6 mois, deja...

Publié le par CapAsia

Samedi 11 mars, douaniers-voleurs

 

 

Nous rejoignions aujourd'hui le village allemand de Rot Front a 70 km de Bishkek. Les Guillerm, une famille bretonne, vivent ici depuis 4 ans et propose aux touristes des randonnees equestres de 7 a 15 jours, a la rencontre des familles nomades des montagnes. Nous n'avons pas planifie une viree a cheval mais passons simplement chercher un colis envoye depuis la Grece. Comme tous les colis en provenance de l'etranger, il a subi un "controle" douanier. Gourmands, ceux qui se sont occupes de la verification se sont largement servi : plus de Carambar dont nous nous regalions par avance, plus de galettes bretonnes non plus! Les vaches... Nos produits anti-moustiques eux-aussi ont disparus, de meme que quelques paumades... Heureusement ils ont eu la delicatesse de nous laisser nos deux boites de pate Henaff cachees dans nos chaussures tige basse.

 

 

Dimanche 12 mars, au marche de Tokmak

 

 

Yann, le fils de la famille est seul a la maison et gere avec deux employes l'ecurie qui comporte 24 chevaux. En plus des soins dispenses aux animaux, la surveillance est primordiale puisque les animaux ne sont pas enregistres. Le vol de chevaux est donc ici un sport national qui se finit parfois tres mal. Des chevaux, nous en voyons par dizaine sur l'immense bazar des animaux de Tokmak ou nous nous rendons dans la matinee. A la frontiere du Kazakhstan, il est l'un des plus importants du pays et donne lieu a un trafique "regule" par les douaniers kazakhs. C'est ainsi que l'on peut voir des passeurs conduisant moutons, chevaux et  bovins d'un pays a l'autre.

 

Pour la premiere fois aussi nous voyons des coqs de combat qui s'executent sous l'oeil attentif des badauds.

 

Dans l'apres-midi, Yann nous propose une balade a cheval sous le soleil qui nous accompagne depuis maintenant cinq jours. L'annee derniere en fevrier il avait fait jusqu'a -27, cette annee la region n'a pas enregistre de temperatures negatives le jour.

 

 

Lundi 13 mars

 

 

Nous avons repris des forces chez les Guillerm (merci a sa voisine, delicieuse cuisiniere) et reprenons la marche en direction du lac d'Issik-kul, au centre du pays. Remi renoue malheureusement avec ses crises de diarrhee qui le font plonger dans les fosses de temps en temps. Elles ne dureront qu'un jour.

 

Apres 35 km entre la voie ferree et les montagnes, nous atterrissons dans un village qui possede un immense hotel de l'ere sovietique, desafecte. Bien que les lits aient disparus depuis belle lurette et que l'electricite soit coupee, nous insistons pour occuper une piece vide. Nous finissons par obtenir l'autorisation de nous allonger sur le bitume pour la nuit. Le batiment n'est pas desert puisque deux travailleurs occupent une chambre epargnee par la fermeture. L'un deux, Moukrat est peintre en batiment. Il bafouille quelques mots de francais qu'il a appris dans la prestigieuse ecole des Mines de St Petersbourg, voici 5 ans. Il est revenu en Kirghizie par amour pour son pays. Malheureusement, il n'y a pas de travail ici et se contente de cet emploi dont il tire un salaire de 75 dollars par mois. Il tient a nous inviter a diner et nous offre du vin rouge et du fromage!

 

 

Mardi 14 mars, infatigable Viktor

 

 

Le temps se gate et apres 3 heures de marche sous une pluie battante, nous montons dans un Kamaz qui rejoint le lac Issik Kul. La premiere ville de ce lac, le deuxieme plus grand lac alpin du monde apres le lac Titicaca, est Balikshi. Nous traversons la ville pour pique-niquer au bord du lac. Nous y voyons deja les chameaux et les troupeaux de chevaux paitrent librement devant une eau d'un bleu turquoise... Rien de tout cela, au contraire! Nous tombons sur un vieux port desafecte ou rouillent de vieux bateaux que des gamins en lambaux mitraillent de pierres en reclamant "dollars, dollars". Desilusion... Les livres savent faire rever mais la realite se doit aussi parfois d'etre retablie.

 

Un jeune homme qui nous a suivi souhaite nous inviter chez lui. Il est 14h et il ne concoit pas que nous partions marcher. Nous ne souhaitons pas prendre racine ici... Il nous met en garde : dans les villes qui bordent la partie nord du lac, l'abus de vodka rend parfois les hommes violents le soir. Ce discours nous l'entendons tous les jours mais nous prenons tout de meme garde. L'alcool est un veritable fleau et la raison est simple : moins d'un dollar la bouteille!

 

Nous avons repris la route quand une lada s'arrete a notre hauteur. Un souriant sexagenaire russe en descend et nous serre vigoureusement la main. Viktor est un personnage hors du commun : depuis quelques annees, il s'est decide a apprendre l'anglais tout seul, avec des livres d'enfant qu'il a recupere. Et nous voila au milieu de la route a l'ecouter, innaretable. Il va bientot faire nuit et il nous propose de passer la nuit chez lui. Nous acceptons sans hesiter. Tour a tour reparateur de byciclette, horloger, electricien, menuisier, apiculteur et collectionneur de radios, il nous avoue qu'il aime par dessus tout se reposer! Il n'a jamais aime travailler mais y a toujours ete contraint. En apprenant l'anglais, il a appris un nouveau mot : maybe (peut-etre). A quoi sert-il donc ce mot puisqu'on lui a toujours demande de dire oui?

