Bienvenue sur le blog de CapAsia !


 

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Bienvenue !

Que vous veniez de tous les endroits de la planète, vous allez découvrir l'univers captivant du monde de  CapAsia, récemment imaginé à Angers, dans l'ouest de la France, par Alexis et Rémi.

A 21 ans, nous allons emprunter les mythiques sentiers de la Soie, jusqu'à Pékin, de septembre 05 à juillet 06.

Nous décrirons ici notre périple : itinéraires, récits, photos, moments de galère...bref nous voulons vous faire vivre notre aventure "en direct live"!

N'hésitez pas à  poser des questions, poster des  commentaires,  des messages de soutien,  on prend TOUT !!!

Bon voyage et à très bientôt !
 
Dimanche 5 février 2006

La frontiere

 

Les turkmenes qui nous recoivent a Turkmenabad sont leve-tard et nous ne prenons la route qu’a 11h. Nous souhaitons absolument passer l’Amou-Daria a pied avant d’entrer en territoire ouzbeke. Les quarante kilometers d’asphalte qui menent a la douane sont superbes et romptent avec le paysage montone du desert de Karakum qui couvre 90% de la surface du pays. Malheureusement, une fois franchi l’enchainement de barges flottantes encombree de camion, nous devons prendre une voiture alors qu’une sympathique famille souhaitait nous inviter pour la nuit. La douane est fermee et nous attendons patiemment en compagnie de quelques ouzbekes qui vivent a Alat, premiere ville après la frontiere. Nous y serons heberges ce soir, avec plaisir! Le passage de frontiere dure 3h30. Pourtant le medecin avait ete rapide : “ok, normal?”. “Yes, normal”. Heureusement que la consultation expresse n’est pas facturee. A sa decharge, le medecin ne pouvait nous osculter, la banquette etait occupee par un officier roupillant!

Les autres douaniers, bien moins nombreux que du cote turkmene, sont aussi bien moins efficaces. Nous passons sans problemes, c’est l’essentiel.

Nous voici en Ouzbekistan. Tout est alle tres vite depuis Masshad (Iran) ou nous etions il y’a 6 jours seulement. Nous entamons la vingtieme semaine de voyage et dans 90 kilometres nous apercevrons les coupoles bleues de Boukhara. Ce soir nous sommes chez Khamtar avec qui nous avons passé la frontiere. Il vit avec sa femme et ses deux garcons dans une superbe ferme ou nous passons une agreeable soiree avec les voisins. Au matin, nous buvons le lait fraichement tire avant de partir vers 8h30.

 

 

03/02 : quand tout va bien…

 

Nous sommes vendredi et comme le temps aujourd’hui, notre moral est au beau fixe. La derniere semaine passee a ete dure moralement et voici que 6 jours plus tard, tout est efface. Les gens que nous rencontrons ont un pouvoir etrange : celui d’effacer le temps d’une soiree tous nos petits soucis et nos amertumes! Voila bien un enseignement du voyage : savoir relativiser et avant tout, garder le sourire.

L’etape est agreable, surtout après notre pique-nique quotidien, quand deux paysannes nous invitent a nous soulager les epaules sur le plateau de leur charette tiree par un ane. Elles sont marrantes toutes les deux avec leurs sacs de raisins secs. Demain, elles seront au marche fermier de Boukhara, nous les y croiserons peut-etre.

Vers 16h, après 40 km, nous nous asseyons sur deux pierres pour manger un morceau de pain quand une paysanne accourt vers nous. Elle veut nous offrir le the et, en deux minutes, c’est un festin que nous avons sous nos yeux. Cette femme, tout comme ses trios garcons degagent une bonte etonnante. Sans doute leurs sourires nous decident a accepter d’y passer la nuit. Il est encore tot mais nous en profitons pout jouer avec les gamins du village : balle aux prisonniers, queue du diable… qu’il est bon d’oublier un peu le bitume et le poids des sacs en leur compagnie!

Pour changer nous mangeons du plov ce soir, le meme plat depuis 6 jours maintenant. Qu’importe, nous en rafolons! Nous constatons que les gens ici vivent un peu comme en France il y’a 50 ans : un ane, deux vaches, un four a pain, une television noir et blanc…

 

04/02-05/02 : Boukhara

 

Nous quittons la famille a 7h53, après un petit dejeuner nourissant. Devinez quoi? Du plov bien sur! Boukhara n’est plus qu’a 35 kilometres, nous devrions y etre vers 15h.  Nous dejeunons a Chor Bakr, une superbe necropole a 6 km de Boukhara. En repartant nous apercevons ce que nous pensons etre les minarets de Char Minar, a Boukhara. Qu’est-ce-qui nous pousse ainsi a accelerer? Interieurement sans doute defilent les images de 5 mois de voyage dans 11 pays traverses, 1990 kilometres de marche par tous les temps, des rencontres par centaines, des moments merveilleux et des galeres parfois… Comme si nous allions atteindre dans moins de deux kilometers maintenant une etape magique dont le nom evoque pour le mieux la route de la Soie. Tout simplement, ce sentiment porte un nom : emotion.

Nous nous asseyons au pied d’un des nombreux mausolees de la ville. Il fait un temps magnifique, sans doute 20 degres et l’atmosphere de la ville est pour le moins surprenant : tout est calme, comme si nous etions dans un décor de cinema. Tout est beau, chaque rue possede sa medersa et sa mosquee, il y a des caravanserails et des bazaars pour touristes…sans touristes! Sommes-nous les seuls? En deux jours dans la ville nous n’en croiserons aucun en tout cas.

Boukhara possede aussi un marche kolkhozien fort anime le dimanche : le Bolchoi Rynok. Parmi les milliers de vendeurs nous ne retrouvons pas nos “copines” d’il y a deux jours et pour cause. Le bazar s’etale sur une dizaine d’hectares et comme dans tous les bazars, on trouve tout et plus que tout!

Nous dejeunons dans une gargotte, invites a la table de Joarev Kaioum, un illustre inconnu que nous venons de rencontrer et qui nous invite demain soir chez lui. “J’egorgerai un mouton et on fera la fete!”

 

 

Alexis

Dimanche 5 février 2006

5 jours au Turkmenistan

 

Niet! A la douane, nous expliquons le trajet que nous envisageons de faire dans le premier pays d’Asie Centrale. La reponse du chef au visage poupon est claire : avec notre visa de transit de 5 jours, impossible pour nous d’aller a Turkmenabad ou nous souhaitions visiter le marche de Tolkuchka, l’un des plus pittoresques d’Asie Centrale. Curieux,nous souhaitions aussi observer les chantiers gigantesques de cette capital dont l’architecture est guidee par la megalomanie du president Niazov, dictateur autoproclame a vie “pere de tous les turkmenes”. Tant pis ou plutot tant mieux puisque nous n’avons plus qu’a marcher, etant donne le peu d’attraits offerts par le pays entre les frontieres iraniennes et ouzbekes, sur plus de 800 km.

