
Vendredi 23 decembre
Ce matin nous prenons une correspondance pour Tabriz ou nous attendent 2 esperantistes. Le bus ne demarre pas, probleme moteur. A son bord, les gens restent calmes et courtois, le temps ici n'est pas la preoccupation des voyageurs. Finalement nous prenons le route avec une heure de retard, rien de tres anormal. Dans ce bus archaique, les femmes ne sont pas separees des hommes. Nous sommes installes dans la derniere rangee de siege qui devient un four quand le moteur commence a chauffer. Comme les automobilistes, le chauffeur de car roule pied au plancher. Ici les pietons ne sont pas prioritaires et toute traversee de la chaussee est une epreuve.
Pendant les 4 heures de trajet pour 250 km, nous sommes controles 3 fois par des barrages routiers. Depuis une semaine seulement, le port de la ceinture est obligatoire dans le pays et l'Etat veille a l'application des regles.
Nous arrivons a Tabriz sous la neige. Cette ville de plus d'un million d'habitants est la capitale de l'Azerbaidjan iranien et la langue maternelle des habitants est le turc. Arghan, l'un des deux esperantistes vient nous chercher a la gare routiere et nous conduit dans un hotel bon marche. Nous partons immediatement visiter la ville qui compte de nombreux monuments interessants. Nous commencons par le mausolee des poetes. Les iraniens ont une profonde passion pour les poetes et Arghan est fier de nous presenter la tombe de Shahriah, le plus celebre poete de Tabriz.
Nous rejoignions un peu plus tard Gader, l'autre esperantiste qui tient un ''coffeenet'', un cyber -cafe iranien. Nous en profitons pour rediger quelques articles mais Remi est vraiment tres malade ce soir et nous rentrons a l'hotel.
Samedi 24 decembre
Ce matin nous changeons de chambre dans l'hotel. Fatigue de ses incessants aller-retour aux toilettes pendant la nuit, Remi prefere les avoir dans la chambre. Nous filons ensuite au bazar avec Arghan. Long de 35 km, il contient 7000 boutiques et 24 caravanserails aujourd'hui occupes par les vendeurs de tapis. Ici l'atmosphere est bien differente de celle des bazars turcs dans lesquels le touriste est plus souvent une proie qu'une curiosite. Les nombreux ateliers rassemblent de nombreux corps de metiers : cordonniers, tisserands, fabricants de chapeaux...
Nous passons ensuite chez Nasser Khan, le celebre responsable de l'Office du Tourisme qu'on appelle ici ''le blanc''. Il parle 8 langues couramment et connait la ville comme sa poche. Informe du but de notre voyage, il appelle aussitot la television locale! Apres tout, pourquoi pas, si celle-ci se montre interessee. Et puis devant l'amabilite de Nasser, c'est une forme de remerciement.
Le presentateur veut un sujet ''vivant''. Nous ramenons donc le chariot depuis l'hotel et partons pour une ''promenade'' en plein centre de Tabriz. Les iraniens tiennent absolument a nous coller sur le chariot un portrait de l'Ayatollah Khomeini! Honteux, nous n'avons d'autres choix que d'accepter. Alors que la majorite des gens que nous avons rencontres depuis notre arrivee denoncent le regime des mollahs, nous le cautionnons contre notre volonte! Et le presentateur, pendant que le cameraman insiste lourdement sur le petit autocollant, veut en plus connaitre notre opinion politique. Allons-nous repondre, au risque de nous faire purement et simplement expulses du pays, que le monde occidental denonce les dernieres elections presidentielles? Pouvons-nous reelement dire ce que l'on a entendu depuis notre arrivee il y'a trois jours seulement? Nous nous contentons de dire, vaguement, que nous attendons de voir et que nous nous questionnons sur l'avenir de l'Iran et sur ses orientations politiques.
Un couple de quinqa italien qui rejoint le Pakistan puis l'Inde en Combi Volkswagen ont prefere s'abstenir de passer a la tele. Nous saurons retenir la lecon.
Apres cet episode peu glorieux, nous partons avec nos amis esperantistes en direction du parc ElGoli situe a 7 km du centre. Ce jardin magnifique sur les hauteurs de la ville rassemble des milliers de Tabrizi pendant les longues soirees d'ete, autour d un pique-nique et d' un qaydan, la pipe a eau iranienne. Il est plus calme ce soir car la temperature est terriblement fraiche. Remi doit rentrer a l'hotel, il vient de nouveau d'avoir une crise et son incontinence le rend dingue. C'est Noel ce soir mais malheureusement, la tourista ne s'absente pas pour les grandes occasions! Tant pis, nous nous rattraperons plus tard.
