Bienvenue sur le blog de CapAsia !
Bienvenue !
Que vous veniez de tous les endroits de la planète, vous allez découvrir l'univers captivant du monde de CapAsia, récemment imaginé à Angers, dans l'ouest de la France, par Alexis et Rémi.
A 21 ans, nous allons emprunter les mythiques sentiers de la Soie, jusqu'à Pékin, de septembre 05 à juillet 06.
Nous décrirons ici notre périple : itinéraires, récits, photos, moments de galère...bref nous voulons vous faire vivre notre aventure "en direct live"!
N'hésitez pas à poser des questions, poster des commentaires, des messages de soutien, on prend TOUT !!!
Bon voyage et à très bientôt !
1er janvier 2006 : Bonne Annee!
Ca y'est, nous avons bascule dans une nouvelle annee !
Nous ne sentons neanmoins pas dans les rues de teheran la moindre excitation a ce sujet :
les Iraniens continuent de vivre en 1484 jusqu'au 21 mars, date du Nouvel An local...
Nous arpentons les rues de la capitale, a la recherche notamment de drapeaux iraniens. Mais
ce n'est pas chose facile dans une ville ou les boutiques sont classees par corporation de
metiers : impossible de trouver ce que nous cherchons parmi les articles militaires ou les
chaises de bureau. Il faut pointer la rue exacte sinon c'est peine perdue !
Nous sommes invites ce midi a dejeuner chez Shoreh, femme qui travaille comme guide pour
l'agence de voyage que nous avons visitee hier. C'est l'occasion pour nous de discuter et
d'echanger des impressions (en francais et anglais) sur le pays avec des femmes "liberees"
et tres actives. De (re)-gouter aussi aux specialites iraniennes : ghorbe sabzi (riz
accompagne d'une sauce a l'oseille et aux epinards) et confiseries de Yazd. Delicieux en
plus d'etre bien copieux!
Nous visitons l'apres-midi le musee des joyaux de la Couronne, collection des plus beaux
bijoux portes par le Shah Abbas 1er, Roi de Perse de 1587 a 1629. Les vitrines brillent de
par les milliers de pierres precieuses qui ornent parures et vaisselle d'epoque.
Nous avons decide de partir ce soir de Teheran. Nous partageons en fin de soiree patisseries
et the pour remercier Hamzeh et sa famille, avant de nous engouffrer dans le metro pour
sortir de la ville.
Le metro ici est particulier : tout neuf (rien d'etonnant encore) mais compartimente : deux
wagons sont exclusivement reserves aux femmes. Pas question donc de monter en hate dans une
rame sans y preter attention ! Il faut attendre le prochain train 10 minutes plus tard...
Nous arrivons a Varami. Proche banlieue de Teheran, nous sommes persuades d'y trouver un
hotel. Ce n'est pas l'avis d'Ali, jeune etudiant de 20 ans qui tient a nous accompagner en
taxi. Et il a raison ! Nous tournons pendant 30km, interrompons la course a maintes reprises
(y compris dans une gendarmerie!) afin de trouver un endroit pour dormir. A 21h, fatigues de
nous faire balader, la faim au ventre, nous stoppons la course a Gortchak, non loin d'une
pizzeria ou Ali est parti chercher de l'aide. Notre sauveur, Davoud, est la! 30 ans, grand
gaillard ("bodyguard" se surnommera-t-il plus tard), et un sourire jusqu'aux oreilles!
Nous recuperons nos affaires, remercions Jallal-le taxi-bien-patient et degustons une pizza
gentillement preparee par Said avant de filer chez Davoud chez qui nous passerons la nuit.
A notre arrivee, sa femme remet son voile. Son fils de 3 ans est endormi a cote du poele.
Mais c'est sans gene qu'il nous propose fruits et thes. Jusqu'a 00h30, nous bavardons, lui
d'un anglais "saccade" mais fort comprehensible. Nous comprenons alors que Davoud est un
Musulman tres conservateur, proche de ses valeurs, parfois tres agacant par ses reflexions
et manieres mais tellement intentionne a notre egard!
Nous dormons tous les trois sur un matelas dans le salon. Sa femme et son enfant dans la
piece d'a cote.
02 janvier 2006 : une journee marathon...
Le reveil est tres matinal : 5h30 le petit dejeuner est servi! Nous prenons a 6h30 le
minibus pour Varami. Sommes alors accueillis (surprise!) par la delegation au tourisme de la
ville. Avons alors droit a une visite express mais complete de Varami, ou chacun se met a
notre service. Epatant branle-bas de combat alors que nous n'avons rien demande!
L'apres midi nous debutons notre marche prevue de 4 jours dans le desert du Dasht-e-Kavir.
Malheureusement avortee le soir meme alors que nous nous apretions a entrer dans le parc
naturel de Namak. C'est en fait une zone militaire ou il faut un droit d entree delivre par
le gouvernement a Teheran !
Retour en jeep-tape-cul dans les locaux de la police du parc naturel a Varami. Les officiers
s'efforcent de nous le delivrer. Mais nous devons montrer "pattes blanches". Une fouille est
necessaire. Transfert au commissariat de la ville. Pourvu qu il ne trouve pas le GPS planque
dans le sac de Remi, appareil apparemment malvenu ici...