Le passage de douane que nous redoutions s’effectue sans probleme et sans fouille. Seule l’attente est interminable. Nos sacs passent aux rayons X après le chargement de deux camions de vitres toutes controlees! Nous profitons de ce temps pour prendre quelques contacts, notamment l’adresse de Shukur, un jeune homme qui vit a Turkmenabad, derniere ville avant l’Ouzbekistan.

Nous passons notre premiere nuit dans l’une des pieces hors d’age d’un vieil hotel sovietique ou trois chauffages electriques sont branches en serie dans la meme prise. La bourgade possede un petit bazar ou nous photographions avec plaisir les commercantes souriantes en tenue d’arlequin. Le contraste avec l’Iran est saisissant! La-bas, le sombre tchador, ici les robes colorees. Et quells sourires… Les turkmenes arborent pour la plupart de beaux chicots dores. De taille modeste et de large carure, les hommes sont chaleureux et nous voici a vider des verres de vodka avec…les douaniers! En pleine nuit nous sommes reveilles par de lourds coups dans la porte. Police, Passport! Tout est en regle, pas de problemes. Les methodes musclees de la flicaille n’est pas des plus rassurante.

Le climat du pays est tres rude en hiver et nous marchons toute la journee du 3/02 sous la neige. Apres 40 km, nous finissons chez le “Sheriff” d’Ata, un village au milieu de nulle part que nous desesperions d’atteindre un jour! Nous degustons un fameau pov, le plat national turkmene : riz et petites carottes luitent dans un delicieux jus de viande. Ici pas de vodka mais du the qui nous gonfle la vessie pour la nuit! Tot le matin, il faut courir au fond du jardin pour evacuer.

Nous rejoignions Merv le troisieme jour, en taxi, unique moyen de transport en hiver. L’essence ici coute encore moins cher qu’en Iran : 1 euro les 40 litres! Pour les autres energies, c’est encore plus simple : tout est gratuit! Les cuisinieres laissent le gaz ouvert toute la journee, n’economisent ni l’eau ni l’electricite. Merci monsieur Niazov. Voici comment en un tour de main on tient tout un people au respect. Nous pensions rencontre un people revolte, bien au contraire. La majorite des turkmenes rencontres se contrefichent du culte de la personnalite de leur president qui s’affiche sur tous les murs, installe des statues en or dans tous les squares et apparait simultanement sur les trios chaines de television du pays.

Merv est l’une des plus antiques cites d’Asie Centrale et fut l’une des grandes etapes sur la route de la Soie. Les plus anciens vestiges du site datent du 6eme siecle av J.C. Le site s’etend sur 100 km2 et renferme 3 forteresses principales ou paisent aujourd’hui des troupeaux de dromadaires en semi-liberte.

Nous passons la nuit dans le train qui relie en 7h Merv a Turkmenabad, a 250 km seulement. L’organisation pour la vente de tickets tient de la piece de comedie : après 4 heures d’attente a l’unique guichet, nous obtenons nos precieux billets! Mais la pauvre guichetiere au bord de la crise de nerf se trompe et me fait partager ma couchette avec un militaire! Le probleme se resout dans le train.

Au matin nous joignions Shukur, rencontre a la douane 3 jours plus tot. Il nous recoit chez lui pour la nuit. Avec son pere nous nous rendons au Dunya Bazar, un immense marche kolkhozien ou tout se vend. Les couleurs sont omnipresentes et l’ambiance magique. Il faut imaginer un immense terrain vague ou des stands colores se succedent par milliers. Il y’a bien sur le marche couvert de l’alimentation a l’entrée, le textile et les tapis ensuite, la pacotille dans un autre coin du bazaar, enfin le secteur des “mains noires” ou l’on trouve tout ce qui se rapporte a la mecanique.

Chez Shukur nous mangeons 5 fois en l’espace d’un après-midi, le meme plov defilant sur le tapis. Dans les quartiers modestes, ce plat constitue l’essentiel de l’alimentation des habitants qui par ailleurs et contrairement a l’Iran, mangent tres peu de fruits.

Nous finissons la journee dans le hamam decrepit du terrain de foot. A nous les coupoles de Boukhara!

 

Alexis

Dimanche 5 février 2006

Du vendredi 20 au samedi 21 janvier : un week-end de repos a Tehran

 

Vendredi matin nous retrouvons Said, le voisin d’Alexis en France.  Il habite les quartiers nord de la ville, qui offrent un beau panorama sur les montagnes enneigees environnantes. Tout le week-end, sa famille nous met aux soins. Nous pouvons largement nous reposer après cette viree de marche dans le desert iranien, -et recuperer de cette nuit eprouvante dans le bus ou notre sommeil a ete largement interrompu par les nombreux controles de police traquant le trafic de drogues qui transitent entre le Pakistan et l’Europe- nous replonger dans l’atmosphere ennivrante du bazar, gouter a la joie de circuler dans les rues de la ville (pas moins d’un bus, de deux taxis bien presses et de pres de deux heures sont necessaries pour traverser Teheran du Sud au Nord!), acheter quelques souvenirs pour la famille, et…recuperer le chariot laisse 20 jours plus tot chez Hamzeh. 20 jours deja qui nous ont laisse le temps d’oublier a quel point nous etions charges ! Nous reexpedions quelques affaires en France par l’intermediaire de Said et renouvellons le contenu de nos sacs histoire d’etre plus legers pour la suite de l’aventure.

 

Dimanche 22 janvier : Teheran-Sari, ou comment passer 7h dans un train

 

Nous choisissons d’emprunter la ligne de train Teheran-Sari pour quitter la capitale. Construite dans les annees 30 part le Shah Reza, la voie ferree traverse par une prouesse technique (“Three Golden Lines”) des paysages montagneux renversants. Nous, comme les autres passagers, sommes colles aux vitres pour admirer la vallee enneigee en contrebas.

 

Le soir, il nous faut trouver un endroit ou dormer. Le froid est vigoureux et nous empeche de planter la tente. Que faire?  Marcher jusqu’a Gas, village sur les bords de la Caspienne et y demander l’hospitalite.

Abbas nous deviance : après nous avoir fait quelques frayeurs a rouler trop vite vers une “repere de brigands” en pleine brousse (ou nous degusterons finalement un succulent “bokhole”, plats de gros fayots cuits), il nous invite tres chaleureusement chez lui pour la nuit.

 

Lundi 23 janvier : une journee pas comme les autres

 

Nous quittons Abbas vers 8h. Le temps est magnifique. Après 20 jours passes dans le desert, nous prenons plaisir a marcher dans le décor verdoyant des bords de la Caspienne, ou poussent abondamment orangers et peupliers.