 

Il doit etre 1h du matin quand il conclue sa derniere histoire...

 

 

Mercredi 15 mars, il y'a 6 mois, nous partions d'Angers

 

 

" I want to tell you one story..." Il est 8h et Viktor debarque dans la chambre. Il est en forme et a encore plein de choses a nous dire. Pourrons-nous repartir? Apres une presentation de ses arbres fruitiers, de ses cochons et de ses ruches, il est rappele a l'ordre par sa femme! C'est le moment! Nous quittons notre ami en lui promettant de venir le rejoindre dans son wagon amenage qu'il installe en montagne lors des beaux jours.

 

Nous atteignons maintenant la rive est du lac et le petit village de Mayak, sous la neige. Nous filons vers l'ecole ou nus attendons le directeur qui ne vient pas. Nous observons les dessins des enfants affiches aux murs : des yourtes, des costumes traditionnels, des paysages et... une kalachnikov dont toutes les pieces sont detaillees!

 

Deux gamins nous offrent l'hospitalite. Nous dormirons chez l'un d'eux dont les parents travaillent a Bishkek, a 350 km.

 

Nous acceptons l'invitation et proposons de preparer le diner. Le "magazin" du village est grand comme un placard et propose en tout et pour tout un paquet de spaghettis et deux bocaux de sauce tomate perimee. Nous raflons le tout! Deux adultes font une visite pendant le repas et, nous voyons diner d'un repas sans viande, courrent chercher un morceau de...yack!

 

 

Jeudi 16 mars, ambiance carte postale

 

 

Il a neige toute la nuit et les jeunes decretent qu'ils n'iront pas a l'ecole! Imaginez, elle est au moins a...50 metres! Ils preferent nous accompagner sur le chemin. Galik a revetu une enorme fourrure d'ours et des bottes en peau de mouton qui lui donnent l'allure de Bibendum. La neige passe dans la matinee et laisse place a un brillant soleil. Le ciel est lave et nous pouvons pique-niquer sur les collines qui dominent le lac. Le paysage est bien celui des livres et des cartes postales : les chevaux nonchalants broutent l'herbe rase qui borde le lac, la couleur de l'eau est profonde et sur celle-ci se reflete l'ombre inexacte d'une petite barque de pecheur... Il fait bon, tres bon etendre une bache sur la neige, s'assoir et savourer.

 

Nous atteignons Karakol apres 40 km de marche et denichons une chambrette sous les gradins du stade de foot. La chambre est froide et il n'y a pas de douche. La derniere remonte a la semaine derniere, il serait temps de penser a nous...et aux autres! Vivement le beau temps, la chaleur et les bains dans les cours d'eau.

 

 

Vendredi 17 mars... et toujours en forme!

 

 

Dimanche a lieu a Karakol le plus grand marche aux bestiaux de toute l'Asie Centrale, mis a part celui de Kashgar en Chine, hors categorie. Nous ne pouvons le manquer et nous profitons donc des deux jours que nous avons pour partir en randonnee en montagne. Nous denichons en ville les clefs d'un refuge a 3000 metres et partons vers Altyn Arashan. Selon notre guide de voyage, il faut entre 5 et 6 heures pour atteindre les sources chaudes qui sont notre objectif. Le montagnard qui nous a donne les clefs assure que les bons grimpeurs assurent l'ascension en 4 heures et en ete. Il est 14h quand nous entamons la marche, il ne faut donc pas trainer. Le soleil de ces derniers jours a fait fondre la neige au debut mais elle est encore epaisse par endroits. Nous sommes les premiers touristes de l'annee a monter a pied et nous suivons les pas des chevaux qui nous ont precedes. Le ciel s'assombrit et nous mettons les bouchees doubles. Apres 3h30 d'efforts et 1200 metres de denivele, nous atteignons le site! Serions-nous dans une forme olympique?

 

La neige tombe desormais dru mais nous sommes a l'abri dans le refuge que nous tentons de rechauffer en faisant du feu dans la cheminee. La nuit est glaciale et pour cause : nous n'avons pas vu la chambre contenant les duvets militaires qui devaient nous proteger du froid.

 

 

 

L'eau est a 60 degres et nous profitons du bassin pour notre toilette, devenue, il faut l'avouer, hebdomadaire. Nous redescendons ensuite dans la vallee et rejoignions Karakol. Le montagnard nous attend avec impatience. Des touristes veulent avoir un compte rendu de l'aventure pour s'y lancer a leur tour!

 

 

Alexis

 

Publié dans Kirghizistan

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Myriam macron 24/03/2006 21:58

Pour les problèmes de ventre de Rémi, il doit bien y avoir des petites herbes locales ! Dites nous: comment se situe l'avancée du voyage par rapport à votre itinéraire ? plutôt bien, en retard, en avance ? A quand le top ten des marques de chaussures de marche ?A bientôt

pierrot 20/03/2006 11:16

Et vous allez le faire le tour du lac ?
Pierre

remi h 19/03/2006 18:42

Bravo pour ces 6 premiers mois.Bon courage pour la suite.++rem