Bienvenue sur le blog de CapAsia !


 

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Welcome !  Willkommen ! Bienvenido ! Ben venuto ! Boa vinda ! 歓迎 ! 환영 ! 欢迎 ! Bonan tagon !

Bienvenue !

Que vous veniez de tous les endroits de la planète, vous allez découvrir l'univers captivant du monde de  CapAsia, récemment imaginé à Angers, dans l'ouest de la France, par Alexis et Rémi.

A 21 ans, nous allons emprunter les mythiques sentiers de la Soie, jusqu'à Pékin, de septembre 05 à juillet 06.

Nous décrirons ici notre périple : itinéraires, récits, photos, moments de galère...bref nous voulons vous faire vivre notre aventure "en direct live"!

N'hésitez pas à  poser des questions, poster des  commentaires,  des messages de soutien,  on prend TOUT !!!

Bon voyage et à très bientôt !
 
Mercredi 24 mai 2006

Du dimanche 23 au mardi 2 mai : en marche sur la KKH !

 

Trop degoutes d’etre revenus a la case-depart, nous ne revisiterons pas le bazar du dimanche. Filons en bus pour sortir des faubourgs de Kashgar. Enfin sur lka KKH !

 

Le temps est chaud pour marcher. Les longues lignes droites pre-desertiques ne nous procurent aucun brin d’ombre pour nous arbiter du soleil. Fatigues des efforts du mois qui s’acheve, nous ne resistons pas a l’invitation lancee par le trio de freres (Islamjon, Hassanjon et Tahir), qui, comme beaucoup de chinois, nous regardent passer assis sur leurs talons. 

 

Ce jour-la, nous jouons a “Vis ma vie dans un village ouighoure en Chine”. Nous vivons au lent rythme de ces paysans, pieux musulmans proclamant un “Turkistan libre” (partie musulmane a l’ouest de la Chine, aujourd’hui province du Xinjiang). Les “excursions” dans les champs sont leurs principales occupations. L’occasion pour nous d’en connaitre plus sur la culture ouighoure, d’echanger sur la , l’agriculture et de nous reposer.

 

Ce “temps-mort” nous est profitable. Nous repartons de plus belle, direction Opal, premier village après Kashgar sur la KKH. Le bazaar y est beau et riche. Ne savant pas trop ce que nous trouverons plus tard, nous en profitons pour faire quelques provisions : oeufs, pain, radis, crème fraiche, riz patates. Nos repas ne sont pas tres varies mais ont l’avantage d’etre rapides a cuisine (obliges de faire un feu pour manger chaud, pas toujours faisable…) et consistants. Petit detour par le joli mausolee de Mohammed Kashgari, premier homme avoir imagine un dictionnaire des langues turcophones.

 

Les nuits douces nous permettent a nouveau de camper. C’est grandement appreciable et ca devient une habitude après nos 40 km de marche quotidienne. Le matin, nous partons de bonne heure, vers 7h-7h30, histoire de pouvoir enchainer 25 km le matin. 20 derniers dans l’apres-midi et nous considerons notre journee “finie”. Nous n’oublions pas les pauses, pour nous restaurer (un bout de gras trempe dans son bouillon a 8h30 est ideal pour carburer !), et nous reposer apres le repas du midi.

 

Au fil des kilometres, le paysage change. Les arbres disparaissent et laissent place aux canyons desertiques. Puis viennent les dunes de sables ou nous marchons en compagnie des chameaux. Terrain plus escarpe ensuite (certains pics atteignent 5000 ou 6000 m autour de nous), il devient plus difficile de planter la tente. Si squatter une vieille maison abandonee est un probleme, nous pouvons compter sur l’exceptionnelle hospitalite des peuplants les hauts plateaux de la KKH.

 

C’est ainsi que nous progressons en amont vers le lac de Karakul. Perches a 3700 m d’altitude, nous y trouvons un spot de reve (mais certes un peu froid) en face du Muztagh Ata (7 546m) pour camper. Nous lui preferons aux yourtes de beton construites a la va-vite par les chinois autour du lac pour attirer les touristes.

 

Muztagh Ata dont nous visitons le base camp, a 4550m d’altitude. Marrant de ne se retrouver qu’a 250m du plus haut mont d’Europe (Mt Blanc, 4807m). Sur la KKH, et sans trop s’en rendre compte finalement, les pics jouent dans une autre categorie : ils depassent tous les 5000m !

 

Marcher sur la KKH nous reserve quelques surprises. Si marcher vers le (notre objectif) est simple, il arrive parfois de se poser quelques questions : ou trouver de l’eau et savoir ou dormir. Pour se restaurer, nous pouvons compter sur les tres sympathiques chinois vivants dans les camps d’ouvriers qui bordent la route. Ils remplissent nos gourdes de the sans hesiter, nous fournissent du pain egalement.

Pour ce qui est de dormir, il faut parfois savoir improviser. Les villages sont rares et se faire heberger n’est pas toujours possible. Tout comme planter la tente dans des canyons abruptes. Certains soirs nous reservent des surprises, comme la fois ou nous avons du hisser la tente sous un pont sur 5m2 pour nous arbiter du vent ou le jour ou nous avons affronter la mefiance des Tadjiks a notre egard dans un petit village frontalier (sans doute n’avaient-ils jamais croise d’etrangers ? Ou n’avaient-ils pas le droit de nous heberger chez eux, bizarre…? )

 

Les 100 derniers kilometres pour Tashkorgan (ou nous prendrons le bus pour nous rendre au ) sont durs. Les pieds souffrent sur une piste caillouteuse et non-asphaltee. Le dos tire suite aux positions inconfortables prises pendant la nuit. A un chargement lourd aussi (vivement les beaux jours qu’on puisse se decharger des affaires encombrantes d’hiver!).

L’arrivee est tres appreciee. L’acceuil, lui, reste a desirer ! Cette ville qu’on nous avait dit peuplee de tadjiks est en fait tres chinoise. Deux axes principaux, un bazaar de pacotilles entre les deux. Rien de bien palpitant. Cette ville respire l’ennui.