Dimanche 25 decembre
Joyeux Noel! Et oui, meme si l'environnement ne s'y prete pas, nous sommes fiers de passer cette journee en Iran. Pas de cadeaux aux pieds du sapin mais l'humble satisfaction d'etre arrives jusqu'ici sans (trop d') encombres. Nous voulions quitter a ville en marchant aujourd'hui mais cela n'est pas raisonnable. Remi a perdu au moins 3 kg dans la semaine et est trop affaibli pour marcher. Mais nous devons avancer et nous decidons de prendre de nouveau le bus. Nous sommes desormais confrontes au probleme des visas et du temps de sejour dans les pays. Auparavant, nous devons poster les lettres que nous venons d'ecrire. Nous sommes en pleine periode d'inscription universitaire et la poste centrale de Tabriz est noire de monde. Il y'a peut-etre un millier de personnes dans la salle qui compte environ 50 guichets. Mais les iraniens sont charmants et j'accede (Alexis) assez rapidement a un guichet. Je presente mes lettres mais ma demande semble troubler la jeune femme. Comme si envoyer du courrier dans une poste avait quelques chose de surprenant. Elle appelle un responsable pour l'assister mais pour celui-ci egalement, la procedure semble etrangere. Je m'enerve, voila 10 minutes que j'attends un carnet de timbres, un simple carnet de timbres, pas un morceau de viande... Un troisieme prepose plus au fait semble prendre l'affaire personnelement. Rassurant, il me demande de l'attendre. Et puis plus rien, il ne revient pas. Je suis depite et repars avec mes enveloppes et mon sourire dans la poche. Heureusement, notre ami Arghan, d'un calme imperturbable nous propose de nous rendre dans un bureau de poste de quartier. Ici le probleme est different : nos enveloppes ne sont pas utilisables, il faut utiliser des enveloppes sur lesquelles les champs sont inscrits en farsi. Et nous voila attables et occupes a ouvrir une a une les lettres pour les transferer dans de nouvelles enveloppes. Quelle histoire! Vous qui lisez ces lignes, si vous recevez une carte d'Iran, sachez que ce ne fut pas une mince affaire.
Nous rejoignions la gare routiere et partons dans un bus VOLVO. En Iran, il y'a deux categories de bus, les ''lux'' et les ''supers''. Les lux sont de vieux bus Mercedes des annees 60 alors que les Volvo ont seulement une dizaine d'annees.
Nous stoppons a Zanjan apres 5 heures de trajet a travers les montagnes du nord-ouest de l'Iran. Nous denichons un hotel avant de partir reveillonner. Remi semble gueri et a retrouve l'appetit. Nous dinons dans un caravanserail reconverti en restaurant. Le repas est excellent et nous rencontrons une famille fort sympathique avec qui nous bravons les interdits : nous applaudissons les musiciens!
26 decembre, une journee avec la jeunesse iranienne
Apres une nuit complete, nous rejoignions Bezhad, le jeune etudiant rencontre hier soir. Il est accompagne d'un ami et se fait un plaisir de nous balader aujourd'hui, un peu comme des trophees. Il est bien agreable de visiter une ville avec un habitant qui parle anglais. Nous traversons le superbe bazar ou Remi fait emplette d'une echarpe pour 2 euros. Nous penetrons aussi dans les ateliers des fabricants de couteaux, specialite de la ville. D'ailleurs tout le monde s'etonne que pour un tel voyage nous n'ayons pas sur nous des poignards comme eux. Le cousin de Bezhad nous propose le sien, avec une lame d'au moins 20 cm. Nous aurions sans doute plus d'ennuis avec que sans. Nous dejeunons ensuite avant de se replonger dans l'atmosphere particuliere d'un bazar en hiver. Les iraniens adorent le feu, ils en font partout! Dans le bazar, les rechauds sont allumes pour chauffer les echoppes, on peut aussi voir de vieux bidons d'essence enflammes dans la rue et meme dans les minibus qui quadrillent les villes. Nous sommes chaque jour surpris par des scenes de vie inhabituelles chez nous comme les doubles files d'attente devant les boulangeries et les bus dans lesquels les hommes s'assoient dans la premiere moitie et les femmes dans la seconde. Nous voudrions penetrer dans l'enceinte de l'universite pour rencontrer les etudiants mais l'acces nous est interdit. Nous sommes au contact de cette jeunesse dans la soiree, dans une maison a the autour d'une pipe a eau, un endroit tranquille ou les jeunes viennent flaner, discuter et echanger leurs numeros de portables...