S'en suit une interminable attente en compagnie d'un policier austere, meprisant, nous
refusant le moindre coup de fil et visionnant 36 fois nos photos. Ah si seulement nous
comprenions et parlions le farsi!
Le seul cadeau sera pour nous une assiette de nouilles froides. Nous en revions depuis la
veille, mais pas dans ces conditions!
Nous finissons par pouvoir appeler quelqu'un, Davoud "Bodyguard". Il est 22h30. C'est
l'unique personne qui peut nous tirer de cette mouise. Chez qui nous pouvons dormir aussi.
Retour en taxi a Gortchak. Notre tete va exploser.
Davoud est la, sur un banc a nous attendre avec son sourire pendu aux levres. Re-belotte
donc. Retour chez lui. Re-the. Patisseries. Ce mec est une creme ! Couches a 00h30.
Quelle journee !
03 janvier
Reveil 5h. Et oui, Davoud embauche a 8h a Teheran, a 40 km de la ! Son rythme est infernal.
Nous avons du mal a le suivre ce matin...
Retour a Varami pour prendre la direction de Sharifabad. Oui mais comment? nous cedons aux
innombrables taxis qui rodent sur le rond-point, ne voyant pas de minibus arriver.
L'un d'eux nous emmene donc la-bas. Malchance, il y a deux villes du meme nom a 50 km
d'intervalle...
Nous craquons. Alexis pique une crise de nerf : comment voulez-vous ne pas criser alors que
nous avons pointer du doigt l'endroit desire !
Le taxi tente de se rattraper. il roule a 130 depuis 30 minutes maintenant. Est convaincu
qu'il n'a pas encore parcouru 4 km (l'essence ne coute vraiment pas cher ici...) et est
persuade que Sharifabad n'est plus loin. Nous, plus realistes, stoppons tout, epuises de se
faire balader. Rejoignons Hassanabad pour gagner en bus de luxe Kashan. Quelle deception
alors que nous avions prevu une marche de 4 jours dans le desert la veille. Quelle haine de
ne rien comprendre au farsi aussi...
Allez, une halte dans cette oasis paisible et nous reprendrons tout a zero. Il est vraiment
bon de flaner dans cette ville, que le Shah Abbas 1 a d'ailleurs elu comme lieu pour reposer
en paix. Le temps est etrangement doux. Nous nous plaisons a se balader dans les jardins
ombrages du centre-ville.
Nous passons la nuit dans l'une des musafarkhuneh, auberges bon marche qui proposent des
chambres tres propres et surtout..des douches bien chaudes!
26 decembre, une journee avec la jeunesse iranienne
Apres une nuit complete, nous rejoignions Bezhad, le jeune etudiant rencontre hier soir. Il est accompagne d'un ami et se fait un plaisir de nous balader aujourd'hui, un peu comme des trophees. Il est bien agreable de visiter une ville avec un habitant qui parle anglais. Nous traversons le superbe bazar ou Remi fait emplette d'une echarpe pour 2 euros. Nous penetrons aussi dans les ateliers des fabricants de couteaux, specialite de la ville. D'ailleurs tout le monde s'etonne que pour un tel voyage nous n'ayons pas sur nous des poignards comme eux. Le cousin de Bezhad nous propose le sien, avec une lame d'au moins 20 cm. Nous aurions sans doute plus d'ennuis avec que sans. Nous dejeunons ensuite avant de se replonger dans l'atmosphere particuliere d'un bazar en hiver. Les iraniens adorent le feu, ils en font partout! Dans le bazar, les rechauds sont allumes pour chauffer les echoppes, on peut aussi voir de vieux bidons d'essence enflammes dans la rue et meme dans les minibus qui quadrillent les villes. Nous sommes chaque jour surpris par des scenes de vie inhabituelles chez nous comme les doubles files d'attente devant les boulangeries et les bus dans lesquels les hommes s'assoient dans la premiere moitie et les femmes dans la seconde. Nous voudrions penetrer dans l'enceinte de l'universite pour rencontrer les etudiants mais l'acces nous est interdit. Nous sommes au contact de cette jeunesse dans la soiree, dans une maison a the autour d'une pipe a eau, un endroit tranquille ou les jeunes viennent flaner, discuter et echanger leurs numeros de portables...
27 decembre, rien de tel qu'une bonne marche pour repartir
Aujourd'hui nous prenons la route de Soltanyeh, a 45 km de Zanjan. C'est notre premiere grosse marche depuis la tourista de Remi. On nous a prevenu, "n'y allez pas a pied. il y'a des loups!" Quelle blague! Nous sommes sur une 4 voies ultra passagere, avec la plaine des deux cotes, le genre de journee ou nous marchons tete baissee, respirant les gazs d'echappement des moteurs fatigues des camions iraniens. Et il fait un froid de chien! L'eau gele dans la bouteille! Aux chauffeurs de taxi qui s'arretent a nos cotes et nous hurlent de monter, jamais mechamment, nous nous contentons de repondre en levant le menton , signe qui signifie "non" depuis la Turquie. Les derniers kilometres sont difficiles et le dome de Soltanyeh, le plus grand dome en brique du monde semble s'eloigner a mesure que nous approchons. Apres une derniere ligne droite de 10 km nous apprenons a l'entree du village qu'il n'y a nulle part ou dormir. Il nous faut retourner a Zanjan! Non jamais de la vie, plutot dormir dehors! Comprehensifs, les archeologues charges de la restauration de l'edifice (un chantier qui prendra 60 ans) nous accueillent dans la maison qu'il occupent a proximite du site.