Nous avons affaire a l’hotel a des chinois malhonnetes, ne causant pas un mot d’anglais, evidemment. L’acces a Internet est bloque aux etrangers. Nous ne pourrons donc pas donner de nouvelles, alors que les dernieres datent deja…du 15 avril. De quoi nous degouter des chinois !

Et puis cette inconnue : nous sommes bientot le 1er mai et ne pouvons pas savoir si la frontiere est ouverte ou non. Personne pour nous renseigner. Une seule chose a faire : attendre le premier bus pakistanais.

 

Lundi 1er mai

 

Jour “officiel” d’ouverture de la frontiere. Un brin d’excitation aux douanes chinoises. Le vernis vient tout juste d’etre pose, les bureaux disposes. Fermee 6 mois de l’annee a cause de la neige (Khunjerab Pass, 4733m), les officiers n’auraient pas le temps de le faire avant, non ?

On nous a demande de nous pointer le lendemain a 8h pour prendre le bus. Soit. A l’hotel et dans la ville, toujours autant d’incesion.

22h : des touristes venant du sont arrives en bus. Ouf…sauves! Nous quittons cette ville demain !

 

Mardi 2 mai

 

8h. Comme nous le pensions, il faut prendre son mal en patience avant de decoller. Le bus est un car chinois, tout neuf, contenant 20 personnes max. Or beaucoup de gens charges attendent, comme nous. Esperons qu’il y aura assez de place !

 

10h. C’est parti ! 5h d’ascension sont necessaires pour atteindre le col de Khunjerab. Nous sommes etonnes de voir des gens vivre a cette altitude (plus de 4000m). Comment pouvons vivre dans ces conditions ? Meme les chameaux sont couverts pour ne pas attraper froid !

 

Passe le col, le bus se fraye un chemin dans les falaises noires et abruptes (“karakorum” prend tout son sens). Un 4x4 en face. Surprise, il passe a notre droite. Et oui, nous avons change de cote : on roule a gauche ici. Bienvenue au !

 

Le passage de frontiere n’est qu’une simple formalite. Juste repondre aux questions des tres souriants gardes pakistanais. Nous ne serons meme pas fouilles a notre arrive a Sost, premier village pakistanais.

 

Nous voila donc en . Depuis le temps qu’on en parlait ! Nous decouvrons les hotels-restaurants un peu negliges, des shops tenus par des hommes souriants, ouverts et toujours prets a discuter, et puis cette tenue si particuliere : le shalwar kameez, combinaison legere dont la chemise descend jusqu’en dessous le genou.

 

Nous retrouvons aussi une vieille connaissance : Adrien, croise en Turquie il y a 6 mois auparavant. Marrant.

Le voyage aujourd’hui nous a fatigue. Aucune folie ce soir. Plutot nous reposer et rever d’un tres bon sejour au .

Mercredi 24 mai 2006

Mercredi 12 -> Dimanche 16 avril : Le grand bazar de Kashgar

 

Nous avons besoin de repos après cette longue marche (cf. Osh-Kashgar). Arrives fatigues le mardi soir, nous decidons de nous poser quelques jours et attendre le bazar du dimanche, repute pour etre le plus grand d’Asie.

 

Nous sentons dans cette ville deux atmospheres : la folie chinoise se mele a la sagesse ouighoure. Deux communautes qui se definissent par deux places centrales : la place Mao ou trone une immense statue, bordee de larges avenues, de centres commerciaux et de galleries souterraines cotoie la mosquee Id Kah, ou Ouighoures se bousculent aux petites gargottes pour deguster plov et tetes de mouton bouillie.

 

Nous nous divertissons cette semaine a flaner dans la vieille ville le matin, a gouter chaque stand ouighoure et chinois le midi, nous surprenons meme un soir a nous divertir dans un cabaret aux numeros les plus delirants : applaudir un chinois fou s’eclater un tabouret en fer sur la tete fait aussi partie de la culture chinoise !

 

Leves trop tot, le bazar du dimanche tant attendu nous decoit legerement, attendant plus d’oeuphorie et d’animation dans les rues de la ville. Nous nous souviendrons tout de meme de cette traversee-éclair en pousse-pousse pour rejoindre le bazaar aux animaux.

 

Lundi 17 avril : vous avez dit 1000 charettes ?!?

 

Nous preferons le marche aux betes du lendemain, non loin de Xiebazar, a 15 km de Kashgar. Des familles entieres defilent sur leurs carioles pour aller vendre leurs marchandises. Allees aux coiffeurs cotoient cordonniers et vendeurs de samsas. Genial mélange de bruits et d’odeurs !

Nous plantons la tente dans un champs après une trentaine de killometres. Difficile de rester discrets : les jours rallongent et les gens travaillent plus tard le soir. Usman nous donnera finalement son accord.

 

Du Mardi 18 au Samedi 22 avril : boucle Kashgar-desert du Taklamakan-Yarkand –Yengisar et…kashgar, encore

 

La frontiere pakistanaise n’ouvre que le 1er mai. Pour patienter, nous decidons de marcher a l’oree du deuxieme desert le plus grand du monde : le Taklamakan. Mais refusant de s’attacher les services d’une Jeep et d’un guide, nous sommes loin de voir les caravanes de chameaux visibles sur les cartes postales. Tant pis, nous aurons bien joue dans les dunes de sable…

 

Nous ressortons du desert pour nous rendre a Yarkand. Nous ressentons avec joie la frenesie ouighoure autour de la “Mosquee doree”. Quel spectacle de voir ces hommes se presser pour la grande priere du Vendredi ! Nous prenons aussi un malin plaisir a se joindre a eux pour deguster ce qui sera peut etre notre dernier plov…

 

Yengisar, ville connue pour ses couteaux est sur la route. Pourquoi ne pas ramener un petit souvenir de Chine ? Seul veritable interet, nous n’y restons qu’une nuit. Assez pour y rencontrer Sabir, jeune prof de 22 ans qui nous offrira en plus un dernier lenghman.