27 decembre, rien de tel qu'une bonne marche pour repartir
Aujourd'hui nous prenons la route de Soltanyeh, a 45 km de Zanjan. C'est notre premiere grosse marche depuis la tourista de Remi. On nous a prevenu, "n'y allez pas a pied. il y'a des loups!" Quelle blague! Nous sommes sur une 4 voies ultra passagere, avec la plaine des deux cotes, le genre de journee ou nous marchons tete baissee, respirant les gazs d'echappement des moteurs fatigues des camions iraniens. Et il fait un froid de chien! L'eau gele dans la bouteille! Aux chauffeurs de taxi qui s'arretent a nos cotes et nous hurlent de monter, jamais mechamment, nous nous contentons de repondre en levant le menton , signe qui signifie "non" depuis la Turquie. Les derniers kilometres sont difficiles et le dome de Soltanyeh, le plus grand dome en brique du monde semble s'eloigner a mesure que nous approchons. Apres une derniere ligne droite de 10 km nous apprenons a l'entree du village qu'il n'y a nulle part ou dormir. Il nous faut retourner a Zanjan! Non jamais de la vie, plutot dormir dehors! Comprehensifs, les archeologues charges de la restauration de l'edifice (un chantier qui prendra 60 ans) nous accueillent dans la maison qu'il occupent a proximite du site.
28 decembre : grosse fatigue
En remerciement de leur accueil, nous prenons le temps ce matin de nous interesser au travail des archeologues. Les ceramiques du dome, fortement endomagees sont retravaillees une a une. Nous reprenons la route mais sans reelle motivation ce matin, la marche d'hier a laisse trop de traces. De plus la route que nous empruntons n'est pas asphaltee et nous nous retrouvons avec des chaussures alourdies par la terre. Le chariot se fait lourd et nous multiplions les pauses. Pas de jus, nous n'avons pas de jus ce matin. Apres quelques jours d'interruption forcee, nos capacites physiques ont diminuees et nous devons rejoindre Qazvin en bus, apres 8 km. Nous n'y restons que le temps d'une rapide visite avant de partir en savari (taxi collectif) pour Alamut, un village de montagne ou nous randonnerons demain. La route est difficile et tres technique. Le chauffeur est completement dingue. La nuit est tombee et il enchaine les virages pied au plancher, traverse de petits villages sans ralentir et se joue des bas cotes enneiges. Une fois le village atteint, nous occupons la petite piece sommaire du refuge de Koozaran, mal chauffee par un poele capricieux.
29 decembre : chateau des assassins
La nuit a ete froide et difficile. Nous cherchons un market pour quelques courses mais le village offre bien peu de possibilites. La petite echoppe est d'un autre temps et c'est un peu la penurie. Tant pis, nous aurions du prevoir le coup et nous nous contenterons de saucisses de dinde, de beurre et de galettes de pain pendant 2 jours. Nous visitons le chateau des assassins niche au sommet de la montagne qui domine le village. Les explications sur l'origine de ce chateau sont diverses : certains affirment que de nombreuses vies y furent sacrifiees par des bourreaux gaves de haschish par leur maitre saffavide Hassan Saba, d'autres pretendent comme Amin Maalouf dans son roman " Samarcande " que le terme Assassins voudrait dire "fidèle au Assass ", le fondement de la foi. Ici vit le garde et toute sa famille qui, en guise d'explication, se contente de dire "Saffavides", "Hassan Saba" et "Mongols" pour decrire les differentes pieces laissees par les empires successifs. La visite est finalement decevante et nous preferons repartir a pied des aujourd'hui plutot que de moisir dans ce "trou". Nous enchainons 12 km de descente a bonne allure mais la nuit tombe deja alors que le prochain village est a plus de 25 km. Nous pourrions bien dormir sous la tente mais la temperature tombe tres vite a cette altitude et, malgre notre equipement, nous prendions alors de vrais risques. Nous finissons la route a bord d'une camionnette qui nous reconduit a Qazvin d'ou nous partirons demain en direction de Teheran.