Nous pourrions marcher pendant des heures aujourd’hui mais terminons finalement après 38 km devant l’embarcadaire de Bandar-e-Torkman ou nous rencontrons Hasran.

Riche chef d’entreprise, il nous propose une chambre dans un hotel a 6km de Gorgan. Nous acceptons, loin de soupconner que nous aterririons dans la meilleure auberge de la ville ! La-bas, petits plats dans les grands, buffet a volonte !

 

Mardi 24 janvier : Sacre Hamid !

 

L’hotel est idealement place pour monter vers Ziyaret, que Hasran nous a presente comme une jolie bourgade de montagne. Mais le brouillard et les constructions en beton qui remplacent peu a peu les vieilles fermes ont raison de nous. Rebroussons chemin sans meme avoir vu les chutes d’eau. 

Nous consacrons l’apres-midi a la visite de Gorgan, puis repartons en direction de Mashhad. Repartons ? Non…pas tout a fait. Hamid, cycliste, la trentaine, que nous croisons par hazard dans la rue nous interpelle : “Come ti my house, you are my guest for tonight”. A 16h30, pas encore sorti de la ville, difficile de refuser.

Nous sommes encore loin d’imaginer de partager ce soir une exceptionnelle tranche de vie d’une famille iranienne.

Mercredi 25 janvier : un bond de 500 km vers l’est

 

Dernieres photos avant de partir. Notre famille du jour semble emue de nous voir partir. Hamid tient a nous accompagner au bus. Soit. Mais qu’il nous le paye et nous offer deux sacs de provisions, c’est trop ! Nous sommes au summum de la generosite et cela nous est tres genant. Impossible de payer cependant…ce serait le vexer !

Direction Sharud, ou nous tombons sur un enorme bazaar decouvert. Tres sympa ! On y trouve de tout : fruits, legumes, outils de bricolage…

Faisons ensuite du stop en compagnie d’un jeune et de son pere trop gentils. Ils s’arretent pour nous aux deux caravanserails que nous souhaitions visiter et nous proposent de nous emmener a Masshad dans la foulee. Prenons en hate la decision de les suivre. Nous voila donc ce soir dans la ville sainte du pays, ou chaque annee 12 millions de pelerins se rendent pour se recueillir sur la tombe de l’Imam Rezah (8e descendant du Prophete).

 

Du jeudi 26 au samedi 28 janvier : Mashhad et la frontiere turkmene

 

Nous sommes acceuillis dans la belle famille de Said. Rencontrons par la meme occasion Ali, le voisin avec qui nous visitons la tombe de Ferdosi a Tus et degustons un delicieux “dizi” (soupe de legumes accompagnee d’une bouillie d’agneau) a Torqabeh, ville bien trop touristique l’ete et bien trop triste l’hiver. Dommage…

Le lendemain, nous avons la mauvaise surprise de ne pas pouvoir visiter la place de l’Imam Rezah. Enfin si mais en compagnie d’un guide. Impossible toutefois de rentrer dans la mosquee pour des non-musulmans. Impossible aussi d’assiter a la grande priere du vendredi. On nous bloque a l’entrée. Nous protestons, mais en vain. Nous sommes a ce moment decus du comportement des iraniens. Alors que nous disions les regretter la veille, nous pensons aujourd’hui a d’autres horizons.

 

Filons donc vers la frontiere turkmene, après avoir chaleureusement remercier Myriam et sa famille.

La visite du caravanserail de Rubat Sharaf marque notre derniere journee en Iran. Le monument, dont nous avons du soudoyer le gardien pour qu’il nous ouvre ses portes, est splendide et nous redonne le sourire.

Samedi soir nous goutons une derniere fois au the iranien chez Milat, avant de preparer notre passage de frontiere dans le seul hotel de Sarrakhs.

par CapAsia publié dans : Iran
Samedi 21 janvier 2006

Lundi 9/01

 

 

Ce matin nous prenons la route a 7h15, après un semblant de petit déjeuner chez Abbas avec qui nous n’aurons finalement pas vraiment échange. L’étape du jour est longue de 45 km et nous permet de rejoindre Na’in, une oasis dans le désert, en plein centre géographique de l’Iran. Cette étape est l’une des plus difficiles que nous ayons réalisée. Pendant plus de 10h nous longeons une voie rapide très fréquentée alors que la température extérieure ne dépasse pas les 3 degrés. Les 20 derniers kilomètres ne sont qu’une ligne droite infernale où nous avons la ville en point de mire. Plus on s’approche de celle-ci, plus on a l’impression de la voir s’éloigner. Les lignes droites sont si décourageantes…

 

Nous atteignons enfin l’immense rond-point où viennent se croiser 4 grands axes desservant tout le pays. Extenués, nous logeons dans le premier hôtel venu, l’affreux Eslami Inn. Affreux par ses chambres sales et poussiéreuses mais surtout par son psychopathe de gérant. Jamais nous n’étions tombe sur un véritable fou pendant nos 4 premiers mois de voyage, c’est maintenant chose faite. L’homme, aussi sale que la literie des chambres est sérieusement dérange. A 9h30, alors que Remi nettoie notre popotte dans le lavabo déglingué, le-fou sort de sa chambre en hurlant qu’il ne peut pas dormir… Comment prétendre que le lavabo fait du bruit alors que les chambres donnent sur la rue ou les jeunes passent le temps a faire ronfler leurs petites motos? Il repousse sa crise 10 minutes plus tard alors que nous nous lavons dans le même lavabo qui est le seul point d’eau de l’hôtel. Il veut clairement nous foutre a la porte, nous, ses seuls et sympathiques clients…

 

 

Mardi 10/01

 

 

La nuit a été bruyante et puante. Les toilettes embaument tout l’hôtel et donnent la nausée des ce matin. Quand je descends a 7h pour faire les courses pour le petit déjeuner, le fou est en grande forme. Nous n’avons pas prononce un mot qu’il hurle déjà dans le couloir. Quand je remonte un quart d’heure plus tard, il gueule ‘’hasht tamam, hasht tamam’’ ce qui signifie qu’il veut nous voir dehors a 8 heures. Incroyable, qu’aurait-il dit si nous avions décide de prendre une journée de repos aujourd’hui? Remi prend tout son temps pour boucler son sac alors que le-fou fait les 100 pas dans le couloir…

 

Nous quittons l’établissement avec l’envie de lui flanquer la main sur la figure mais nous nous contenterons d’une dernière opposition ou fleurissent les noms d’oiseaux…

 