Dernier plov, dernier lenghman,  nous sommes fin prets pour affronter la Karakorum Highway. Sauf si la police chinoise s’en mele…

 

Juste avant le croisement de la Karakoram Highway, alors que nous nous appretons a camper vers Akto, la police des etrangers nous tombe dessus. “Akto is forbidden to foreigners. Sorry, you must not sleep here”. Sans trop rien comprendre (nous apprendrons par la suite que l’eclatement de recentes emeutes entre chinois et ouighoures ont rendu la ville dangereuse), nous voila donc a 22h dans l’estafette. Retour a la case Kashgar, a l’endroit meme ou nous avions dormi la premiere nuit. Nuit payee par la police chinoise. Nous entretenons decidemment d’etranges relations avec les polices locales, dans tous les pays que nous avons traverses.

 

Mais arriverons-nous un jour a atteindre le ?!?

Jeudi 13 avril 2006

31 mars, vice du jeu au bazar, camaraderie dans le parc d’Osh

 

 

 

Nous sommes depuis hier soir a Osh et nous recuperons des 24h passees dans des camions hors d’age sur une route defoncee. Apres une nuit complete, nous descendons au bazar de la ville que nous n’avions pas totalement explore lors de notre premier passage express. Nous achetons quelques coiffes locales, notamment le fameux telpak que portent les hommes, ce chapeau en feutre blanc brode a la forme haute unique en son genre. Un attroupement nous attire dans une allee. Ce sont des hommes, accroupis qui parient au jeu de la balle et des gobelets. Trois gobelets en plastique, une petite balle et un “magicien”. Le principe est simple : il s’agit de parier sur le gobelet qui cache la balle. Le jeu parait simplissime. Sans nous en apercevoir nous passons en un instant de simples curieux au role de joueurs et nous voila roules. Tous nous crient “la, la, est elle la!” Mais oui c’est evident, elle ne peut etre ailleurs… et pourtant… Un puis deux puis plusieurs billets y passent… nous perdons gros dans l’affaire (ce qui est relatif compte tenu de la valeur des billets ici).

Encore enerves de nous etre fait prendre au jeu, nous rejoignons le parc de la ville ou regne par cette belle journee une ambiance de fete, de joie, de gaiete. C’est la que respire le coeur de la ville, parmi les allees ombragees. Les tables de ping-pong sont de sortie, les joueurs d’echecs endimanches se livrent de belles batailles, on joue aux cartes, on tire a la carabine, on rie, on pousse la chansonnette au stand de karaoke ambulant… Bref, il fait bon s’assoir sur un banc et observer.

Le soir venu nous decidons de “tester” la vie nocturne et nous nous retrouvons dans un club ou un streap-tease est programme! Une simple danse du ventre en verite…

 

 

1er avril-11 avril : 430 km de marche sur les hauts plateaux du Pamir

 

 

 

Nous partons le 1er avril en direction de la Chine. Nous devons rejoindre le col d’Irkeshtam, poste frontiere kirghizo-chinois a 3200 metres d’altitude puis l’oasis de Kashgar dans la province du Xinjiang, la plus grande de Chine mais aussi l’une des moins peuplees. Nous sommes partis tard d’Osh et ne marchons que 32 km le premier jour, sous la pluie. Nous sommes heberges le soir venu dans une petite ferme du bord de route. Amusant, sur la route chaque village accuse le suivant d’etre un village de bandits, ce qui nous fait bien sourire a la vue de la gentillesse des gens. Le lendemain nous partons des l’aube pour une etape sous la neige. Notre objectif est de nous rapprocher du col de Chirchlik que nous franchissons le lendemain a un rythme qui nous etonne nous-meme. En 12 km nous prenons 800 metres d’altitude pour nous retrouver a 2450 metres. Au sommet, après 2h30 de montee, nos coeurs battent a moins de 130 pulsations/minutes. La descente  est vertigineuse et nous croisons des camions kirghizes revenant de Chine, charges a bloc, crachant dans le ciel bleu leur fumee noire. Un coup de klaxon et le pouce leve, ils nous encouragent. La route longe une riviere qui nous separe des villages, seulement accessibles par des passerelles branlantes que les gamins secouent pour s’amuser. Apres 35 km nous atteignons Kyrkol, un village ou l’on nous offre du yaourt et du the. Les familles ont sorti les bancs et s’amusent de nous voir passer. Leurs sourires et le petit en-cas nous relancent pour 10 km supplementaires jusqu’au village de Kyzil Korgan, borde de magnifiques falaises rouges. Entre temps et pour la premiere fois depuis notre depart, je connais deux alertes successives et file droit dans le fosse pour soulager une belle diarhee. Le lendemain il n’y paraitra plus. Il est 18h20 et 5 hommes nous invitent a les rejoindre le long de la riviere. Ils fetent un anniversaire et descendent quelques verres de vodka. Nous restons distants car l’arak comme ils l’appellent ne rend pas toujours les hommes de tres bonne compagnie. Ils deviennent en general assez lourds et ce soir n’echappera pas a la regle. Ils nous invitent a passer la nuit chez l’un d’eux. Ils parlent beaucoup, evoquent un sauna, un bon repas, des filles… Il est deja trop tard pour repartir et nous acceptons en tentant de leur faire comprendre qu’apres 45 km de marche, nous souhaitons avant tout nous reposer. Comprehensifs, ils nous laissent nous coucher après le diner mais nous reveillent bien emeches a 2h30 du matin, pour faire la fete! Devant notre refus, Tolik, notre hote, reveille sa mere et sa fille de 10 ans qu’il colle aux fourneaux pour le reste de la nuit! Nous finissons sur leurs nattes.

Le lendemain, Tolik qui n’a pas dormi est en forme! Ses amis cuvent dans la piece commune. Confus de la veille, il nous offre des oeufs et du pain avant notre depart.