30 decembre : Teheran, megalopole attachante
Pour rallier Teheran, nous prenons un bus Mercedes, vieux et bruyant, comme nous les aimons. Sous le monument Azadi, l'arche qui symbolise Teheran, nous retrouvons Hamzeh, notre contact esperantiste dans la capitale. Il nous promene en voiture dans la ville avant de nous conduire dans un petit restaurant sympathique. Les iraniens se deplacent rarement a pied, prenant souvent le taxi pour de petites courses. Cela explique le nombre incroyable de Paykan blanches (la voiture legendaire en Iran) qui sillonent les rues de la capitale. Avec un collegue de travail et se famille, nous montons sur les hauteurs de la ville pour un apres-midi samovar des plus agreables. Les iraniens sont des professionnels du pique-nique et du the. Leurs origines nomades sans doute expliquent ce plaisir qu'ils ont a etendre de grandes couvertures sur le sol, a faire un feu et a prendre le the en grignotant des noix et des fruits secs. Nombreuses sont les familles qui viennent ici prendre du bon temps, malgre la temperature extremement fraiche de la journee.
31 decembre, jour comme les autres
En venant a Teheran, nous pensions qu'une capitale de 14 millions d'habitants ne pouvait totalement ignorer le nouvel an. Faux! Ici rien de particulier, pas une decoration qui nous fasse penser a la fete qui va se derouler aujourd'hui dans presque tous les pays du monde! Et alors? Peu importe, des reveillons, nous en verrons d'autres. Nous n'avions rien prevu d'exceptionnel et tant mieux, nous n'aurions pu etre que decus!
Nous continuons notre programme a Teheran par la visite de M. Siruz, directeur de l'agence de voyage Caravan Sahra, un sexagenaire tres dynamique qui nous recoit de belle maniere dans son bureau. A toutes nos questions il apporte les reponses attendues, mieux, il nous conseille sur les routes a suivre pour la marche. Mieux eclaires, nous pouvons enfin planifier notre itineraire. Nous passons ensuite voir son frere qui tient une superbe librairie comme on en fait plus, le genre d'endroit ou l'odeur des bouquins usages vous envoute et vous transporte... Le choix est large et nous denichons quelques ouvrages relatifs aux caravanserails du pyas, il en compte plus de 1000.
Pour rejoindre Hamzeh au club d'Esperanto, nous nous offrons l'attraction la plus folle et la moins chere qui soit : une course en moto-taxi, a fond les ballons dans les rues engorgees de Teheran, a trois sur la moto, sans casque, evidemment.
Nous rencontrons les esperantistes de Teheran, tres ouverts et dynamiques, bien curieux aussi de savoir ce que les francais pensent de l'Iran. Les gens ici ont un complexe d'inferiorite stupefiant. Le paradoxe aussi d'etre fier d'etre iranien tout en jalousant le mode de vie occidental, ou plutot les libertes qui l'accompagnent.
En rentrant chez Hamzeh, le chauffeur de taxi me propose de conduire sa Paykan sur un kilometre! Sans hesitez, je passe la premiere et nous voila partis! La conduite ici est facile : il n'y a aucune loi a respecter, "droit devant, en evitant les autres!".
Alexis
1er janvier 2006 : Bonne Annee!
Ca y'est, nous avons bascule dans une nouvelle annee !
Nous ne sentons neanmoins pas dans les rues de teheran la moindre excitation a ce sujet :
les Iraniens continuent de vivre en 1484 jusqu'au 21 mars, date du Nouvel An local...
Nous arpentons les rues de la capitale, a la recherche notamment de drapeaux iraniens. Mais
ce n'est pas chose facile dans une ville ou les boutiques sont classees par corporation de
metiers : impossible de trouver ce que nous cherchons parmi les articles militaires ou les
chaises de bureau. Il faut pointer la rue exacte sinon c'est peine perdue !
Nous sommes invites ce midi a dejeuner chez Shoreh, femme qui travaille comme guide pour
l'agence de voyage que nous avons visitee hier. C'est l'occasion pour nous de discuter et
d'echanger des impressions (en francais et anglais) sur le pays avec des femmes "liberees"
et tres actives. De (re)-gouter aussi aux specialites iraniennes : ghorbe sabzi (riz
accompagne d'une sauce a l'oseille et aux epinards) et confiseries de Yazd. Delicieux en
plus d'etre bien copieux!
Nous visitons l'apres-midi le musee des joyaux de la Couronne, collection des plus beaux
bijoux portes par le Shah Abbas 1er, Roi de Perse de 1587 a 1629. Les vitrines brillent de
par les milliers de pierres precieuses qui ornent parures et vaisselle d'epoque.