La route qui mène a Yazd promet d’être du même cru que celle d’hier et nous décidons de rejoindre une route secondaire pour notre marche du jour. Un chauffeur routier nous prend dans son vieux Mercedes et nous conduit jusqu’au village de Meybod qui fut une étape importante sur la route de la Soie. La bourgade conserve un complexe magnifiquement restaure qui regroupe un caravansérail safavide du XVIII e siècle, une citerne (réserve d’eau) avec 4 tours du vent qui permettent de garder l’eau fraîche en été par un système élabore de trappes et de volets. Pour rafraîchir l’eau, les habitants fermaient les volets des cotes ouest et sud, laissant ouverts ceux de l’est et du nord. Il suffit, car le système ancetre de la climatisation est toujours utilise, d’inverser le process pour réchauffer l’eau. Ce bassin d’eau donne sur les pièces de vie qui bénéficient donc d’une régulation naturelle et efficace de la température. Un batiment-glaciere et un château complètent les curiosités du village. Nous y déjeunons, au soleil, avant de reprendre la direction d’Ardanak. Ici comme dans tous les villages du désert, les maisons sont orientées plein nord pour profiter au maximum de la fraîcheur et du vent. Pendant la petite marche de 8 km qui séparent les deux bourgades, la douleur de Remi se réveille. Cette tendinite est décidément tenace. Nous prenons une pause en arrivant à Ardakan. Il parait qu’on prépare ici les meilleurs kebabs de chameau de tout le pays. Alors que Remi est reste sur le banc, je monte a l’arrière de la moto d’Ali, un papi qui se propose de nous aider a dénicher ces fameux sandwichs. Apres 5 échoppes, nous trouvons enfin cette viande qu’on nous annonçait succulente et qui, il faut le dire, n’a rien d’extraordinaire.

 

Il est bientôt 16h et nous prenons la direction de ChakChak, la capitale du zoroastrisme, la religion du feu, la plus ancienne des religions. Le site est à 45 km et nous camperons ce soir dans le désert, après avoir avance de quelques kilomètres. Nous devons paraître perdus pour qu’Ali, un jeune étudiant en design de tapis nous interpelle : ‘’can I help you?’’. Apres 5 minutes de discussion, il nous propose de passer la nuit chez lui et ses 3 amis colocataires et de prendre la direction de ChakChak demain matin. Nous acceptons volontiers l’invitation, ravis a l’idee de passer la soirée chez des étudiants avec qui nous avons tellement a échanger. En Iran, le classement au baccalauréat permet ou non le choix des études supérieures. Ainsi Ali, originaire de Téhéran se retrouve dans ce village du désert, a dessiner des motifs pour les tapis alors qu’il aurait aime faire carrière dans la musique. En ville nos croisons d’autres étudiants en design de tapis. Certains négocient leurs dessins avec les fabricants pour des tarifs atteignant parfois 600 a 700 euros.

 

La soirée est très décontractée et pour cause, a la télévision, Le Corniaud avec Bourvil et Louis de Funès est diffuse. Ce dernier est très connu en Iran et amuse autant hors de nos frontières!

 

 

Mercredi 11/01

 

 

Nous partons à 7h, 45 kilomètres nous attendent. Nous prévoyons quelques provisions, surtout du pain et de l’eau. L’asphalte n’est plus qu’un souvenir, nous empruntons désormais les pistes du désert. Les voitures sont peu nombreuses, 5 par heure tout au plus. Des motos plus nombreuses traînent derrière elles du bois sec. Où vont-ils? Il n’y a pas une maison avant 45 kilomètres. Le sol est si pauvre qu’aucun arbre n’y pousse et il est possible que ces escadrons de motards ravitaillent des campements de nomades. Nous espérions d’ailleurs en voir aujourd’hui mais la piste principale ne permet pas d’en rencontrer.

 

Apres notre pause déjeuner, nous re-croisons deux jeunes qui nous avaient propose de nous conduire a ChakChak avec leur pick-up dans la matinée. Ils viennent de Téhéran et y retournent aujourd’hui après quelques jours dans la région. Ils nous offrent le thé et des pâtisseries très sucrées dont les iraniens raffolent. 5 kilomètres plus loin ce sont des graines de tournesol qu’on nous offre, puis des oranges et des pommes. Il faut croire que l’hostilité de l’environnement rend les gens attentionnes et généreux. Nous atteignons ChakChak vers 17h, juste avant la tombée de la nuit. Alors que nous croyions être arrives dans un village, nous constatons qu’il n’y a ici qu’une magnifique falaise dans laquelle se trouve le temple du feu éternel et quelques bâtiments pour loger les pèlerins. Le site est mystique et la soirée que nous allons y passer est mythique.

 

Ils sont ici une vingtaine d’amis venus d’Ispahan pour deux jours. Assis autour du feu, nous sommes vite mis a notre aise. Quelques uns parlent anglais et nous expliquent qu’ils viennent ici une ou deux fois par an pour passer du ‘’bon temps’’. Et pour cause, la soirée sera bel et bien magique! Les hommes, assis en rond enchaîneront poèmes, complaintes et danses autour des volutes bleutées dégagées par la pipe a opium. Pendant la récitation des poèmes de Hafez, le plus célèbre poète iranien, les hommes entrent dans une autre dimension. Ils pleurent, tout simplement. Tête baissée, chacun en silence boit les paroles du conteur. L’un d’eux entre même en transe, effectuant de grands mouvements circulaires de la tête. Nous mangeons ensuite de délicieux kebabs de poulet prépares dans la pièce. Venus pour deux jours, les hommes auraient assez de nourriture pour tenir ici une semaine!

 

Fatigues, nous nous endormons vers minuit, laissant nos amis continuer la fête et dépasser les interdits du pays.

 

 

Jeudi 12/01

 

 

A 6h30 certains sont déjà debouts ou peut-être pas encore couches. Le temps est gris et menaçant mais nous décidons de partir après avoir partage un solide petit déjeuner. Le temps de se dire au revoir, de s’échanger les adresses et de se promettre de se revoir et il est déjà plus de 8h30. Deux itinéraires sont possibles pour rejoindre le village de Kharanaq d’ou nous prendrons une liaison pour Yazd ou nous attend un ami espérantiste : la route asphaltée ou les pistes du désert. Encourages par le gardien du temple, nous choisissons une nouvelle fois de partir dans le désert. Grossière erreur! On ne voit pas à 10 mètres et la pluie commence a tomber. Nous devons partir vers l’est mais l’orientation par le soleil est impossible aujourd’hui. Apres deux heures de marche, il faut se rendre a l’évidence, nous sommes complètement perdus. Combien de kilomètres doit-on faire avant que cette piste mène quelque part? Doit-on rebrousser chemin ou insister? Nous marchons désormais sans but, trempes jusqu’aux os par cette pluie qui ne cesse de tomber, avançant a défaut de trouver le moindre abri. Nous ne parlons pas, chacun de nous s’imaginant de multiples scénarios, priant pour croiser quelqu’un.