Nous enchainons de nouveau 45 km dans la journee, tout en prenant le temps d’un pique-nique 3 etoiles dans une allee bordee de rhododendrons. Le temps est radieux, il fait chaud et nous observons la vie du village. Les brebis agnellent et c’est la saison des amours pour les anes qui se font bien entendre. Une Lada s’arrete a notre hauteur et on nous offre deux pains. Les commercants viennent d’Osh et fournissent la region. La voiture en contient 1000! Nous profitons des pompes a eau des villages pour nous rafraichir car la chaleur est vraiment lourde et la poussiere de la chaussee defoncee s’accumule sur nos visages transpirant. L’occasion de quelques echanges avec les habitants qui nous l’affirment : jamais ils n’ont vu de marcheurs rejoindre la Chine. “Ou sont vos velos?” nous demandent-ils.

La derniere difficulte de la journee est un petit col non repertorie de 3 km. La pente est tres raide mais la encore nous franchissons l’obstacle sans peine avant de profiter d’un soleil couchant sur les sommets du Pamir. En contrebas, isolee dans une vallee, nous apercevons une petite ferme. C’est la que nous demandons l’hospitalite. Akelay, la mere de famille, nous accueille les bras ouverts. Son mari, saoul, cuve dans une piece et ses 5 jeunes enfants ramenent les chevres des champs. A l’heure de la soupe, tout le monde se reunit dans la cuisine, y compris le pere que les gamins, pas rancuniers, couvrent de baisers. Une lampe a huile éclaire la table et nous passons une belle soiree pleine de complicite. Ici on se couche tot mais après 47km, le sommeil ne tarde pas a venir.

Nous sommes le 4 avril et un col a 3615 m nous attend. Nous partons a 7h en laissant a la famille un pain et du beurre.. Apres 20 km et un vent glacial dans le visage, Zurikbay, le proprietaire de la derniere maison avant le col, nous offre le the et du pain. Il regrette de n’avoir rien d’autre mais lui et sa femme ont perdu leurs emplois a la suite de la perestroika menee par Gorbachev. Ils ne manquaient de rien et voici qu’a present, ils n’ont plus rien. Seule lui reste la culture et sa passion pour Alexandre Dumas dont il a lu tous les romans. Nous sommes prets a affronter la terrible ascension que l’on nous annonce depuis des dizaines de kilometres. Nous sommes a bloc pendant la premiere moitie de l’epreuce avant de flechir quelque peu. Le manqué d’oxygene commence a se faire sentir mais nous parvenons deja au sommet enneige ou souffle un vent terrible, apres 1300 m de denivele. Au bout de la descente se situe Sary Tash ou nous passons la nuit chez l’habitant. Nous nous contentons de 40 km aujourd’hui puisque nos epaules et nos genoux reclament du repos. Le village se presente comme un grand croisement : a droite, le Tadjikistan et le Pic Lenine (7100m), a gauche, la Chine. Si tout va bien, nous y serons dans 2 jours.

 

 

Mercredi 5 avril, les joues vertes!

 

 

 

Ce matin, Remi a les joues vertes! Oui, vertes! Il a fait tres froid dans la chambre et les couvertures n’ont pas suffi. C’est grelottant qu’il prend la route en direction d’un col a 3500 metres. Inquietant. A 2km/h, peinant pour avancer, il ne peut profiter du paysage pourtant somptueux. Nous marchons sur des montagnes russes qu’ils appelent ici montagnes “americaines”! Toute la journee, courageusement, Remi continue d’avancer jusqu’a ce que nous nous posions pour la nuit dans un boui-boui du bord de route, tenu par de tres, tres jeunes adultes (le plus vieux a 20 ans, le plus jeune 14, mais que font-ils la?). Nous jouons au UNO avec eux avant que Remi ne vomisse tout ce qui l’encombrait aujourd’hui, le soulagement et la promesse d’une nuit tranquille.

 

 

Jeudi 6 avril : frontiere et backchich

 

 

Il a neige cette nuit et il fait un froid de canard ce matin. Le vent de face nous cloue sur place et c’est frigorifies que nous avancons. Le chemin (cette route connaitra-t-elle l’asphalte un jour?) est une patinoire et Remi se retrouve les 4 fers en l’air, sur le cul! Nous sommes sur une crete a 3000 m et rien ne nous est epargne. Apres 10 km nous decidons de rejoinder la frontiere situee a 20 km en camion pour nous assurer de la franchir aujourd’hui.

Nous debarquons dans un monde inconnu : des milliers de camions sont entasses sur un vaste terrain vague et attendent qu’on veuille bien les laisser passer. C’est un village dans lequel les maisons sont des remorques remplies de ferraille. En Kirghizie, le kilo s’achete 0.02 euro alors qu’il se negocie autour de 0.10 euro en Chine.

Le medecin ne nous osculte pas, il annonce un tarif : 200 com (5 dollars). Pour quelle raison cher monsieur? “Vous n’avez pas de certificat qui atteste que vous n’etes pas atteints du virus du Sida, je vais donc vous en etablir un, c’est 5 dollars”. Voila ce qu’on appelle couramment un backchich. Les chinois soit disant reclament ce certificat pour nous laisser penetrer sur le territoire. Nous protestons : faites votre boulot, oscultez-nous! Pas question pour lui, que l’on soit malade ou pas, il s’en fiche, il sait que nous sommes dos au mur. Pas d’attestation, pas de passage de frontiere. C’est une guerre des nerfs qui s’entame mais elle est de courte duree. Nous pretendons avoir tout notre temps mais lui aussi, d’ailleurs c’est l’heure de manger! “Excusez-moi chers messieurs, je reviens dans deux heures!” Enfoire va, les voila tes 5 dollars…

Cote chinois, la petite femme qui nous enregistre nous lance un “welcome to China” bien formel. C’est qu’a l’approche des J.O, l’empire du Milieu a sans doute quelque peu envie de redorer son blazon aupres des occidentaux. La fouille des sacs est rapide, presque distraite alors que nous nous faisions un sang d’encre. On nous confisque tout de meme nos radis et un saucisson pour la “securite alimentaire”. Je parviens a sauver le beurre et le pain, faut pas deconner.

Nous voila en Chine, sous la pluie. Nous changeons 20 dollars et entamons la route qui mene a Kashgar a 220 km du poste frontiere, de ses magasins de pieces detaches, de son immense casse et de ses bordels a peine dissimules.