28 decembre : grosse fatigue
En remerciement de leur accueil, nous prenons le temps ce matin de nous interesser au travail des archeologues. Les ceramiques du dome, fortement endomagees sont retravaillees une a une. Nous reprenons la route mais sans reelle motivation ce matin, la marche d'hier a laisse trop de traces. De plus la route que nous empruntons n'est pas asphaltee et nous nous retrouvons avec des chaussures alourdies par la terre. Le chariot se fait lourd et nous multiplions les pauses. Pas de jus, nous n'avons pas de jus ce matin. Apres quelques jours d'interruption forcee, nos capacites physiques ont diminuees et nous devons rejoindre Qazvin en bus, apres 8 km. Nous n'y restons que le temps d'une rapide visite avant de partir en savari (taxi collectif) pour Alamut, un village de montagne ou nous randonnerons demain. La route est difficile et tres technique. Le chauffeur est completement dingue. La nuit est tombee et il enchaine les virages pied au plancher, traverse de petits villages sans ralentir et se joue des bas cotes enneiges. Une fois le village atteint, nous occupons la petite piece sommaire du refuge de Koozaran, mal chauffee par un poele capricieux.
29 decembre : chateau des assassins
La nuit a ete froide et difficile. Nous cherchons un market pour quelques courses mais le village offre bien peu de possibilites. La petite echoppe est d'un autre temps et c'est un peu la penurie. Tant pis, nous aurions du prevoir le coup et nous nous contenterons de saucisses de dinde, de beurre et de galettes de pain pendant 2 jours. Nous visitons le chateau des assassins niche au sommet de la montagne qui domine le village. Les explications sur l'origine de ce chateau sont diverses : certains affirment que de nombreuses vies y furent sacrifiees par des bourreaux gaves de haschish par leur maitre saffavide Hassan Saba, d'autres pretendent comme Amin Maalouf dans son roman " Samarcande " que le terme Assassins voudrait dire "fidèle au Assass ", le fondement de la foi. Ici vit le garde et toute sa famille qui, en guise d'explication, se contente de dire "Saffavides", "Hassan Saba" et "Mongols" pour decrire les differentes pieces laissees par les empires successifs. La visite est finalement decevante et nous preferons repartir a pied des aujourd'hui plutot que de moisir dans ce "trou". Nous enchainons 12 km de descente a bonne allure mais la nuit tombe deja alors que le prochain village est a plus de 25 km. Nous pourrions bien dormir sous la tente mais la temperature tombe tres vite a cette altitude et, malgre notre equipement, nous prendions alors de vrais risques. Nous finissons la route a bord d'une camionnette qui nous reconduit a Qazvin d'ou nous partirons demain en direction de Teheran.
30 decembre : Teheran, megalopole attachante
Pour rallier Teheran, nous prenons un bus Mercedes, vieux et bruyant, comme nous les aimons. Sous le monument Azadi, l'arche qui symbolise Teheran, nous retrouvons Hamzeh, notre contact esperantiste dans la capitale. Il nous promene en voiture dans la ville avant de nous conduire dans un petit restaurant sympathique. Les iraniens se deplacent rarement a pied, prenant souvent le taxi pour de petites courses. Cela explique le nombre incroyable de Paykan blanches (la voiture legendaire en Iran) qui sillonent les rues de la capitale. Avec un collegue de travail et se famille, nous montons sur les hauteurs de la ville pour un apres-midi samovar des plus agreables. Les iraniens sont des professionnels du pique-nique et du the. Leurs origines nomades sans doute expliquent ce plaisir qu'ils ont a etendre de grandes couvertures sur le sol, a faire un feu et a prendre le the en grignotant des noix et des fruits secs. Nombreuses sont les familles qui viennent ici prendre du bon temps, malgre la temperature extremement fraiche de la journee.
31 decembre, jour comme les autres
En venant a Teheran, nous pensions qu'une capitale de 14 millions d'habitants ne pouvait totalement ignorer le nouvel an. Faux! Ici rien de particulier, pas une decoration qui nous fasse penser a la fete qui va se derouler aujourd'hui dans presque tous les pays du monde! Et alors? Peu importe, des reveillons, nous en verrons d'autres. Nous n'avions rien prevu d'exceptionnel et tant mieux, nous n'aurions pu etre que decus!