Nous avons decide de partir ce soir de Teheran. Nous partageons en fin de soiree patisseries
et the pour remercier Hamzeh et sa famille, avant de nous engouffrer dans le metro pour
sortir de la ville.
Le metro ici est particulier : tout neuf (rien d'etonnant encore) mais compartimente : deux
wagons sont exclusivement reserves aux femmes. Pas question donc de monter en hate dans une
rame sans y preter attention ! Il faut attendre le prochain train 10 minutes plus tard...
Nous arrivons a Varami. Proche banlieue de Teheran, nous sommes persuades d'y trouver un
hotel. Ce n'est pas l'avis d'Ali, jeune etudiant de 20 ans qui tient a nous accompagner en
taxi. Et il a raison ! Nous tournons pendant 30km, interrompons la course a maintes reprises
(y compris dans une gendarmerie!) afin de trouver un endroit pour dormir. A 21h, fatigues de
nous faire balader, la faim au ventre, nous stoppons la course a Gortchak, non loin d'une
pizzeria ou Ali est parti chercher de l'aide. Notre sauveur, Davoud, est la! 30 ans, grand
gaillard ("bodyguard" se surnommera-t-il plus tard), et un sourire jusqu'aux oreilles!
Nous recuperons nos affaires, remercions Jallal-le taxi-bien-patient et degustons une pizza
gentillement preparee par Said avant de filer chez Davoud chez qui nous passerons la nuit.
A notre arrivee, sa femme remet son voile. Son fils de 3 ans est endormi a cote du poele.
Mais c'est sans gene qu'il nous propose fruits et thes. Jusqu'a 00h30, nous bavardons, lui
d'un anglais "saccade" mais fort comprehensible. Nous comprenons alors que Davoud est un
Musulman tres conservateur, proche de ses valeurs, parfois tres agacant par ses reflexions
et manieres mais tellement intentionne a notre egard!
Nous dormons tous les trois sur un matelas dans le salon. Sa femme et son enfant dans la
piece d'a cote.
02 janvier 2006 : une journee marathon...
Le reveil est tres matinal : 5h30 le petit dejeuner est servi! Nous prenons a 6h30 le
minibus pour Varami. Sommes alors accueillis (surprise!) par la delegation au tourisme de la
ville. Avons alors droit a une visite express mais complete de Varami, ou chacun se met a
notre service. Epatant branle-bas de combat alors que nous n'avons rien demande!
L'apres midi nous debutons notre marche prevue de 4 jours dans le desert du Dasht-e-Kavir.
Malheureusement avortee le soir meme alors que nous nous apretions a entrer dans le parc
naturel de Namak. C'est en fait une zone militaire ou il faut un droit d entree delivre par
le gouvernement a Teheran !
Retour en jeep-tape-cul dans les locaux de la police du parc naturel a Varami. Les officiers
s'efforcent de nous le delivrer. Mais nous devons montrer "pattes blanches". Une fouille est
necessaire. Transfert au commissariat de la ville. Pourvu qu il ne trouve pas le GPS planque
dans le sac de Remi, appareil apparemment malvenu ici...
S'en suit une interminable attente en compagnie d'un policier austere, meprisant, nous
refusant le moindre coup de fil et visionnant 36 fois nos photos. Ah si seulement nous
comprenions et parlions le farsi!
Le seul cadeau sera pour nous une assiette de nouilles froides. Nous en revions depuis la
veille, mais pas dans ces conditions!
Nous finissons par pouvoir appeler quelqu'un, Davoud "Bodyguard". Il est 22h30. C'est
l'unique personne qui peut nous tirer de cette mouise. Chez qui nous pouvons dormir aussi.
Retour en taxi a Gortchak. Notre tete va exploser.
Davoud est la, sur un banc a nous attendre avec son sourire pendu aux levres. Re-belotte
donc. Retour chez lui. Re-the. Patisseries. Ce mec est une creme ! Couches a 00h30.
Quelle journee !
03 janvier
Reveil 5h. Et oui, Davoud embauche a 8h a Teheran, a 40 km de la ! Son rythme est infernal.
Nous avons du mal a le suivre ce matin...
Retour a Varami pour prendre la direction de Sharifabad. Oui mais comment? nous cedons aux
innombrables taxis qui rodent sur le rond-point, ne voyant pas de minibus arriver.
L'un d'eux nous emmene donc la-bas. Malchance, il y a deux villes du meme nom a 50 km
d'intervalle...
Nous craquons. Alexis pique une crise de nerf : comment voulez-vous ne pas criser alors que
nous avons pointer du doigt l'endroit desire !