Nous avons avance notre montre de 2 h car ici, on vit a l’heure de Pekin, pourtant a plus de 3000 km de la. Il est donc 18h30 et il nous reste 4 h de marche jusqu’au premier village. Nous pensions descendre et nous montons, encore et encore. La route est magnifique et dans les grands paturages nous observons desormais des chameaux. Nous en avions reve puis finalement pensions ne jamais en rencontrer, mais ils sont la. Contraste saisissant avec les 4x4 flambant neufs qui traversent les steppes bitumees pied au plancher. Histoire et modernite, vive la route de la Soie au XXIeme siecle!

Il est 22h quand nous parvenons, fatigues, au village. Ce sont des kirghizes qui vivent ici et une famille nous propose une chambre pour la nuit. Ici les maisons ressemblent a s’y meprendre aux habitations de terre du Maghreb, avec des toits plats et un confort bien spartiate. Les toilettes sont en face, dans le champ du voisin…

Rencontre inattendue le lendemain matin : Jean-Francois, un cyclotouriste Breton acheve une epopee de 5900 km en Chine, depuis Shanghai. Visiblement, il est lui aussi ravi de cette rencontre et pour cause, voila 3 mois qu’il n’a pas vu un occidental! Parti en novembre 2004 autour du monde, il “rentre a la maison.” Echanges de conseils, d’encouragements, d’adresses et chacun reprend sa route.

Dans le seul village d’importance indique sur la carte, nous faisons qq provisions : pain et oeufs essentiellement puisque le seul magasin du village n’a pas du etre approvisionne depuis belle lurette. Nous achetons aussi de l’eau minerale. Le vendeur nous donne une bouteille pour 5 Yian (0.5euro) mais une cliente intervient et nous en rajoute deux. Il faudra etre vigilants sur les prix! Le soir nous passons la nuit dans un village sans nom ou les gens vivent reelement comme au siecle dernier. Aucune voiture, aucune machine agricole, aucun confort. Au matin nous demandons s’il est possible d’avoir un petit dejeuner contre un peu d’argent mais ils n’ont pas autre chose que du the (de l’eau chaude ici) et du pain sec. Nous nous en contenterons.

Eau et pain sec constitueront d’ailleurs notre unique menu pour 3 repas et une nuit sous un pont, seuls dans l’immense décor qui nous entoure. Nous finissons cette marche de 12 jours sur les rotules, amoindris par l’absence d’une nourriture equilibree : par un morceau de viande, pas un legume vert a se mettre sous la dent pendant plusieurs jours. Nous nous rattrapons a notre arrive a Kashgar après 430 km de marche au cours desquels nous aurons successivement eu tres froid, tres chaud, tres faim, tres mal aux pieds et surtout la joie intense et sans precedent d’ etre arrives a notre but, d’etre parvenu a Kashgar, l’oasis millenaire qui s’est fait tant desiree. Notre unique envie est de nous reposer, de manger et surtout, surtout de nous laver car la derniere douche et la derniere lessive remontent a deux semaines. Nous n’avons jamais ete aussi sales et, honnete, le receptionniste de l’hotel se pince le nez en nous donnant la cle! Vive la Chine…

 

 

Kashgar, la “grosse bouffe”

 

 

 

Notre priorite a Kashgar est donc, vous l’aurez compris, de reprendre des forces, ce qui n’est pas difficile tant les tentations sont grandes. Dans la vieille ville musulman sont installes des dizaines de vendeurs ambulants et leur charette qui proposent des bols de plov, des brochettes, des tetes de mouton et leur jus (mon coup de coeur), du poulet aux pois chiches (celui de Remi), des langmans (nouilles fraiches) des fruits, des tranches de pasteque et d’ananas a la demande. Les odeurs se melangent, on se repere aux dechets qui jonchent le sol, eclaires par de multiples lampions…

Il existe egalement un quartier chinois, moderne et propre ou l’on sert une nourriture plus variee et plus epicee que la cuisine ouighoure : pigeon, poisson, porc…rat? Chien? C’est un peu plus cher aussi, disons que cote ouighour on ressort le ventre plein pour 0.40 euro et qu’il faut compter 0.60 cote chinois! On ne sait pas vraiment ce qu’il y’a dans l’assiette mais nous quittons les cantines en plein air le ventre plein, rassasies. Les façades des immeubles sont couvertes de pub et de neons clignotants. Sous l’oeil bien faisant d’une statue demesuree de Mao, les vendeurs de CD font crier leurs enceintes, les salons de coiffure rivalisent de creativite pour une jeunesse qui cherche l’originalite et les cybercafes proposent dans une atmosphere enfumee un monde virtuel qui semble passionner tous les jeunes chinois. Avec leurs yeux globuleux ils font peur a voir.

Du point de vue culturel, Kashgar possede un bazar tres traditionnel ou l’on peut observer les cordonniers, les chaudronniers, les fabricants de couteaux, les chapeliers et les menuisiers dans leurs oeuvres. C’est du grand bazar d’Istanbul ou plutot de ses arrieres boutiques que se rapproche le plus Kashgar car ici n’ont plus la mecanisation n’a pas pris le pas sur le travail manuel.

A proximite de la mosquee Id’Kah, coeur de la ville historique, on joue au billard en plein air. Les musulmans et les chinois han ne se melangent pas vraiment, chaque communaute respectant l’autre mais restant dans son quartier.

Nous restons a Kashgar jusqu’a Dimanche, le jour du grand bazar, sans doute le plus impressionnant que nous verrons pendant ce voyage. Lundi nous prendrons la route du Pakistan, la celebre et sublime Karakorum Highway. 400 km de marche avant de decouvrir une nouvelle culture.

 

 

Vendredi 31 mars 2006

Mardi 21 mars

 

La ville de Karakol est en fete, c’est aujourd'hui Novrouz, le nouvel an musulman. Comme pour une grande kermesse, on a installe un peu partout dans la ville des scenes et des tables de camping ou l'on peut gouter les specialites du pays. Les babouchkas ont sorti leurs poussettes de bebe dans lesquelles elles vendent des cigarettes et des beignets frits. L'ambiance est bon enfant, on regarde les enfants des ecoles faire des representations et on vote pour le plus beau couple d'astakal, les "anciens" que l'on respecte profondement.