Nous continuons notre programme a Teheran par la visite de M. Siruz, directeur de l'agence de voyage Caravan Sahra, un sexagenaire tres dynamique qui nous recoit de belle maniere dans son bureau. A toutes nos questions il apporte les reponses attendues, mieux, il nous conseille sur les routes a suivre pour la marche. Mieux eclaires, nous pouvons enfin planifier notre itineraire. Nous passons ensuite voir son frere qui tient une superbe librairie comme on en fait plus, le genre d'endroit ou l'odeur des bouquins usages vous envoute et vous transporte... Le choix est large et nous denichons quelques ouvrages relatifs aux caravanserails du pyas, il en compte plus de 1000.
Pour rejoindre Hamzeh au club d'Esperanto, nous nous offrons l'attraction la plus folle et la moins chere qui soit : une course en moto-taxi, a fond les ballons dans les rues engorgees de Teheran, a trois sur la moto, sans casque, evidemment.
Nous rencontrons les esperantistes de Teheran, tres ouverts et dynamiques, bien curieux aussi de savoir ce que les francais pensent de l'Iran. Les gens ici ont un complexe d'inferiorite stupefiant. Le paradoxe aussi d'etre fier d'etre iranien tout en jalousant le mode de vie occidental, ou plutot les libertes qui l'accompagnent.
En rentrant chez Hamzeh, le chauffeur de taxi me propose de conduire sa Paykan sur un kilometre! Sans hesitez, je passe la premiere et nous voila partis! La conduite ici est facile : il n'y a aucune loi a respecter, "droit devant, en evitant les autres!".
Alexis
Vendredi 23 decembre
Ce matin nous prenons une correspondance pour Tabriz ou nous attendent 2 esperantistes. Le bus ne demarre pas, probleme moteur. A son bord, les gens restent calmes et courtois, le temps ici n'est pas la preoccupation des voyageurs. Finalement nous prenons le route avec une heure de retard, rien de tres anormal. Dans ce bus archaique, les femmes ne sont pas separees des hommes. Nous sommes installes dans la derniere rangee de siege qui devient un four quand le moteur commence a chauffer. Comme les automobilistes, le chauffeur de car roule pied au plancher. Ici les pietons ne sont pas prioritaires et toute traversee de la chaussee est une epreuve.
Pendant les 4 heures de trajet pour 250 km, nous sommes controles 3 fois par des barrages routiers. Depuis une semaine seulement, le port de la ceinture est obligatoire dans le pays et l'Etat veille a l'application des regles.
Nous arrivons a Tabriz sous la neige. Cette ville de plus d'un million d'habitants est la capitale de l'Azerbaidjan iranien et la langue maternelle des habitants est le turc. Arghan, l'un des deux esperantistes vient nous chercher a la gare routiere et nous conduit dans un hotel bon marche. Nous partons immediatement visiter la ville qui compte de nombreux monuments interessants. Nous commencons par le mausolee des poetes. Les iraniens ont une profonde passion pour les poetes et Arghan est fier de nous presenter la tombe de Shahriah, le plus celebre poete de Tabriz.
Nous rejoignions un peu plus tard Gader, l'autre esperantiste qui tient un ''coffeenet'', un cyber -cafe iranien. Nous en profitons pour rediger quelques articles mais Remi est vraiment tres malade ce soir et nous rentrons a l'hotel.
Samedi 24 decembre
Ce matin nous changeons de chambre dans l'hotel. Fatigue de ses incessants aller-retour aux toilettes pendant la nuit, Remi prefere les avoir dans la chambre. Nous filons ensuite au bazar avec Arghan. Long de 35 km, il contient 7000 boutiques et 24 caravanserails aujourd'hui occupes par les vendeurs de tapis. Ici l'atmosphere est bien differente de celle des bazars turcs dans lesquels le touriste est plus souvent une proie qu'une curiosite. Les nombreux ateliers rassemblent de nombreux corps de metiers : cordonniers, tisserands, fabricants de chapeaux...
Nous passons ensuite chez Nasser Khan, le celebre responsable de l'Office du Tourisme qu'on appelle ici ''le blanc''. Il parle 8 langues couramment et connait la ville comme sa poche. Informe du but de notre voyage, il appelle aussitot la television locale! Apres tout, pourquoi pas, si celle-ci se montre interessee. Et puis devant l'amabilite de Nasser, c'est une forme de remerciement.
Le presentateur veut un sujet ''vivant''. Nous ramenons donc le chariot depuis l'hotel et partons pour une ''promenade'' en plein centre de Tabriz. Les iraniens tiennent absolument a nous coller sur le chariot un portrait de l'Ayatollah Khomeini! Honteux, nous n'avons d'autres choix que d'accepter. Alors que la majorite des gens que nous avons rencontres depuis notre arrivee denoncent le regime des mollahs, nous le cautionnons contre notre volonte! Et le presentateur, pendant que le cameraman insiste lourdement sur le petit autocollant, veut en plus connaitre notre opinion politique. Allons-nous repondre, au risque de nous faire purement et simplement expulses du pays, que le monde occidental denonce les dernieres elections presidentielles? Pouvons-nous reelement dire ce que l'on a entendu depuis notre arrivee il y'a trois jours seulement? Nous nous contentons de dire, vaguement, que nous attendons de voir et que nous nous questionnons sur l'avenir de l'Iran et sur ses orientations politiques.