 

Apres 15km nous apercevons les phares d’une voiture qui approche. Le conducteur ne ralentit pas aussi je me mets en travers de la route pour l’obliger a s’arrêter. Deux hommes sont a son bord et confirment ce que nous savions déjà : nous sommes dans la direction opposée a celle que nous voulions suivre. Ali le conducteur s’amuse de la scène et nous invite a son bord. Nous montons sans rechigner, peu importe ou nous allons, il nous faut sortir de l’impasse. Nous rendons visite a un vieil homme qui vit seul dans une pièce minuscule en plein désert avec pour seul confort un poele, deux couvertures et une théière. Qui est-il? Que peut-il bien faire ici, a des kilomètres du premier village? Se cache-t-il?

 

Ali repart en direction de Yazd et nous propose de nous y conduire. Nous acceptons, bien conscients que nous ne pourrons reprendre la marche aujourd’hui. Ahmed, notre contact espérantiste vient nous chercher et nous met a disposition son ancien appartement d’ou il vient de déménager. Nous nous douchons et nous accordons une sieste de deux heures, la première depuis 4 mois de voyage.

 

Ahmed nous invite ensuite à passer la soirée chez lui.

 

 

Vendredi 13/01

 

 

Nous sortons vers 7h30 pour visiter toute la journée cette ville que l’on nous annonce si belle. En Iran, il est possible de s’offrir un petit déjeuner royal pour moins d’un euro pour deux. La recette est simple : attendre avec les iraniens dans l’une des longues files devant une boulangerie et acheter deux galettes chaudes et succulents pour 0,10 euro. Tartiner ces galettes d’un peu de miel ou de chocolat (compter 0.50 euro le pot) et accompagner le tout d’un délicieux jus de fruits frais ou d’un milk-shake qu’ils font si bons pour 0.20 euro pièce. C’est si bon que l’on remet ça immédiatement!

 

La ville possède les plus belles tours du vent du pays ainsi qu’un quartier zoroastrien très colore. Malheureusement la météo n’est pas de la partie car la neige tombe dru. Nous préférons donc la visite de la mosquée Jameh (mosquée du vendredi) mais nous partageons un sentiment commun : nous sommes blases. Blases des coupoles bleues et des mosaïques, blases des mihrabs en stuc et des céramiques qui décorent pourtant merveilleusement les monuments du pays. C’est bien la marche qui nous procure les plus beaux moments et précipite les plus belles rencontres. Décidément nous ne sommes pas urbains et préférons le mode de vie que nous adoptons depuis 4 mois. Est-ce pour cela que nous pique-niquons encore ce midi? En tout cas si ce sont des raisons économiques qui nous font préférer nos sandwichs aux traditionnels kebabs, nous avons trouve la solution : 0.85 euro pour ce midi, qui dit mieux?

 

Comme pour se donner bonne conscience nous finissons la balade ‘’Lonely Planet’’ commencée ce matin mais il faut bien admettre que le coeur n’y est pas. En fin d’apres-midi nous décidons d’acheter quelques pâtisseries pour la soirée. Les deux frères qui tiennent la boutique sont charmants et nous demandent si nous avons quelques euros a leur montrer. Nous sortons les seuls centimes que nous avons, en tout 0.20 euro. Ils les regardent sous tous les angles, nous leur donnons donc. Comme si ces piécettes avaient une grande valeur, ils insistent pour nous remplir la boite de pâtisseries! ‘’Non, non, ce ne sont que des centimes!... Quoique je goûterais bien celle-ci!’’

 

 

Samedi 14/01

 

 

Nous nous étions promis de ne pas quitter Yazd sans nous rendre dans une ‘’Zurkhaneh’’, littéralement ‘’maison de force’’.  Pour cela il faut être matinal et le reveil nous sort des sacs de couchage des 4h20. Nous déjeunons en vitesse et rejoignions le centre-ville en mini-bus. A 5h30, nous frappons à la porte. L’entraîneur est la et attend ses athlètes. Surpris de nous voir la, il nous accueille les bras ouverts et nous offre thé et pâtisseries, comme pour nous dire merci de nous être levés si tôt. Bien trop tôt d’ailleurs puisque le premier athlète arrive a 6h20, alors que nous commencions a désespérer. En guise d’échauffement, il s’allonge sur le dos et soulève simultanément un poids de 30 kg dans chaque main en suivant le rythme impose par la percussion du meneur. Une, deux, trois…trente fois! L’homme est une force de la nature, un véritable Goliath… bientôt rejoint par David, un deuxième athlète bien plus fin mais tellement plus gracieux. Car les maisons de force sont tout sauf des clubs de musculation. On vient ici pratiquer un art bien plus fascinant que le levage de fonte! La puissance musculaire n’est pas une fin en soi, bien plus important ici est d’être en rythme avec le maître de cérémonie qui chante et donne la cadence à l’aide de sa percussion. La force vient par la suite, naturellement.

 

La séance dure une heure et, alors que nous prévoyions de partir aujourd’hui, la météo nous contraint une nouvelle fois à patienter. Il neige de plus en plus et le vent qui souffle nous empêche clairement de partir. Nous profitons donc de la journée pour mettre a jour notre site et passer la soirée chez Ahmed.

Dimanche 15 janvier

 

 

Le réveil est matinal ce matin : 6h00. Nous prenons un minibus afin de quitter l’agglomération de Yazd et débuter une marche a partir de Mehriz, en direction de Kerman. Notre but est de rallier la caravansérail de Zein-o-din dans la journée.

 

La route est parfaitement rectiligne et les 30 km parcourus en compagnie des camions bruyants sont monotones. Au loin, une énorme bâtisse borde la route. L’architecture n’est pas propre aux caravansérails déjà visites , mais même réaménage en hôtel de luxe celui-ci mérite le coup d’oeil.

 

 

 

Il est déjà 16h et se pose comme tous les jours la question de savoir ou dormir. Un peu plus loin, un berger et son fils nous proposent l’hospitalité, que nous déclinons. Nous préférons faire du stop et rejoindre Masjed-e-Abolfazl (Mosquee de Abolfazl littéralement) ou nous pourrons dormir sereinement en compagnie de pèlerins.

 

 

Hossein et Habib s’arrêtent. La trentaine, parlent quelques mots d’anglais, des têtes bien sympathiques. Ils nous inspire tant confiance que nous décidons finalement d’accepter leur invitation, chez eux a Kerman.

 

Nous passons en leur compagnie une soirée conviviale, a répondre a leurs interrogations sur la France et échangeant des photos.

 

 

Lundi 16 janvier

 

 

Nous sommes prêts a décoller a 7h30 mais il faut attendre 8h avant de voir émerger nos hotes (couchent-tard, levent-tard comme on dit ! Nous sommes des matinaux…). Nous consacrons notre matinee a la visite du bazar de Kerman, ou il règne une étrange atmosphère : située entre les deux déserts (Dasht-e-Kavir et Dasht-e-Lut), le temps y est beau et chaud, les gens ont un teint plus fonce et portent des tenues plus amples : bienvenue dans le sud-est iranien, proche du Pakistan et du sous-continent indien !