 

Le spectacle le plus impressionnant se deroule a l'hyppodrome. On joue au Oulak tirtich, le "rugby a cheval". Le principe est simple : deux equipes se disputent une chevre morte et decapitee qu'il faut aller placer dans un embut. La bete pese quand meme plus de 20 kg et l'engagement est total : on crie, on fouette son cheval pour le faire penetrer dans la melee, on se penche pour saisir la peau en evitant la chute et les coups de sabots... Le tout sous les yeux d'un public passionne et connaisseur.

 

Du 22 au 26 mars, la marche , la chasse a l'aigle et une nuit sous la yourte

 

Nous reprenons la route le long du lac Issik-Kul, sous le soleil. En quatre jours de marche, nous enchainons 160 km. Les journees sont printanieres, agreablement douces mais les nuits restent glaciales. Nous demandons l'hospitalite dans les villages de la rive sud du lac. Contrairement a l'Ouzbekistan, les gens ici acceptent volontiers une participation. Avec un salaire souvent inferieur a 100 $ et des familles nombreuses, cela n'a rien d'etonnant. Le 24, nous traversons un village dans lequel on nous propose de rencontrer un chasseur a l'aigle. L'homme est atypique sous son kelpak traditionnel. Il possede 5 aigles dont le plus age, 22 ans, a tue 7 loups dans sa carriere. La mise en bouche est exitante puisque la maison du chasseur est remplie de peaux de renards et de gibiers empailles.

 

Malheureusement, nous allons assister impuissants a un spectacle grotesque, odieux. La chasse a l'aigle se tient a l'hyppodrome du village. Nous avons conclu un accord : un aigle-un lapin, pensant admirer l'aigle tournoyer sur nos tetes, ecoutant les ordres du chasseur et cherchant le gibier, pour peut-etre, finir bredouille. Nous comprenons trop tard comment se passe la chasse. L'homme grimpe sur la montagne, aigle au poing, pendant que son fils laisse sortir d'un sac un pauvre lapin impuissant, mou comme une chique. Ses yeux rouges en disent long sur son etat de forme et, avant qu'il n'ait fait le moindre mouvement, l'aigle, de ses serres surpuissants, l'etouffe. Heureux, le chasseur nous demande "voulez-vous qu'il le mange?" Allons-y, pourquoi pas, puisqu'il en est ainsi dans une partie de chasse "traditionnelle". Comprenant notre degout, le chasseur nous laisse reprendre la route sans demander son reste.
Nous enchainons les kilometres preoccupes par la matinee que nous venons de passer. Est-ce bien vrai que nous avons paye pour ce spectacle affligeant? Combien de touristes se sont eux aussi fait avoir? Et combien de lapins endorphines se sont-ils fait bouffer? Brigitte, si vous nous lisez...
La nuit tombe et nous venons de quitter le lac pour une piste qui traverse un paysage desertique. Koshkor, le premier village est a 40 km. Nous n'avons comme provision que notre boite de sardines de secours et un pain achete dans une ferme. Pas un vehicule ne passe par la, nous envisageons donc une nuit sous la tente, ce qui veut dire une mauvaise nuit puisque nous nous sommes separes de nos sacs de couchage il y'a un mois.
Sur notre droite, encore au loin semble se dessiner les contours d'une yourte. Nous approchons et c'est avec le sourire que le berger Oumourbek nous recoit. Pour la premiere fois nous allons vivre une nuit sous la yourte, peut-etre meme sous la premiere yourte installee dans la region, seulement depuis hier d'ailleurs. Nous mangeons une soupe delicieuse que sa femme Bourouldjal prepare dehors, sur une cuisine ambulante installee sur le sol. Un cavalier arrive a son tour, un ami. A 75 ans, il "saute" de son cheval pour se joindre a nous. Ici la famille va vivre un mois avant de grimper dans les jailoos, les paturages d'ete a 3000m, pour 5 mois.
La nuit est tombe mais la yourte est chaude, un feu entretenu en son centre. Par l'ouverture du toit nous contemplons les etoiles, heureux.

27 mars

 

Apres le petit dejeuner nous quittons nos amis et partons pour une journee de liaison. Il nous faut rejoindre le sud du pays pour, enfin, aborder la Chine et rester dans les temps. Alternant bus et stop dans un camion hors d'age, nous rejoignions la vallee de Sussaymur. Nous dormons dans le petit village de Tugol Say, accueillis par un couple de septagenaires qui mangent du beurre de chevre a la cuillere, tout en pretendant faire attention de ne pas en abuser.

 

28 mars, 57 km a pied

 

Nous traversons ce matin une suite de villages bien ternes ou l'unique activite visible des villageois est d'actionner les pompes a eau pour remplir des bidons qu'ils tirent ensuite avec de petites charettes a bras. Apres 29 km, nous traversons le village d'Aral qui marque aussi un changement de paysage spectaculaire. La route n'est plus asphaltee mais devient un chemin escarpe, semblable a un cours de tennis a Roland Garros. Nous sommes dans un canyon rouge aux parois fascinantes. Seul le vent de face, frois et soutenu, vient troubler notre marche . Nous progressons dans l'espoir de trouver une ferme, une yourte meme ou passer la nuit. Le relief est si abrupte que nous ne voyons meme pas d'animaux. Nous continuons donc alors que les kilometres defilent sous nos pieds. Quand nous parvenons au premier village, Kyzil Oi, nous avons parcouru 57 km dans la journee! Notre record. Nous passons la nuit "chez l'habitant" puisque le village compte quelques maisons d'hotes.