Le taxi tente de se rattraper. il roule a 130 depuis 30 minutes maintenant. Est convaincu
qu'il n'a pas encore parcouru 4 km (l'essence ne coute vraiment pas cher ici...) et est
persuade que Sharifabad n'est plus loin. Nous, plus realistes, stoppons tout, epuises de se
faire balader. Rejoignons Hassanabad pour gagner en bus de luxe Kashan. Quelle deception
alors que nous avions prevu une marche de 4 jours dans le desert la veille. Quelle haine de
ne rien comprendre au farsi aussi...
Allez, une halte dans cette oasis paisible et nous reprendrons tout a zero. Il est vraiment
bon de flaner dans cette ville, que le Shah Abbas 1 a d'ailleurs elu comme lieu pour reposer
en paix. Le temps est etrangement doux. Nous nous plaisons a se balader dans les jardins
ombrages du centre-ville.
Nous passons la nuit dans l'une des musafarkhuneh, auberges bon marche qui proposent des
chambres tres propres et surtout..des douches bien chaudes!
4 Janvier 2006, et toujours les controles...
L'hotel etait minable et les matelas bien durs mais la nuit, malgre tout, reparatrice. Dans la matinee nous visitons les maisons historiques des riches marchands de la ville. Elles datent du XVIIe ou XVIII et se composent de plusieurs cours au centre desquelles de magnifiques bassins refletent les facades travaillees.
Avant de partir tete baissee vers le sud et Ispahan, en empruntant les petites routes, nous voulons nous assurer qu'elles sont ouvertes et autorisees. Et heureusement! Les employes de l'agence de voyage dans laquelle nous sommes nous affirment que les chemins indiques sur la carte sont impraticables en raison de la neige et interdits par l'armee. Nous sommes quittes pour longer les grands axes, il faut croire qu'en Iran c'est le seul moyen d'eviter les ennuis et les soirees-commissariat.
La journee est deja bien entamee et nous decidons de partir en stop vers un croisement a 40 km, d'ou nous prendrons une route autorisee pour nous rendre dans le village d'Abyaneh. Apres 8 km de marche, une jeep de la police s'arrete. Nous sommes controles, tout est en regle mais les deux flics, pourtant sympathiques, nous obligent a prendre un taxi pour rejoindre Abyaneh. Comme souvent nous ne comprenons pas grand chose a la conversation entre le chauffeur et les policiers mais 20 kms plus tard, tout est clair : le chauffeur vire a droite et nous conduit tout droit vers un poste de controle militaire. Je pete les plombs, qui sommes nous pour etre constamment controles dans ce pays? Qu'avons-nous fait? La ''verification'' se limite a nos appareils photo et nous repartons apres 1/2 heure.
Le chauffeur nous depose comme prevu a l'intersection. Nous ne pourrons pas atteindre le village d'Abyaneh aujourd'hui et decidons apres 7 km de bivouaquer dans un ''trou'' de la montagne ou nous faisons un feu pour nous rechauffer. Le sol est presque plat et nos tendons la toile de tente en priant pour ne pas etre reveilles par les militaires en pleine nuit.
5 janvier 2006, bivouac dans la montagne
A en croire les stalagtites qui pendent le long de la riviere en contrebas de notre trou, la nuit a ete fraiche. On peut s'en douter, a 1500m d'altitude! Pour nous la nuit a ete bonne et le feu opportun. Apres 3h30 de marche dans un decor feerique, sur une route sinueuse entouree de sommets, nous atteignons le village d'Abyaneh. Ici vivent paisiblement quelques vieux qui passent le temps au soleil. Il n'y a qu'un minuscule market tenu par une petite vieille un rien arnaqueuse ou nous nous ravitaillons. Nous reprenons la route de montagne qui nous menera vers la grand axe Keshan-Ispahan. Nous ramassons quelques buches en marchant, en prevision d'une seconde nuit sous la tente. Vers 18h nous denichons l'endroit ideal : un dome en brique ou est stocke du foin. Nous nous preparons de confortables matelas et tentons stupidement d'allumer un feu avec quelques brins de foin, ce qui provoque immediatement l'enfumage de toute la piece qui devient irrespirable. Le feu du rechaud suffira pour ce soir...