Un couple de quinqa italien qui rejoint le Pakistan puis l'Inde en Combi Volkswagen ont prefere s'abstenir de passer a la tele. Nous saurons retenir la lecon.
Apres cet episode peu glorieux, nous partons avec nos amis esperantistes en direction du parc ElGoli situe a 7 km du centre. Ce jardin magnifique sur les hauteurs de la ville rassemble des milliers de Tabrizi pendant les longues soirees d'ete, autour d un pique-nique et d' un qaydan, la pipe a eau iranienne. Il est plus calme ce soir car la temperature est terriblement fraiche. Remi doit rentrer a l'hotel, il vient de nouveau d'avoir une crise et son incontinence le rend dingue. C'est Noel ce soir mais malheureusement, la tourista ne s'absente pas pour les grandes occasions! Tant pis, nous nous rattraperons plus tard.
Dimanche 25 decembre
Joyeux Noel! Et oui, meme si l'environnement ne s'y prete pas, nous sommes fiers de passer cette journee en Iran. Pas de cadeaux aux pieds du sapin mais l'humble satisfaction d'etre arrives jusqu'ici sans (trop d') encombres. Nous voulions quitter a ville en marchant aujourd'hui mais cela n'est pas raisonnable. Remi a perdu au moins 3 kg dans la semaine et est trop affaibli pour marcher. Mais nous devons avancer et nous decidons de prendre de nouveau le bus. Nous sommes desormais confrontes au probleme des visas et du temps de sejour dans les pays. Auparavant, nous devons poster les lettres que nous venons d'ecrire. Nous sommes en pleine periode d'inscription universitaire et la poste centrale de Tabriz est noire de monde. Il y'a peut-etre un millier de personnes dans la salle qui compte environ 50 guichets. Mais les iraniens sont charmants et j'accede (Alexis) assez rapidement a un guichet. Je presente mes lettres mais ma demande semble troubler la jeune femme. Comme si envoyer du courrier dans une poste avait quelques chose de surprenant. Elle appelle un responsable pour l'assister mais pour celui-ci egalement, la procedure semble etrangere. Je m'enerve, voila 10 minutes que j'attends un carnet de timbres, un simple carnet de timbres, pas un morceau de viande... Un troisieme prepose plus au fait semble prendre l'affaire personnelement. Rassurant, il me demande de l'attendre. Et puis plus rien, il ne revient pas. Je suis depite et repars avec mes enveloppes et mon sourire dans la poche. Heureusement, notre ami Arghan, d'un calme imperturbable nous propose de nous rendre dans un bureau de poste de quartier. Ici le probleme est different : nos enveloppes ne sont pas utilisables, il faut utiliser des enveloppes sur lesquelles les champs sont inscrits en farsi. Et nous voila attables et occupes a ouvrir une a une les lettres pour les transferer dans de nouvelles enveloppes. Quelle histoire! Vous qui lisez ces lignes, si vous recevez une carte d'Iran, sachez que ce ne fut pas une mince affaire.
Nous rejoignions la gare routiere et partons dans un bus VOLVO. En Iran, il y'a deux categories de bus, les ''lux'' et les ''supers''. Les lux sont de vieux bus Mercedes des annees 60 alors que les Volvo ont seulement une dizaine d'annees.
Nous stoppons a Zanjan apres 5 heures de trajet a travers les montagnes du nord-ouest de l'Iran. Nous denichons un hotel avant de partir reveillonner. Remi semble gueri et a retrouve l'appetit. Nous dinons dans un caravanserail reconverti en restaurant. Le repas est excellent et nous rencontrons une famille fort sympathique avec qui nous bravons les interdits : nous applaudissons les musiciens!
Samedi 17 decembre
Le train arrive enfin. Nous nous posons en premiere, le controleur n'y voit pas d'inconvenients. Nous descendons en pleine nuit, il est 3h50 du matin et nous sommes les euls sur le quai. Nous sommes dans le village de Satisla ou le dernier touriste a etre passe ne doit plus etre tout jeune. Nous finissons la nuit sur les bancs de la salle d'attente, en compagnie d'un habitue des lieux qui prend soin de planquer une de ses chaussures trouees dans un coin. Au reveil nous filons dans le centre de la petite ville pour localiser le caravanserail de Gerik Han pour lequel nous nous sommes arretes. Personne ne peut nous renseigner et pendant plus d'une heure, de boutique en boutique on nous promene. La Carte indique un caravanserail a l'endroit meme ou nous sommes mais personne n'est foutu de nous y conduire. On nous renvoie a Kayseri d'ou nous venons, en Cappadoce… A part le foot et Ataturk…
Nous repartons sans avoir pu voir le monument. Il en reste deux sur la route qui mene a Sivas, nous en verrons quand meme. Et bien non! Personne dans cette region ne connait les caravanserails indiques par la carte, c'est vraiment a tourner fou! La seule satisfaction de la journee est d'avoir pu enfin approcher, et de pres, les terribles kangals, ces chiens de bergers dont on nous avait tant parle. Kdim Alici, eleveur sur le bord de la route est fier de nous presenter sa vingtaine de chiens. Ils sont effrayants, malgre leur couleur blanche et leur belle queue touffue, ce sont de veritables molosses qui pourraient sans probleme tuer un homme. A 3 mois ils pesent deja plus de 35 kg et les plus gros atteignent 80 kg a l'age adulte!