 

29 et 30 mars, deux jours sans sommeil

 

Nous venons de parcourir 285 km en 8 jours de marche et nous avons passe la barre des 500 km dans le pays, notre objectif. Nous devons maintenant rejoindre Osh puis le col d'Irkeshtam par lequel nous rentrerons en Chine. Pour ce faire, nous devons emprunter une nouvelle fois l'axe principal du pays ou nous avons marche il y'a 25 jours. A 10h, une famille nous propose de nous avancer de qq kilometres. Il neige dru depuis notre depart il y a 2 heures et nous acceptons. La Lada rouge est deja pleine et nous comprenons vite que nous allons etre bien utiles. Le chemin est etroit et le franchissement de certains passages est carrement chaotique. Le verglas fait patiner la voiture dont les pneus sont deja aussi lisses qu'une peau de banane. Le chauffeur, serein, prend son elan pour passer en force, si la voiture derape, c'est l'accident et une chute vertigineuse dans le canyon. Nous poussons la vieille voiture russe, progressant lentement en calant des rondins de bois sous les pneus, vieille technique infaillible. Et ca passe. Nous voila desormais le long de la route Bishkek-Osh, attendant qu'un camion nous prenne a son bord.
Durbai nous invite a prendre place dans son ZyL, un camion trentenaire qui ne depassera pas les 40 km/h. Le bruit est assourdissant. Le chauffeur emprunte la route tous les jours (plus de 12h de conduite) pour un salaire de 60$ par mois. Il a 36 ans et bientot 5 enfants a nourrir. A 23 h, il arrive a Toktogul, sa destination. Nous decidons de faire du stop a proximite d'une station-service et apres 20 minutes, un second camion s'arrete. Marat, 50 ans, a decore sa cabine comme l'interieur d'une discotheque dont il ecoute les tubes d'une oreille distraite. Nous venons sans doute de tomber sur le camion le plus lent du pays. Nous parcourons 150 km en... 9 heures, avant de tomber en panne, sous la pluie. Il conduit depuis 15 h d'affilee et le voila, toujours souriant, sous son camion, a genoux dans une flaque d'eau, les mains dans le camboui. Nous ne pouvons rien faire pour l'aider et stoppons un troisieme camion qui nous conduira jusqu'a
Osh
. Voila maintenant 24 heures que nous passons dans les camions mais nous avons encore la force d'admirer la vallee du Ferghana kirghize qui a bien change en trois semaines. C'est le printemps, les lauriers roses sont en fleur et les collines bien verdoyantes.

 

Samedi 18 mars 2006

Samedi 11 mars, douaniers-voleurs

 

 

Nous rejoignions aujourd'hui le village allemand de Rot Front a 70 km de Bishkek. Les Guillerm, une famille bretonne, vivent ici depuis 4 ans et propose aux touristes des randonnees equestres de 7 a 15 jours, a la rencontre des familles nomades des montagnes. Nous n'avons pas planifie une viree a cheval mais passons simplement chercher un colis envoye depuis la Grece. Comme tous les colis en provenance de l'etranger, il a subi un "controle" douanier. Gourmands, ceux qui se sont occupes de la verification se sont largement servi : plus de Carambar dont nous nous regalions par avance, plus de galettes bretonnes non plus! Les vaches... Nos produits anti-moustiques eux-aussi ont disparus, de meme que quelques paumades... Heureusement ils ont eu la delicatesse de nous laisser nos deux boites de pate Henaff cachees dans nos chaussures tige basse.

 

 

Dimanche 12 mars, au marche de Tokmak

 

 

Yann, le fils de la famille est seul a la maison et gere avec deux employes l'ecurie qui comporte 24 chevaux. En plus des soins dispenses aux animaux, la surveillance est primordiale puisque les animaux ne sont pas enregistres. Le vol de chevaux est donc ici un sport national qui se finit parfois tres mal. Des chevaux, nous en voyons par dizaine sur l'immense bazar des animaux de Tokmak ou nous nous rendons dans la matinee. A la frontiere du Kazakhstan, il est l'un des plus importants du pays et donne lieu a un trafique "regule" par les douaniers kazakhs. C'est ainsi que l'on peut voir des passeurs conduisant moutons, chevaux et  bovins d'un pays a l'autre.

 

Pour la premiere fois aussi nous voyons des coqs de combat qui s'executent sous l'oeil attentif des badauds.

 

Dans l'apres-midi, Yann nous propose une balade a cheval sous le soleil qui nous accompagne depuis maintenant cinq jours. L'annee derniere en fevrier il avait fait jusqu'a -27, cette annee la region n'a pas enregistre de temperatures negatives le jour.

 

 

Lundi 13 mars

 

 

Nous avons repris des forces chez les Guillerm (merci a sa voisine, delicieuse cuisiniere) et reprenons la marche en direction du lac d'Issik-kul, au centre du pays. Remi renoue malheureusement avec ses crises de diarrhee qui le font plonger dans les fosses de temps en temps. Elles ne dureront qu'un jour.

 

Apres 35 km entre la voie ferree et les montagnes, nous atterrissons dans un village qui possede un immense hotel de l'ere sovietique, desafecte. Bien que les lits aient disparus depuis belle lurette et que l'electricite soit coupee, nous insistons pour occuper une piece vide. Nous finissons par obtenir l'autorisation de nous allonger sur le bitume pour la nuit. Le batiment n'est pas desert puisque deux travailleurs occupent une chambre epargnee par la fermeture. L'un deux, Moukrat est peintre en batiment. Il bafouille quelques mots de francais qu'il a appris dans la prestigieuse ecole des Mines de St Petersbourg, voici 5 ans. Il est revenu en Kirghizie par amour pour son pays. Malheureusement, il n'y a pas de travail ici et se contente de cet emploi dont il tire un salaire de 75 dollars par mois. Il tient a nous inviter a diner et nous offre du vin rouge et du fromage!

 

 

Mardi 14 mars, infatigable Viktor

 

 

Le temps se gate et apres 3 heures de marche sous une pluie battante, nous montons dans un Kamaz qui rejoint le lac Issik Kul. La premiere ville de ce lac, le deuxieme plus grand lac alpin du monde apres le lac Titicaca, est Balikshi. Nous traversons la ville pour pique-niquer au bord du lac. Nous y voyons deja les chameaux et les troupeaux de chevaux paitrent librement devant une eau d'un bleu turquoise... Rien de tout cela, au contraire! Nous tombons sur un vieux port desafecte ou rouillent de vieux bateaux que des gamins en lambaux mitraillent de pierres en reclamant "dollars, dollars". Desilusion... Les livres savent faire rever mais la realite se doit aussi parfois d'etre retablie.