6 janvier 2006, la toilette attendue
Ce matin je sors nettoyer notre popotte dans la riviere qui coule a 50 metres de notre abri. En frottant sur l'inox, je me gele litteralement les doigts, la douleur est insupportable! Le froid est vraiment l'ennemi de nos matinees et seule la marche permet de se rechauffer. Apres notre classique petit-dejeuner miel-nun (galette de pain), nous rejoignions la route principale. Comme tous les vendredis, la route est calme et nous profitons pleinement des paysages qui s'offrent a nous : a droite la montagne enneigee, a gauche, l'horizon. infini. Nous entrerons dans quelques kilometres dans le Dasht-e-Kavir, le plus grand desert d'Iran. Vers 11h30 nous marquons notre pause matinale au bord d'un petit canal ou une mere et ses enfants nettoient leur linge. Pas d'echanges, pas u n regard, ils partent. Notre presence est-elle si derangeante? Nous aurions pu nous arreter avant mais les echanges si faciles en Turquie nous ont habitues a aller vers les gens, a discuter, a observer. En Iran, l'approche est bien plus difficile. Les femmes et les enfants nous fuient et les seuls hommes qui viennent vers nous sont les chauffeurs de taxi. Les adolescents sur leur moto n'hesitent pas a nous aborder mais malheureusement ils sont trop souvent moqueurs et provocateurs. Leurs ''hello'' bien trop exageres nous enervent et nuisent aux relations. Non, il faut bien le dire, nous sommes decus. Nous attendions peut-etre trop de l'accueil iranien que l'on nous disait si vrai et naturel. Jamais en Turquie nous n'avons senti la moindre moquerie, les rires agacants des gamins. La route est encore longue alors attendons...
A quelques encablures nous atteignons le caravanserail de Shah Abbasi que nous pensions plus loin. Il est midi, nous n'y dormirons donc pas. D'ailleurs, aurions-nous pu? Les trois hommes qui y font secher de l'ail n'ont pas l'air d'apprecier notre visite. L'un d'eux pretend meme etre flic pour inspecter nos passports. Oui pourquoi pas? Quand l'uniforme des policiers du pays sera le bonnet et le gilet troue nous verrons...
Natanz est a 20 km, c'est une ville moyenne ou nous prendrons un bus pour Ispahan. En attendant, nous devons veritablement ''affronter'' la montagne : la pente est si forte! Epuises apres 2h d'efforts, le dos parralele a la route, nous dejeunons au somment du col. Nous enchainons ensuite tranquillement les derniers kilometres, la descente jusqu'a Natanz. Le timing est parfait puisqu'un bus arrive apres 5 minutes et nous voici en route pour la plus belle ville d'Iran, la ''moitie du monde'', Ispahan.
Arrives apres 1h30 de bus, nous rejoignions l'hotel des routards, l'Amir Kabir et ses petits dortoirs conviviaux. Apres 5 journees sans douche, nous profitons comme il faut de l'eau chaude et du chauffage avant de nous balader pres des celebres ponts de la ville.
7 janvier, comme des touristes
Visite d'Ispahan, classique. Difficile dans une ville de ne pas jouer le touriste, comme tous les autres. Nous decouvrons la merveilleuse place de l'imam, la deuxieme plus longue du monde,512 m, apres Tian-an-Men a Pekin. La mosquee Jameh dont les minarets dominent l'ensemble est grandiose, demesurement grande et fascinante. Ses mosaiques sont superbes et ses proportions parfaites.
Le reste de la ville n'est pas en reste, notamment le quartier armenien de Jolfa ou l'on peut visiter un magnifique musee qui contient entre autre le plus petit livre du monde ainsi qu'un cheveu place sous un microscope pour admirer des ecritures saintes qu'on y a gravees au XVII e siecle a l'aide d'un diamant fin.
Au Parsa Carpet, nous rencontrons Mortezar, un marchand de tapis qui connait parfaitement la Bretagne et la ville de Fougeres. Il nous raconte avec nostalgie l'epoque du Shah, quand les jeunes sortaient en discotheque et ecoutaient librement de la musique dans la rue. Aujourd'hui il regrette que les touristes repartent de l'Iran en imaginant que son pays est riche et ses gens heureux. Non pour lui la misere est trop bien cachee et les gens tristes, trop tristes.
8 janvier, paranoiaques?
