tire nous attend.
Nous partons vers 8h pour une etape de 45 km. Nous avons pris l'habitude de diviser la journee en trois marche de 15 km, soit 3 heures. Nous marquons une pause en compagnie de vendeurs de grenades puis la seconde dans une chaikhana (maison a the). La route n'a rien d'exceptionnel, c'est un grand axe comme nous les redoutons, mais il est symbolique : dans un peu plus de 260 km nous devrions attendre la place du Registan a Samarcande.
Vers 18h nous nous apercevons de la perte de notre carte d'Asie Centrale sur la route. Je fais demi-tour en courant mais elle reste introuvable.La nuit est tombee et il est trop tard pour monter la tente. Nous avons refuse une invitation il y'a une heure et a present nous ne savons pas ou dormir. Nous passons finalement la nuit dans une chaikhana, en compagnie d un vieux sage qui prend Remi pour un pieux musulman a cause de son bouc.
Mercredi 8 fevrier
Nous quittons nos hotes a 8h et reprenons la route poussiereuse, bruyante et monotone. A 11h nous prenons une pause-the avec des ouvriers de la voirie qui nous posent les eternelles questions de presentation et d'argent. Pour ne pas bousculer les esprits des gens qui nous considerent vite comme des millionnaires, nous pretendons n'avoir depenser "que" 1000 euros en 5 mois de voyage, ce qui ne les choque pas du tout. La majorite des hommes n'imaginent pas que plus de 6000 km separent nos pays. Ils connaissent de la France ses plus grandes figures... Alain Delon, Mireille Matthieu, Pierre Richard et Voui de Founesh dans Fantomas, la tour Eiffel et inevitablement Zidane. Nous observons aussi un moment les femmes s'activant dans les champs de coton qu'elles labourent en rythme et a la main. Le spectacle est saisissant, les robes multicolor ondulent dans le vent et donnent au paysage des airs de fete. Apres les 45 km d'hier les sacs et le chariot se font lourds. Vers 17h30, nous demandons a un couple de paysans l'autorisation de planter la tente dans un champ qui jouxte leur maison de terre. Le cadre est ideal et l'atmosphere reposante. Autour de nous les fameuses steppes d'Asie Centrale, a perte de vue. La journee a ete chaude et nous restons dehors a nous etirer jusqu'a la nuit.
Jeudi 9/02
Les paysans nous offrent le the et des tartines d'un miel si dense qu'on pourrait y laisser la lame de nos couteaux suisses. Ils nous en font cadeau d'un petit pot.
Il est deja 9h et la monotonie de la route est pesante : chaikhana, camions, charettes tirees par des anes, petites echoppes sans charme...
A 14h nous atteignions Navoiy, l'unique ville d'importance entre Boukhara et Samarcande. Nous faisons quelques provisions pour la soiree, ce qui ne sera pas utile puisque nous rencontrons Samin, un homme d'une cinquantaine d'annees qui nous offre avec sa sympathique famille une soiree inoubliable. Il est auditeur financier et possede une belle propriete ou ses 5 enfants vivent aussi. Nous mangeons pour 4, vidons quelques verres de vodka avant de tomber dans un profond sommeil. Dehors le vent souffle toute la nuit... et si nous avions dormi sous la tente?
Vendredi 10/02
Le petit dejeuner est veritablement royal : lait, the, patisseries maison, confiture, bottreaux... Dehors le temps est pourri : il pleut et il vente. Apres 5 minutes, nous voila trempes jusqu'aux os, eclabousses par les camions. A midi nous nous contentons d'un pain et d'un saucisson pur ne pas nous alourdir d'avantage. Comme les jours precedents nous demandons ou nous pouvons planter la tente vers 17h30, alors que nous n'avons pas parcouru plus de 38 km. Cette tente s'avere, sans que nous cherchions a en profiter, un excellent pretexte. Quel ouzbeke accepterait de nous laisser dormir dehors alors que toutes les maisons disposent de grandes pieces pleines de matelas que l'on etend sur les tapis. Ce soir notre hote a 31 ans et ne sent pas la vodka, contrairement aux autres hommes du village croises a la sortie de la chaikhana a l'entree du pate de maison, meme si nous aurons droit a quelques verres pendant le repas.
Samedi 11/02
La journee est magnifique et nous retrouvons notre rythme de marche. A Kattagorgan, nous franchissons un barrage policier ou on nous demande nos passports. C'est la premiere fois que nous devons les soumettre puisque dans les nombreux barrages precedents, une poignee de main et un sourire suffisait a passer sans soucis. Pendant le controle, un "ami" vient ravitailler le poste en dissimulant grossierement deux bouteilles de vodka sous son blouson.
Hier nous nous sommes arretes des 17h30 et nous entendons bien pousser un peu ce soir. Vers 18h15, alors que la nuit pointe son nez, nous franchissons une derniere cote et demandons a planter la tente a proximite d'une station service. Les pompistes nous offrent l'hospitalite et le repas. Nous aurons decidement tout fait pendant ces derniers jours. La nuit est agreable malgre les passages des voitures a la pompe.
Dimanche 12/02
Nous partons a 8h30 alors que nous sommes deja prets depuis une heure. Nous refusons, desoles, le plov qui doit arriver dans une heure. Nous ne somme plus qu'a 66 km de Samarkand et l'envie d'en finir se fait attendre.
11h, la catastrophe.