Nous rejoignions Sivas a bord d'un bus 5 etoiles qu'un sympathique policier a arrete pour nous. Nous mettons nos bagages en consigne pour quelques heures, le temps de visiter la superbe ville et ses monuments sedjoukides. Nous sommes en plein centre de la Turquie et la fontiere iranienne que nous voulions franchir vers le 20/12 est encore a plus de 900 km. Cette nuit nous faisons une grande liaison de 550 km en direction de Diyarbakir. Nous sommes les seuls dans notre compartiment et nous profitons des 12h de trajet pour recharger les batteries.
Dimanche 18 decembre
Les paysages ont change. Le relief est plus eleve et le paysage moins vert. La ville aussi est surprenante. Nous sommes desormais au Kurdistan, un large territoire qui s'etend sur 4 pays (Iran, Iraq, Turquie et Syrie). A peine installe dans le petit Murat Hotel, nous sommes mis au gout du jour par le proprietaire : ''moi je ne suis pas turc, je suis kurde!''. Dans la rue nous rencontrons Ibrahim qui lui aussi se revendique kurde. Il a d'ailleurs ete bastonne en Iraq, quand il effectua son service militaire avec pour mission de maintenir l'ordre parmi les kurdes iraquiens, ses ''freres de sang''. S'affirmant partisan du PKK, les autres militaires turcs le considererent vite comme un traitre pour la nation. Mais il n'est pas le seul dans son cas et ne veut pas s'etaler sur le sujet. Ici, les murs ont des oreilles!
Avec lui nous visitons les eglises armeniennes de la ville ainsi que la grande mosquee, la plus vieille du pays, mais surtout le caravanserail du XVI eme siecle, magnifiquement restaure. Il pouvait acceuillir jadis plus de 800 chameaux. La ballade nous conduit dans de pauvres quartiers qui jouxtent le centre-ville. La, les gamins jouent aux billes et au football dans les ruelles au centre desquelles coulent l'eau jaunatre des toilettes. Selon Ibrahim, la ville est dangereuse. Difficile a croire en voyant les gamins tout sourire, un peu moins en voyant les mines patibulaires de certains hommes.
Nous dejeunons dans une gargotte turque ou pour trois fois rien nous nous ''explosons le bide''. La nourriture kurde se compose de brochettes et de boulettes de viande. On se fait soi-meme les sandwichs avec les galettes de pain, largement distribuees. Nous finissons la journee dans un cyber ou nous passons 5 heures.
Lundi 19 decembre
Ce matin nous partons en direction de Tatvan, 200 kilometres vers l'Est. Dans la gare routiere, nous sommes assieges par les gamins cireurs de chaussures.
La route est magnifique et traverse des paysages de moyenne montagne ou il n'a pas encore neige, ce qui est surprenant a cette epoque. Remi commence a s'inquieter : ce matin il est alle deux fois consecutivement aux toilettes et il remet ca pendant la pause du bus. A Tatvan, un gamin nous chipe la gourde alors que nous dechargions nos sacs des soutes. Ce n'est qu'une gourde heureusement mais c'est surtout un bon avertissement pour plus tard. Nous prenons la direction de Alhat ou nous dormirons ce soir afin de commencer de bonne heure une marche le long du lac de Van. L'hotel-restaurant routier est bon marche mais il n'a ni douche ni eau chaude, encore moins de chauffage. Nous evitons la viande du restaurant, elle est stockee sur le carrelage dans des sacs plastiques a l'etage, pres du fioul. Les legumes subissent le meme traitement mais nous optons pour une soupe. Elle sera fatale a Remi qui passe une tres mauvaise nuit.
Mardi 20 decembre
Nous partons a 7h. Apres 5 km, Remi marque une premiere pause. Il remet ca une heure plus tard. A la pause casse-croute de 10h, il doit de nouveau se precipiter dans un fosse pour se soulager. Vers 11h, nous stoppons notre route a cote de deux bus de tourisme iranien. Les femmes s'affairent a la cuisine et preparent a manger pour 60 personnes. Les bus transports dans leurs soutes d'enormes faitouts et des plaques de gaz imposantes. On nous invite a patienter un peu pour du riz et un chorbe salzi, sorte de ragout aux lentilles et aux haricots dont Remi se passe volontiers. Je m'en regale! Nous reprenons la route mais Remi est vraiment epuise et nous acceptons a present de monter dans les voitures des automobilistes qui s'arretent sur le bord de la route. Entre deux voitures nous avancons de quelques kilometres le long du magnifique lac. Imaginez un immense lac de montagne a 1600m d'altitude, borde de sommets depassant les 2500 metres. Nous parvenons a Ercis, une ville ou vit une communaute d'afgans reconnaissables a leur peau plus mate et a leurs traits plus prononces. Remi n'en peut plus, il a tout donne aujourd'hui et n'a pratiquement rien avale. Comme hier nous esperons trouver un hotel en sortie de ville mais il n'y a rien ici. Nous poussons jusqu'a Muradiye, 40 km plus loin, sur la route de Dogubayazit, derniere ville avant l'Iran. La non plus il n'y a pas d'hotel et nous passons la nuit chez trois jeunes professeurs qui partagent un grand appartement. Une derniere fois en Turquie, nous recevons un accueil riche et sincere.