Ispahan est une ville magnifique mais une ville-musee. Sommes-nous partis pour nous arreter dans ce genre de lieu trop longtemps? Tant pis pour les quelques monuments oublies, la route de la soie, c'est avant tout les caravanserails, comme celui de Koopahyeh vers lequel nous nous dirigeons ce matin en minibus. A 65 km d'Ispahan, ce sera notre point de depart pour une bonne portion de marche jusqu'a Yazd, 160 km plus loin. La visite se fait accompagnee d'un militaire asez detendu qui vourait bien se placer sur nos cliches. Non, assez de problemes pour le moment avec les militaires, desole vieux mais nous ne vous portons pas vraiment dans nos coeurs. Nous profitons de la beaute du batiment pour y pique-niquer. Nous reprenons la route assez tard et programmons 3 heures de marche tout au plus pour l'apres-midi. Nous marchons finalement 20 km et la nuit est tombee depuis longtemps quand nous entrons dans un petit village sans charme avec de viux batiments abandonnes ou je propose de passer la nuit. Un peu a l'ecart de la route, nous n'y serons pas deranges. Remi veut tenter de nous faire inviter. Il n'a pas tort, c'est le meilleur moyen pour ne pas continuer a croire que les iraniens ne sont pas aussi accueillants qu'on le pretend. Nous nous dirigeons vers l'un des trois cafes du bord de route dont les neons multicolor semblent etre l'unique eclairage du village. Les trois hommes sont souriants et nous offrent le the. Mais l'echange s'arrete la ou il aurait commence en Turquie. Trois bus de touristes iraniens de retour de Maschad s'arretent. Comme des mouches, tous les passagers sans exception se dirigent dans les toilettes, comme s'ils se retenaient de pisser depuis le depart de la ville sainte a plus de 800 kilometres d'ici. Puis sans la moindre gene etalent tous dans le cafe (qui est aussi un restaurant) leur propre the et leur nourriture.
Un homme engage la conversation avec nous dans un bon anglais. Il n'est pas passager des autobus mais est venu en voiture de la ville voisine, Toudeshk, pour nous rencontrer. Un de ses amis nous a vu sur la route et l'a prevenu de notre arrivee prochaine. Son discours est humaniste et rassurant, il se presente en ''ami des voyageurs'' et nous invite chez lui. Malgre tout, je ne le sens pas. Plus que le discours des gens, leur tete revele souvent leur personnalite et celle de Abbas n'inspire pas vraiment conscience. Tout ca ne me semble pas naturel. Remi lui est moins inquiet et nous acceptons l'invitation, Inch'Allah. Un ami nous accompagne et nous voici a l'arriere de la Paykan, balades sans trop pouvoir decider de notre sort. En chemin il pretend parler japonais et arabe mais ne sais me repondre quand je lui demande son age dans cette langue. Il pretend egalement etre adjoint au maire, instituteur et proprietaire de 3 maisons. Il aurait aussi visiter plusieurs pays d'Europe et connaitrait bien l'Inde mais il n'a aucune photo car on lui a vole ses appareils.
Nous nous arretons dans une ruelle sombre. L'endroit est ideal pour un ''guet-apens''. Si quelques filous rejoignent nos deux comperes, nous sommes perdus. Mais non, Abbas sait garder le suspens et il nous propose de fumer une qylian. Nous sommes dans une petite piece adjacente a une grande maison en terre avec une belle cour centrale. Abbas ne fume pas, il est asthmathique. Son ami tire bien sur la pipe a eau et nous rassure sur son contenu. Il emmene ensuite quelques navets dont il ne touche pas non plus, il n'a pas faim. Nous sommes mefiants et evidemment, cela se voit. Nous ne touchons pas aux navets, attendant qu'il en mange lui-meme. L'ambiance est lourde, nous sommes impatients de connaitre la suite de l'histoire qui se joue actuellement. Finalement la nourriture n'est pas droguee mais une fois de plus, nous attendons la suite. Abbas recoit appel sur appel, il semble inquiet, stresse... Etrangement, il maitrise de moins en moins l'anglais, comme si nous avions affaire a un autre homme.
Nous repartons toujours accompagnes de son ami. Les ruelles sont desertes et nous attendons, impuissants. Abbas gare sa voiture devant une maison dans laquelle nous n'entrons pas. ''Ma deuxieme'' dit-il. Nous ressortons du garage et nous dirigeons vers une troisieme maison ou, enfin, nous rencontrons sa famille. Il est marie et pere d'une petite fille de 8 ans et d'un bebe de trois mois. Etrangement pour un homme proprietaire de 3 maisons, celle qu'il occupe avec sa famille est etrangement sobre et petite. Enfin nous sommes rassures et pouvons nous detendre autour d'un the.
La nuit sera finalement sans histoire et nous quittons notre hote, honteux et desoles d'avoir trop doutes de lui, le lendemain a 7h00.
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