 

 

Nous quittons péniblement la ville a pied, au milieu du bruit et de la poussière soulevée par les voitures. Nous suivons sur 25 km le ruban d’asphalte jusqu’a Jupar, constatant la conduite “musclée” des iraniens : voitures a contresens, camions nous frôlant le long de la chaussée. Pas mécontents donc d’atteindre Jupar en fin d’une chaude après-midi…

 

 

Nous y découvrons un village paisible ou pèlerins se rendent pour se recueillir sur le tombeau du frère de l’Imam Reza (un des douze successeurs directs du Prophète Mahomet).

 

Nous dormons dans un mosaferkhuneh pour la modique somme de 10 000 rials (1 euro).

 

 

Mardi 17 janvier

 

 

Nous avons desormais acquis un bon rythme : leve 6h, copieux petit dejeuner improvise (galette de pain, oeufs poches, miel) et depart 1h10 plus tard pour commencer notre marche. Nous visitons ce matin un qanat (puits creuse dans le desert afin d’acheminer de l’eau d’une source souterraine dans le centre de la ville. Systeme ingenieux d’irrigation invente il y a 2000 ans). Curieusement et sans explication notable, l’eau qui y coule est tiede alors que la nuit, elle, fut très fraîche.

 

Puis poursuivons notre chemin sur une route vallonnée dans les montagnes environnantes et atteignons Mahan 20 km plus loin.

 

Nous voulons gagner ce soir Rayen, village ou nous espérons dormir dans la citadelle. Nous y parvenons en autostop grâce à Akbar, chauffeur routier bien sympathique. Là-bas, Hossein, fabricant de couteaux, nous assure la visite de ce superbe ensemble de près de 1000 ans. Malheureusement, nous ne pourrons pas y dormir, ce n’est pourtant pas les trous qui manquent pour y planter la tente !

 

 

Une solution de rechange nous sera apportée par le gérant du seul hôtel ouvert de la ville. Allez savoir s’il  a eu pitie de nous, nous croyant fauches et obliges de camper dehors ou voulait-il aider deux valeureux marcheurs sur la route de la Soie ? Toujours est-il qu’il nous a ouvert la porte d’une de ses confortables chambres pour 2 euros seulement !

 

 

Dans l’hôtel, nous faisons la rencontre de Vicenzo, routard italien, la cinquantaine, bon vivant, qui a trouve dans le voyage son mode de vie idéal. Nous écoutons ses témoignages et portons une attention toute particulière  sur son expérience au Pakistan.

 

 

Mercredi 18 janvier

 

 

Nous entamons vers 7h30 notre marche en direction de Bam, a 60 km environ. Deux jours nous seront normalement necessaires. Nous engageons le pas sur une petite route qui coupe a travers le desert afin d’eviter les grands axes trop frequentes pour marcher. Le peu de voitures que nous croisons s’arretent a notre hauteur et nous saluent.  

 

 

Nous nous plaisons a marcher la matinée dans ce décor grandiose, semblable au grand Ouest américain, avec ses étendues de steppes a l’infini, ses canyons vertigineux et ses hordes de jeunes motards (qui ressemblent a des pirates coiffes de leur écharpes sur la tête). Nous croisons petits villages et pouvons a loisir observer les cases ocres en chaume encore habitées par les paysans travaillant la terre aux alentours.

 

Vers 13h, un vent froid venant de l’Est se lève mais, pares de nos cagoules en laine, ne ralentit que très peu notre progression. La vision de cette “vallée des merveilles” nous propulse. Pas question non plus de reculer face aux paroles des bergers qui nous avertissent du danger de croiser des Baloutches, nomades présents dans la région et soi-disant “armes de kalachnikov”

 

 

Vers 16h, il nous faut trouver un abri pour passer la nuit. Se protéger du froid et ne pas être vus sont nos deux préoccupations. Ramasser deux bidons et faire un feu “a l’iranienne” dedans répond a la première. Loger dans une ancienne bergerie fera l’affaire de la seconde.

 

Pendant 4h nous ramassons du bois, déblayons les lieux, déplions la toile de tente et arrivons enfin a faire prendre le feu.

 

Dehors la nuit est noire et le ciel largement étoile. Nous pouvons aussi entendre les cris de petits renards environnants.

 

Vers 21h, nous nous glissons dans nos duvets, espérant ne pas avoir froid et surtout ne pas devoir déguerpir en pleine nuit sous les ordres de quiconque nous trouverait ici…

 

La marche de 36 km que nous avons faite  aujourd’hui est sans doute la plus belle depuis le début de l’aventure.

 

 

Jeudi 19 janvier

 

 

Personne ne nous a dérange. Néanmoins la nuit a été longue : nous avons en effet été réveilles plusieurs fois a cause du froid. Il est dur ce matin de se lever. La demi-heure qui suit le réveil (pliage du sac de couchage en particulier) est rude. Mais le soleil dehors brille et marcher nous réchauffe bien rapidement.

 

Il fait même chaud aujourd’hui. Il fait peut-être 20 degrés au soleil. Nous purifions l’eau de la rivière avec des pastilles pour ne pas avoir soif.

 

 

Au bout de 10 km, alors que nous voulions rallier a pied la grand route, une voiture de police nous barre le passage.

 

Nous ne pourrons pas aller plus loin. La présence de Baloutches dans le coin rend selon eux notre marche trop dangereuse. A voir les équipements des jeunes militaires de 20 ans qui sont a l’arrière du pick-up, c’est a ce demander qui sont véritablement les Baloutches…

 

C’est donc en 4x4 que nous finirons notre escapade dans le désert, dégustant les cacahuètes offertes et voyant défiler les somptueux paysages trop rapidement sous nos yeux. C’est tout de même frustrant de ne pas pouvoir terminer les 15 km restants quand on en a déjà parcouru 40 sans encombres…

 

 

Au croisement de la grande route, nous sommes pris en stop par un père et son fils. Routier international, transportant des dates de Bam (fameuses) a Malmo (en Suède, si si c’est possible!), transitant par de nombreux pays, ses connaissances en géographie et en langues sont impressionnantes. Nous nous amusons a échanger les quelques mots que nous connaissons en turc, farsi, anglais, russe et français.

 

 

Il nous dépose a l’entrée de Bam. Nous sommes alors plonges dans une atmosphère surprenante, très proche de celle que l’on peut trouver dans le sous-continent indien. La pauvreté est palpable. Des hommes, enfants même, très fonces de peau, très bruns, vendent accroupis dans le caniveau toute sorte de marchandises : pain, cigarettes…

 

.