Mercredi 21 decembre
Nous quittons nos hotes et prenons la direction de Dogubayazit. Apres 7 km, nous sommes a Selalesi, des chutes d'eau que les turcs apprecient pendant les pique-nique estivaux. Dogubayazit est encore a 80 km et nous ne les couvrirons pas a pied dans la journee. Nous sommes deja en retard de deux jours par rapport a notre calendrier initial et ce matin encore, malgre l'homeopathie et les medicaments avales, Remi ne peut continuer. Nous n'avons plus qu'a faire du stop. Une automobiliste nous avance de 15 kilometres puis nous finissons le trajet dans le camion de Naif, un routier vraiment sympathique. Avec lui nous franchissons plusieurs cols dont l'un culmine a 2644 metres. Le chauffeur ne depasse pas les 30 km/h sur cette route si piegeuse. Le décor est fascinant et nous apercevons au loin l'imposant Mont Ararat et ses 5137 metres.
A Dogubayazit nous prenons une chambre dans le presque luxueux Ushak Pasa Hotel. Il porte le nom de la principale attraction de la ville, une superbe forteresse nichee sur la montagne a 7km du centre. Aucun transport collectif n'y mene et le taxi coute la bagatelle de 16 euros. Nous decidons donc une fois de plus de recourir au stop alors que la nuit commence a tomber. On nous depose a 3 km du site et nous finissons la montee a pied. L'acces a la cour centrale de l'edifice est ferme et nous nous contentons de voir le monument de l'exterieur. Nous pourrions revenir demain mais nous voulons franchir la frontiere iranienne a pied apres 35 km puis rejoindre le premier village iranien, Bazargan, apres une marche totale de 38 km. Il faut donc que nous partions des 6 h.
Nous redescendons vers la ville quand nous apercevons une Mercedes stationnee sur le bas-cote. Un homme est en train de se reculotter pendant qu'une jeune femme remonte cote passager. Naïvement, nous lui demandons s'il peut nous redescendre. Il refuse dans un premier temps puis voyant que nous sommes touristes, nous invite a monter. Je suis derriere l'homme et je n'ai pas la meme vision que Remi qui a le temps de le voir ranger un pistolet dans sa veste. La jeune femme semble terrorisee, sans doute une prostituee. L'homme claque toutes les portes une a une et nous demande notre hotel. Je lui donne le nom, je ne me doute de rien. Remi lui aurait sans doute prefere que je me taise. Et puis finalement, sans rien nous demander, il nous depose a l'entrée de la ville et repart. Remi peut souffler…
Jeudi 22 decembre
Le service de l'hotel laisse a desirer. Hier, le papier toilette et l'ampoule neuve sont arrives apres une heure et trois rappels. Ce matin, le petit dejeuner n'est pas pret. Ce ne sont pourtant pas les employes qui manquent, ils devaient etre une dizaine hier soir. Comme dit Remi, ''ils sont payes en verres de the!''. Nous partons donc en retard, a 7h30.
Remi marche mieux ce matin et nous enchainons les 15 premiers kilometres sans peiner. Nous pouvons tout faire a pied mais cela signifie que nous passerons la frontiere vers 15h et que, si l'attente est de 4h comme l'ont connue nombre de voyageurs (jusqu'a 10h pour certains), nous devrons avancer de nuit et nous trouver un hotel dans la ville frontiere, ou, comme dans toute ville frontiere, les arnaqueurs sont nombreux.
Une camionnette s'arrete dangereusement au milieu de la route et fait marche arriere. Nous montons jusqu'a la frontiere qui, surprise, n'est pour nous qu'une formalite. En une demie-heure, l'affaire est dans le sac et nous voici en Republique Islamique d'Iran. La camionnette qui part a Tabriz et passe par Maku ne veut pas nous y deposer. Son chauffeur prefere nous laisser entre les mains des chauffeurs de taxis et des changeurs de monnaie. L'affaire doit etre bonne puisque deux chauffeurs en viennent aux mains pour nous conduire. Ali, un troisieme chauffeur arrive discretement et nous monte a son bord en laissant les deux autres regler leurs comptes.
A Maku nous prenons une chambre dans l'hotel Alvand recommande par le Lonely Planet. Les tarifs sont derisoires, 6 euros pour deux. Nous prenons le pouls du pays en nous balladant dans cette etrange ville nichee au creux d'une gigantesque faille. Nos premieres impressions confirment ce que l'on nous avait dit ; les iraniens conduisent comme des fous, les femmes, malgre le voile qui leur enleve tout charme sont souriantes et ne fuient pas le contact avec nous.