 

Un jeune homme qui nous a suivi souhaite nous inviter chez lui. Il est 14h et il ne concoit pas que nous partions marcher. Nous ne souhaitons pas prendre racine ici... Il nous met en garde : dans les villes qui bordent la partie nord du lac, l'abus de vodka rend parfois les hommes violents le soir. Ce discours nous l'entendons tous les jours mais nous prenons tout de meme garde. L'alcool est un veritable fleau et la raison est simple : moins d'un dollar la bouteille!

 

Nous avons repris la route quand une lada s'arrete a notre hauteur. Un souriant sexagenaire russe en descend et nous serre vigoureusement la main. Viktor est un personnage hors du commun : depuis quelques annees, il s'est decide a apprendre l'anglais tout seul, avec des livres d'enfant qu'il a recupere. Et nous voila au milieu de la route a l'ecouter, innaretable. Il va bientot faire nuit et il nous propose de passer la nuit chez lui. Nous acceptons sans hesiter. Tour a tour reparateur de byciclette, horloger, electricien, menuisier, apiculteur et collectionneur de radios, il nous avoue qu'il aime par dessus tout se reposer! Il n'a jamais aime travailler mais y a toujours ete contraint. En apprenant l'anglais, il a appris un nouveau mot : maybe (peut-etre). A quoi sert-il donc ce mot puisqu'on lui a toujours demande de dire oui?

 

Il doit etre 1h du matin quand il conclue sa derniere histoire...

 

 

Mercredi 15 mars, il y'a 6 mois, nous partions d'Angers

 

 

" I want to tell you one story..." Il est 8h et Viktor debarque dans la chambre. Il est en forme et a encore plein de choses a nous dire. Pourrons-nous repartir? Apres une presentation de ses arbres fruitiers, de ses cochons et de ses ruches, il est rappele a l'ordre par sa femme! C'est le moment! Nous quittons notre ami en lui promettant de venir le rejoindre dans son wagon amenage qu'il installe en montagne lors des beaux jours.

 

Nous atteignons maintenant la rive est du lac et le petit village de Mayak, sous la neige. Nous filons vers l'ecole ou nus attendons le directeur qui ne vient pas. Nous observons les dessins des enfants affiches aux murs : des yourtes, des costumes traditionnels, des paysages et... une kalachnikov dont toutes les pieces sont detaillees!

 

Deux gamins nous offrent l'hospitalite. Nous dormirons chez l'un d'eux dont les parents travaillent a Bishkek, a 350 km.

 

Nous acceptons l'invitation et proposons de preparer le diner. Le "magazin" du village est grand comme un placard et propose en tout et pour tout un paquet de spaghettis et deux bocaux de sauce tomate perimee. Nous raflons le tout! Deux adultes font une visite pendant le repas et, nous voyons diner d'un repas sans viande, courrent chercher un morceau de...yack!

 

 

Jeudi 16 mars, ambiance carte postale

 

 

Il a neige toute la nuit et les jeunes decretent qu'ils n'iront pas a l'ecole! Imaginez, elle est au moins a...50 metres! Ils preferent nous accompagner sur le chemin. Galik a revetu une enorme fourrure d'ours et des bottes en peau de mouton qui lui donnent l'allure de Bibendum. La neige passe dans la matinee et laisse place a un brillant soleil. Le ciel est lave et nous pouvons pique-niquer sur les collines qui dominent le lac. Le paysage est bien celui des livres et des cartes postales : les chevaux nonchalants broutent l'herbe rase qui borde le lac, la couleur de l'eau est profonde et sur celle-ci se reflete l'ombre inexacte d'une petite barque de pecheur... Il fait bon, tres bon etendre une bache sur la neige, s'assoir et savourer.

 

Nous atteignons Karakol apres 40 km de marche et denichons une chambrette sous les gradins du stade de foot. La chambre est froide et il n'y a pas de douche. La derniere remonte a la semaine derniere, il serait temps de penser a nous...et aux autres! Vivement le beau temps, la chaleur et les bains dans les cours d'eau.

 

 

Vendredi 17 mars... et toujours en forme!

 

 

Dimanche a lieu a Karakol le plus grand marche aux bestiaux de toute l'Asie Centrale, mis a part celui de Kashgar en Chine, hors categorie. Nous ne pouvons le manquer et nous profitons donc des deux jours que nous avons pour partir en randonnee en montagne. Nous denichons en ville les clefs d'un refuge a 3000 metres et partons vers Altyn Arashan. Selon notre guide de voyage, il faut entre 5 et 6 heures pour atteindre les sources chaudes qui sont notre objectif. Le montagnard qui nous a donne les clefs assure que les bons grimpeurs assurent l'ascension en 4 heures et en ete. Il est 14h quand nous entamons la marche, il ne faut donc pas trainer. Le soleil de ces derniers jours a fait fondre la neige au debut mais elle est encore epaisse par endroits. Nous sommes les premiers touristes de l'annee a monter a pied et nous suivons les pas des chevaux qui nous ont precedes. Le ciel s'assombrit et nous mettons les bouchees doubles. Apres 3h30 d'efforts et 1200 metres de denivele, nous atteignons le site! Serions-nous dans une forme olympique?

 

La neige tombe desormais dru mais nous sommes a l'abri dans le refuge que nous tentons de rechauffer en faisant du feu dans la cheminee. La nuit est glaciale et pour cause : nous n'avons pas vu la chambre contenant les duvets militaires qui devaient nous proteger du froid.

 

 

 

L'eau est a 60 degres et nous profitons du bassin pour notre toilette, devenue, il faut l'avouer, hebdomadaire. Nous redescendons ensuite dans la vallee et rejoignions Karakol. Le montagnard nous attend avec impatience. Des touristes veulent avoir un compte rendu de l'aventure pour s'y lancer a leur tour!

 

 

Alexis

 

 

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