 

Les travaux suite au terrible tremblement de terre d’il y a 2 ans et deux mois désormais (7,2 sur l’échelle de Richter, 38000 morts) sont visibles : chacun s’affaire a reconstruire sa maison.

 

Nous pique-niquons a l’ombre d’un palmier (la chaleur en été ici doit être effroyable), devant la citadelle. Nous re-croisons par hasard Vicenzo, rencontre il y a deux jours a Rayen (surprise!).

 

Visitons ensemble ce site classe au Patrimoine de l’UNESCO, qui constituait l’un des joyaux de l’Iran. Avant d’être ravagée en seulement 12 secondes par le tremblement de terre. C’est aujourd’hui un “tas de cendres”. Imaginer la scène nous donne des frissons.

 

Dans la soirée, nous repartons en bus de nuit pour Téhéran. Le voisin d’Alexis aux Aubiers, iranien d’origine, nous attend là-bas.

 

La boucle est bouclée. Nous revenons dans la capitale après avoir suivi pendant 20 jours les traces de la route de la Soie, traçant une diagonale du nord-ouest au sud-est de l’Iran.  

 

 

par CapAsia publié dans : Iran
Vendredi 13 janvier 2006

4 Janvier 2006, et toujours les controles...

L'hotel etait minable et les matelas bien durs mais la nuit, malgre tout, reparatrice. Dans la matinee nous visitons les maisons historiques des riches marchands de la ville. Elles datent du XVIIe ou XVIII et se composent de plusieurs cours au centre desquelles de magnifiques bassins refletent les facades travaillees.

Avant de partir tete baissee vers le sud et Ispahan, en empruntant les petites routes, nous voulons nous assurer qu'elles sont ouvertes et autorisees. Et heureusement! Les employes de l'agence de voyage dans laquelle nous sommes nous affirment que les chemins indiques sur la carte sont impraticables en raison de la neige et interdits par l'armee. Nous sommes quittes pour longer les grands axes, il faut croire qu'en Iran c'est le seul moyen d'eviter les ennuis et les soirees-commissariat.

La journee est deja bien entamee et nous decidons de partir en stop vers un croisement a 40 km, d'ou nous prendrons une route autorisee pour nous rendre dans le village d'Abyaneh. Apres 8 km de marche, une jeep de la police s'arrete. Nous sommes controles, tout est en regle mais les deux flics, pourtant sympathiques, nous obligent a prendre un taxi pour rejoindre Abyaneh. Comme souvent nous ne comprenons pas grand chose a la conversation entre le chauffeur et les policiers mais 20 kms plus tard, tout est clair : le chauffeur vire a droite et nous conduit tout droit vers un poste de controle militaire. Je pete les plombs, qui sommes nous pour etre constamment controles dans ce pays? Qu'avons-nous fait? La ''verification'' se limite a nos appareils photo et nous repartons apres 1/2 heure.

Le chauffeur nous depose comme prevu a l'intersection. Nous ne pourrons pas atteindre le village d'Abyaneh aujourd'hui et decidons apres 7 km de bivouaquer dans un ''trou'' de la montagne ou nous faisons un feu pour nous rechauffer. Le sol est presque plat et nos tendons la toile de tente en priant pour ne pas etre reveilles par les militaires en pleine nuit.

5 janvier 2006, bivouac dans la montagne

A en croire les stalagtites qui pendent le long de la riviere en contrebas de notre trou, la nuit a ete fraiche. On peut s'en douter, a 1500m d'altitude! Pour nous la nuit a ete bonne et le feu opportun. Apres 3h30 de marche dans un decor feerique, sur une route sinueuse entouree de sommets, nous atteignons le village d'Abyaneh. Ici vivent paisiblement quelques vieux qui passent le temps au soleil. Il n'y a qu'un minuscule market tenu par une petite vieille un rien arnaqueuse ou nous nous ravitaillons. Nous reprenons la route de montagne qui nous menera vers la grand axe Keshan-Ispahan. Nous ramassons quelques buches en marchant, en prevision d'une seconde nuit sous la tente. Vers 18h nous denichons l'endroit ideal : un dome en brique ou est stocke du foin. Nous nous preparons de confortables matelas et tentons stupidement d'allumer un feu avec quelques brins de foin, ce qui provoque immediatement l'enfumage de toute la piece qui devient irrespirable. Le feu du rechaud suffira pour ce soir...

6 janvier 2006, la toilette attendue

Ce matin je sors nettoyer notre popotte dans la riviere qui coule a 50 metres de notre abri. En frottant sur l'inox, je me gele litteralement les doigts, la douleur est insupportable! Le froid est vraiment l'ennemi de nos matinees et seule la marche permet de se rechauffer. Apres notre classique petit-dejeuner miel-nun (galette de pain), nous rejoignions la route principale. Comme tous les vendredis, la route est calme et nous profitons pleinement des paysages qui s'offrent a nous : a droite la montagne enneigee, a gauche, l'horizon. infini. Nous entrerons dans quelques kilometres dans le Dasht-e-Kavir, le plus grand desert d'Iran. Vers 11h30 nous marquons notre pause matinale au bord d'un petit canal ou une mere et ses enfants nettoient leur linge. Pas d'echanges, pas u n regard, ils partent. Notre presence est-elle si derangeante? Nous aurions pu nous arreter avant mais les echanges si faciles en Turquie nous ont habitues a aller vers les gens, a discuter, a observer. En Iran, l'approche est bien plus difficile. Les femmes et les enfants nous fuient et les seuls hommes qui viennent vers nous sont les chauffeurs de taxi. Les adolescents sur leur moto n'hesitent pas a nous aborder mais malheureusement ils sont trop souvent moqueurs et provocateurs. Leurs ''hello'' bien trop exageres nous enervent et nuisent aux relations. Non, il faut bien le dire, nous sommes decus. Nous attendions peut-etre trop de l'accueil iranien que l'on nous disait si vrai et naturel. Jamais en Turquie nous n'avons senti la moindre moquerie, les rires agacants des gamins. La route est encore longue alors attendons...

A quelques encablures nous atteignons le caravanserail de Shah Abbasi que nous pensions plus loin. Il est midi, nous n'y dormirons donc pas. D'ailleurs, aurions-nous pu? Les trois hommes qui y font secher de l'ail n'ont pas l'air d'apprecier notre visite. L'un d'eux pretend meme etre flic pour inspecter nos passports. Oui pourquoi pas? Quand l'uniforme des policiers du pays sera le bonnet et le gilet troue nous verrons...