Ce matin, il fait froid et nous ne sommes pas au mieux. Je souffre du dos depuis quelques jours et depuis hier soir, Remi a mal au ventre. Je suis devant et attaque tete baissee une belle cote en tirant tirant le chariot. Sans me prevenir, Remi s'arrete en urgence pour se soulager d'une envie tres pressante. En atteignant le sommet, je m'apercois que Remi s'est arrete. Dans le fosse, a l'abri des regards, Remi ne peut voir la voiture grise qui s'arrete a hauteur de son sac, reste sur le bord de la route. Un homme s'en empart et la voiture repart en trombe. Remi, impuissant et incredule, comprend soudain ce qui vient de lui arriver. Trop loin de la scene, je ne peux pas non plus intervenir, ni meme relever le numero de la plaque. La suite de la journee se passe entre la chaikhana du village et l'endroit precis du vol. Reconstitution, interrogatoire, recueil des temoignages, deploiement d'un dispositif impressionnant... 25 policiers sont mobilises sur le site, l'affaire est prise tres au serieux et nous ne pouvons pas douter de l'importance des moyens mis en oeuvre pour retrouver le sac. On va meme jusqu'a photographier la merde de Remi!
Un homme du village pretend avoir releve le numero de la plaque et apporte donc une piece importante pour l'enquete, si toutefois il ne se trompe pas. Nous rejoignions dans la soiree le commissariat de Juma ou nous rencontrons le chef de la police criminelle. La police est aux petits soins et d'une gentillesse surprenante. Mais comme un malheur n'arrive jamais seul, ils s'apercoivent bien vite que nous n'avons pas dormi a l'hotel au moins une fois tous les 3 jours comme l'exige la loi que nous ignorions. Nous devrons donc rester a l'hotel dans les prochaines nuits alors que nous pourrions loger chez notre contact esperantiste, Anatoli, qui deja ce soir nous est d'une aide precieuse pour la traduction.
La frontiere
Les turkmenes qui nous recoivent a Turkmenabad sont leve-tard et nous ne prenons la route qu’a 11h. Nous souhaitons absolument passer l’Amou-Daria a pied avant d’entrer en territoire ouzbeke. Les quarante kilometers d’asphalte qui menent a la douane sont superbes et romptent avec le paysage montone du desert de Karakum qui couvre 90% de la surface du pays. Malheureusement, une fois franchi l’enchainement de barges flottantes encombree de camion, nous devons prendre une voiture alors qu’une sympathique famille souhaitait nous inviter pour la nuit. La douane est fermee et nous attendons patiemment en compagnie de quelques ouzbekes qui vivent a Alat, premiere ville après la frontiere. Nous y serons heberges ce soir, avec plaisir! Le passage de frontiere dure 3h30. Pourtant le medecin avait ete rapide : “ok, normal?”. “Yes, normal”. Heureusement que la consultation expresse n’est pas facturee. A sa decharge, le medecin ne pouvait nous osculter, la banquette etait occupee par un officier roupillant!
Les autres douaniers, bien moins nombreux que du cote turkmene, sont aussi bien moins efficaces. Nous passons sans problemes, c’est l’essentiel.
Nous voici en Ouzbekistan. Tout est alle tres vite depuis Masshad (Iran) ou nous etions il y’a 6 jours seulement. Nous entamons la vingtieme semaine de voyage et dans
03/02 : quand tout va bien…
Nous sommes vendredi et comme le temps aujourd’hui, notre moral est au beau fixe. La derniere semaine passee a ete dure moralement et voici que 6 jours plus tard, tout est efface. Les gens que nous rencontrons ont un pouvoir etrange : celui d’effacer le temps d’une soiree tous nos petits soucis et nos amertumes! Voila bien un enseignement du voyage : savoir relativiser et avant tout, garder le sourire.
L’etape est agreable, surtout après notre pique-nique quotidien, quand deux paysannes nous invitent a nous soulager les epaules sur le plateau de leur charette tiree par un ane. Elles sont marrantes toutes les deux avec leurs sacs de raisins secs. Demain, elles seront au marche fermier de Boukhara, nous les y croiserons peut-etre.
Vers 16h, après
Pour changer nous mangeons du plov ce soir, le meme plat depuis 6 jours maintenant. Qu’importe, nous en rafolons! Nous constatons que les gens ici vivent un peu comme en France il y’a 50 ans : un ane, deux vaches, un four a pain, une television noir et blanc…
04/02-05/02 : Boukhara
Nous quittons la famille a 7h53, après un petit dejeuner nourissant. Devinez quoi? Du plov bien sur! Boukhara n’est plus qu’a
Nous nous asseyons au pied d’un des nombreux mausolees de la ville. Il fait un temps magnifique, sans doute 20 degres et l’atmosphere de la ville est pour le moins surprenant : tout est calme, comme si nous etions dans un décor de cinema. Tout est beau, chaque rue possede sa medersa et sa mosquee, il y a des caravanserails et des bazaars pour touristes…sans touristes! Sommes-nous les seuls? En deux jours dans la ville nous n’en croiserons aucun en tout cas.
Boukhara possede aussi un marche kolkhozien fort anime le dimanche : le Bolchoi Rynok. Parmi les milliers de vendeurs nous ne retrouvons pas nos “copines” d’il y a deux jours et pour cause. Le bazar s’etale sur une dizaine d’hectares et comme dans tous les bazars, on trouve tout et plus que tout!
Nous dejeunons dans une gargotte, invites a la table de Joarev Kaioum, un illustre inconnu que nous venons de rencontrer et qui nous invite demain soir chez lui. “J’egorgerai un mouton et on fera la fete!”
Alexis