Mercredi 14 decembre
Troisieme jour en Cappadoce. İl fait presque chaud aujourd’hui. Alternons marche et autostop pour nous rendre a Mazıköy et visiter la cite souterraine, officiellement fermee mais que nous explorons avec Ahmed, notre guide du jour. Les souterrains s’etendaient autrefois sur 12 etages et abritaient pas moins de 2000 personnes. İncroyable !
Nous quittons Adrien a notre sortie pour marcher avec la ferme intention d’atteindre ce soir Tilköy, ou se dresse un caravanserail ou nous pensons dormir. La-bas, un villageois nous en deconseille a cause des chiens errants. Nous serons ses hotes pour la nuit. Je pense me rappeler longtemps de cette soiree ou nous avons ete litteralement gaves : graines de tournesol, fruits, galettes de pains, olives, produits fermiers... !
Jeudi 15 decembre
Apres un copieux petit dejeuner, nous visitons le caravanserail. D’epoque hittite (il y a plus de 3000 ans), il est en ruines mais a conserve toute sa splendeur.
Nous alternons marche et autostop pour nous rendre a Soğanli, 150 habitants seulement mais qui reçoit l’ete plus de 1000 visiteurs par jour. Ses eglises, creusees dans la roche et abritant des fresques du 14e siecle, sont les plus belles de Cappadoce.
Nous faisons forte impression dans les villages que nous traversons : un attroupement d’hommes se forme quand nous demandons notre route et les ecoliers se mettent en rang, tous heureux d’etre photographies !
Alors que nous sommes a la recherche de caravanserails, le ciel gronde et la pluie s’abat sur nous. Des marchands de tapis nous conduisent jusqu’a Devili. La-bas, nul ne connait de caranvanserail. İl fait froid. Nos pieds sont trempes. Extenues de suivre les fausses indications des turcs qui veulent toujours se rendre utiles, nous filons en dolmüş vers Kayseri, a 86 km...
Cette ville de 2 millions d’habitants est le centre d’affaires de l’Anatolie. İl est difficile d’y trouver un hotel bon marche. Prets a accepter une chambre a 35 YTL, depites, nous tombons par hasard sur Mahir. İl parle français, connait l’hotel le moıns cher de la ville et possede en plus une boutique de tapis dans le caravanserail, que personne ici n’avait pu nous indiquer ! Quelle aubaine...
Vendredi 16 decembre
Nous nous reveillons a 7h30. Toilette rapide dans le lavabo de la chambre (pour 16 mıllions la nuit pour deux, la douche –froide- et les toilettes sont dans le couloir). Nous visitons le matin la mosquee, le chateau et le grand bazar, complexe historique du 13e siecle avant de nous rendre a la gare pour se renseigner des trains au depart pour Sivas. Tache difficile car ici rien n’est clairement indique : il faut demander les infos en turc au controleur qui prevoit a la calculatrice les horaires ! Le train serait a minuit ou 1h20. Ce qui nous laisse tout le temps de passer au caravanserail ou nous avons rendez-vous avec Mahir et Mehmet.
C’est en fait Adam, reparateur de tapis et cousin de Mehmet qui nous accueille. Dans sa boutique, nous buvons the sur the en sa compagnie et d’autres amis du metier. Il nous propose de visiter le bazar en sa compagnie mais auparavant, il faut se rendre au stade pour acheter les billets du match de ce soir. Kayseri recoit le grand Galatasaray et, etant donne le prix derisoire des places, nous serons de la partie. Cela nous arrange bien puisque notre train part a 1h30 du matin, nous patientrons donc sans probleme. En attendant, ayant pour nous l’apres-midi, nous partons visiter le caravanserail de Incesu a 35 km. La-bas, on nous offre le the dans la plus typique des maisons de the que nous ayons vu jusqu’a present. De petites tailles, la pıece sombre est eclairee par les rayons du soleil qui traversent les volets fatigues et font apparaitre les lourdes volutes de fumee. Un artisan nous presente son travail, il fabrique des sieges pour monter les anes avec des vieux kilims et des pousses de roseaux. C’est le seul atelier encore en activite et la cour centrale qui doit faire 2000m2 parait bien vide.
De retour a Kayseri, c’est trois heures avant le coup d’envoi du match qu’il faut partir. Nous retardons le mouvement, invites de tous cotes a boire le the. A 18h, c’est la ruee dans le stade et les supporters n’adoptent pas vraiment un comportement civique : on pousse, on double, on grimpe, on saute... Ici avoir son billet ne garanti pas l’acces au stade, il faut “faire sa place”. Galatasaray l’emporte par 3 buts a 1, avec tous les ingredients d’un match houleux : fumigenes, echauds-fourres entre joueurs et meme entre supporters de la meme equipe. Nous restons stupefaits en constatant le nombre de graines de tournesol qui jonchent le sol apres match... Les turcs en sont fous, ils en mangent tout le temps et a une vitesse incroyable.
Quand nous rejoignions la gare vers minuit, apres avoir failli craquer sur un kilim “prix d’ami”, des dizaines de voyageurs attendent bruyamment le train. Alors qu’un jeune couple essaie difficilement de faire dormir ses trois jeunes enfants, un vieil homme passe le temps en ecoutant ses sonneries de telephone...