Natanz est a 20 km, c'est une ville moyenne ou nous prendrons un bus pour Ispahan. En attendant, nous devons veritablement ''affronter'' la montagne : la pente est si forte! Epuises apres 2h d'efforts, le dos parralele a la route, nous dejeunons au somment du col. Nous enchainons ensuite tranquillement les derniers kilometres, la descente jusqu'a Natanz. Le timing est parfait puisqu'un bus arrive apres 5 minutes et nous voici en route pour la plus belle ville d'Iran, la ''moitie du monde'', Ispahan.

Arrives apres 1h30 de bus, nous rejoignions l'hotel des routards, l'Amir Kabir et ses petits dortoirs conviviaux. Apres 5 journees sans douche, nous profitons comme il faut de l'eau chaude et du chauffage avant de nous balader pres des celebres ponts de la ville.

7 janvier, comme des touristes

Visite d'Ispahan, classique. Difficile dans une ville de ne pas jouer le touriste, comme tous les autres. Nous decouvrons la merveilleuse place de l'imam, la deuxieme plus longue du monde,512 m, apres Tian-an-Men a Pekin. La mosquee Jameh dont les minarets dominent l'ensemble est grandiose, demesurement grande et fascinante. Ses mosaiques sont superbes et ses proportions parfaites.

Le reste de la ville n'est pas en reste, notamment le quartier armenien de Jolfa ou l'on peut visiter un magnifique musee qui contient entre autre le plus petit livre du monde ainsi qu'un cheveu place sous un microscope pour admirer des ecritures saintes qu'on y a gravees au XVII e siecle a l'aide d'un diamant fin.

Au Parsa Carpet, nous rencontrons Mortezar, un marchand de tapis qui connait parfaitement la Bretagne et la ville de Fougeres. Il nous raconte avec nostalgie l'epoque du Shah, quand les jeunes sortaient en discotheque et ecoutaient librement de la musique dans la rue. Aujourd'hui il regrette que les touristes repartent de l'Iran en imaginant que son pays est riche et ses gens heureux. Non pour lui la misere est trop bien cachee et les gens tristes, trop tristes.

8 janvier, paranoiaques?

Ispahan est une ville magnifique mais une ville-musee. Sommes-nous partis pour nous arreter dans ce genre de lieu trop longtemps? Tant pis pour les quelques monuments oublies, la route de la soie, c'est avant tout les caravanserails, comme celui de Koopahyeh vers lequel nous nous dirigeons ce matin en minibus. A 65 km d'Ispahan, ce sera notre point de depart pour une bonne portion de marche jusqu'a Yazd, 160 km plus loin. La visite se fait accompagnee d'un militaire asez detendu qui vourait bien se placer sur nos cliches. Non, assez de problemes pour le moment avec les militaires, desole vieux mais nous ne vous portons pas vraiment dans nos coeurs. Nous profitons de la beaute du batiment pour y pique-niquer. Nous reprenons la route assez tard et programmons 3 heures de marche tout au plus pour l'apres-midi. Nous marchons finalement 20 km et la nuit est tombee depuis longtemps quand nous entrons dans un petit village sans charme avec de viux batiments abandonnes ou je propose de passer la nuit. Un peu a l'ecart de la route, nous n'y serons pas deranges. Remi veut tenter de nous faire inviter. Il n'a pas tort, c'est le meilleur moyen pour ne pas continuer a croire que les iraniens ne sont pas aussi accueillants qu'on le pretend. Nous nous dirigeons vers l'un des trois cafes du bord de route dont les neons multicolor semblent etre l'unique eclairage du village. Les trois hommes sont souriants et nous offrent le the. Mais l'echange s'arrete la ou il aurait commence en Turquie. Trois bus de touristes iraniens de retour de Maschad s'arretent. Comme des mouches, tous les passagers sans exception se dirigent dans les toilettes, comme s'ils se retenaient de pisser depuis le depart de la ville sainte a plus de 800 kilometres d'ici. Puis sans la moindre gene etalent tous dans le cafe (qui est aussi un restaurant) leur propre the et leur nourriture.

Un homme engage la conversation avec nous dans un bon anglais. Il n'est pas passager des autobus mais est venu en voiture de la ville voisine, Toudeshk, pour nous rencontrer. Un de ses amis nous a vu sur la route et l'a prevenu de notre arrivee prochaine. Son discours est humaniste et rassurant, il se presente en ''ami des voyageurs'' et nous invite chez lui. Malgre tout, je ne le sens pas. Plus que le discours des gens, leur tete revele souvent leur personnalite et celle de Abbas n'inspire pas vraiment conscience. Tout ca ne me semble pas naturel. Remi lui est moins inquiet et nous acceptons l'invitation, Inch'Allah. Un ami nous accompagne et nous voici a l'arriere de la Paykan, balades sans trop pouvoir decider de notre sort. En chemin il pretend parler japonais et arabe mais ne sais me repondre quand je lui demande son age dans cette langue. Il pretend egalement etre adjoint au maire, instituteur et proprietaire de 3 maisons. Il aurait aussi visiter plusieurs pays d'Europe et connaitrait bien l'Inde mais il n'a aucune photo car on lui a vole ses appareils.

Nous nous arretons dans une ruelle sombre. L'endroit est ideal pour un ''guet-apens''. Si quelques filous rejoignent nos deux comperes, nous sommes perdus. Mais non, Abbas sait garder le suspens et il nous propose de fumer une qylian. Nous sommes dans une petite piece adjacente a une grande maison en terre avec une belle cour centrale. Abbas ne fume pas, il est asthmathique. Son ami tire bien sur la pipe a eau et nous rassure sur son contenu. Il emmene ensuite quelques navets dont il ne touche pas non plus, il n'a pas faim. Nous sommes mefiants et evidemment, cela se voit. Nous ne touchons pas aux navets, attendant qu'il en mange lui-meme. L'ambiance est lourde, nous sommes impatients de connaitre la suite de l'histoire qui se joue actuellement. Finalement la nourriture n'est pas droguee mais une fois de plus, nous attendons la suite. Abbas recoit appel sur appel, il semble inquiet, stresse... Etrangement, il maitrise de moins en moins l'anglais, comme si nous avions affaire a un autre homme.

Nous repartons toujours accompagnes de son ami. Les ruelles sont desertes et nous attendons, impuissants. Abbas gare sa voiture devant une maison dans laquelle nous n'entrons pas. ''Ma deuxieme'' dit-il. Nous ressortons du garage et nous dirigeons vers une troisieme maison ou, enfin, nous rencontrons sa famille. Il est marie et pere d'une petite fille de 8 ans et d'un bebe de trois mois. Etrangement pour un homme proprietaire de 3 maisons, celle qu'il occupe avec sa famille est etrangement sobre et petite. Enfin nous sommes rassures et pouvons nous detendre autour d'un the.

La nuit sera finalement sans histoire et nous quittons notre hote, honteux et desoles d'avoir trop doutes de lui, le lendemain a 7h00.

 

par CapAsia publié dans : Iran
 

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