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Que vous veniez de tous les endroits de la planète, vous allez découvrir l'univers captivant du monde de  CapAsia, récemment imaginé à Angers, dans l'ouest de la France, par Alexis et Rémi.

A 21 ans, nous allons emprunter les mythiques sentiers de la Soie, jusqu'à Pékin, de septembre 05 à juillet 06.

Nous décrirons ici notre périple : itinéraires, récits, photos, moments de galère...bref nous voulons vous faire vivre notre aventure "en direct live"!

N'hésitez pas à  poser des questions, poster des  commentaires,  des messages de soutien,  on prend TOUT !!!

Bon voyage et à très bientôt !
 
Mardi 22 août 2006

Nous sommes en France !


« Il n’y a plus de nouvelles, que faites-vous ? ». Voici la phrase souvent entendue dernièrement, il convient donc, maintenant que nous sommes en France, de vous racontez nos dernières péripéties asiatiques.


Nous écrivions notre dernière rubrique à Xi’an, en Chine, où, historiquement, commence la route de la Soie. Elle s’y est terminée pour nous le 24 juillet. Le voyage continuait cependant, vers Pékin puis vers la France mais notre belle et longue balade à pied sur les routes orientales avait bel et bien pris fin.


C’est donc en train et dans un wagon plein à craquer que nous rejoignons Luoyang, l’une des plus anciennes villes chinoises qui fut capitale de l’Empire du milieu il y’a deux mille ans. Cette petite ville chinoise de « seulement » un million d’habitants est idéalement située pour la visite des grottes bouddhiques de Longmen qui présentent d’immenses gravures rupestres taillées dans la roche. Comme partout en Chine la révolution culturelle des communistes au milieu du XXème siècle n’épargna pas le site que de petits artisans s’évertuent à faire revivre aujourd’hui, sous les ordres du Parti, toujours au pouvoir.


Nous rejoignons ensuite Pékin ou plutôt Beijing comme on dit ici, la « capitale du Nord ». Nous y sommes accueillis par deux amis de l’ESSCA, notre école, qui effectuent un stage. En ouvrant sa porte, Arnaud ne nous reconnaît pas : les cheveux ont poussés, les joues sont creusées et la mine fatiguée… Nous sommes le 28 juillet, c’est le jour de mon anniversaire (Alex) et nous fêtons ça dans un restaurant coréen, autour d’un superbe barbecue. De la viande non découpée en petits morceaux, enfin, une vraie entrecôte saignante bien saucée, de quoi nous refaire une santé… et prendre des forces pour la vie nocturne pékinoise, bien animée !


La raison de notre arrivée prématurée à Pékin est double : Rémi doit rencontrer un médecin pour enfin savoir quelle maladie il traîne depuis des semaines. Affaibli par ce qui s’avère être une dénutrition, le dernier mois a été extrêmement difficile pour lui, bien qu’avec une grande perte de poids il se soit fait violence pour parvenir jusqu’au bout du voyage. A Pékin nous retrouvons pendant deux semaines un mode de vie plus occidental, bien que nous soyons plus à l’Est que jamais. Nous re-découvrons les supermarchés, les MacDonald’s (sans y mettre les pieds, allons…), les grands magasins… Pékin est également une ville pleine de parcs et de jardins superbes ; à l’ombre des arbres sous lesquels les vieux effectuent les mouvements gracieux du Taï Chi, jouent aux cartes, chantent…


Désormais, le transsmandchourien est la solution idéale pour rentrer tranquillement en Russie puis en France (le transsibérien, appellation communément admise, relie Moscou à Vladivostok, sans entrer en Chine). Pas de rapatriement donc et 7 jours reposant dans un train, sur la ligne la plus longue du monde. Nous obtenons nos billets pour un départ le 12 août et des visas de transit pour 10 jours au pays des jolies poupées.


Passer deux semaines à Pékin permet d’entrevoir le mode de pensée des chinois et le fonctionnement de cette société qu’un trop court passage en Chine amène souvent à juger négativement. « Ils ne comprennent rien, ils sont bêtes, de mauvaise foi… » sont les jugements communs et hâtifs souvent partagés avec des voyageurs rencontrés dans le pays. Sur la Place Tian’An Men, il sont la par milliers, des touristes chinois en voyage dans la capitale, casquette du tour opérator vissée sur la tête pour ne pas perdre le groupe, drapeau rouge dans une main, caméra dans l’autre, photographiant leurs pairs sous Mao, le grand Timonier. La photo est toujours la même : bouche ouverte, les bras levés et les doigts en signe de victoire. Voilà la pose « officielle » que les parents enseignent à leurs enfants dès le plus jeune âge. Pour l’occidental, même après 11 mois de voyage, le « choc » est réel. Les chinois n’ont aucune créativité personnelle, personne ne se distingue, ils sont tous semblables, agissent de la même manière. De vrais Playmobil ! Des décennies de communisme, de pensée commune et d’ordre public ont eu pour résultat de mettre à bas tout esprit contestataire et revendicateur. Comment pourrait-il en être autrement ?


Est-ce donc bien ce pays qui détrônera sans doute un jour les Etats-Unis ? Observer Pékin amène à y croire fortement. La ville est un immense chantier ; au milieu des gratte-ciel poussent d’autres gratte-ciel. Lever la tête c’est voir des centaines de grues. Baisser les yeux sur le trottoir c’est voir les ouvriers assis en rang d’oignons, allant chercher leur ration de soupe avant d’aller dormir sous des tentes, entre deux périphériques. Les murs des demeures traditionnelles sont barrés d’un hologramme signifiant la destruction. Les habitants n’ont d’autres choix que de partir sans savoir dans quelle direction. Les Jeux Olympiques, à n’en pas douter, seront grandioses. Espérons que les visiteurs de 2008, les yeux lumineux du reflet des médailles, des grands hôtels et de l’illumination de la Cité Interdite sauront être conscients du prix qu’il en a coûté à certaines familles pour que le sport et ses valeurs d’humanité établisse ici son siège le temps d’un été.


Cependant, les chinois, pour peu que l’on n’ait pas de service à leur demander, savent se montrer agréables et rieurs. L’humour compte beaucoup chez eux et le touriste, bien qu’ils en voient tous les jours, reste une vraie curiosité.


A l’assaut de la Grande Muraille


Attraction majeure aux alentours de Pékin, la Grande Muraille est devenue le parfait exemple de la conception du tourisme selon les chinois. Tout y est : photographes ambulants, vendeurs de pacotille, de T-shirts, de posters, de boissons… Nous préférons éviter la foule et les parties trop parfaites de la muraille largement restaurée. Bien nous en prend puisque, faisant confiance à un chauffeur de taxi, nous nous retrouvons à Jiankou, sur un pan non exploité pour le tourisme, non restauré et gratuit. Malheureusement, comme tous les jours à Pékin, le ciel est chargé et on ne distingue bientôt plus à 10 mètres. C’est le moment de s’arrêter dans une tour de guet pour passer la nuit. Cette nuit sur la muraille sera notre dernière nuit en extérieur et l’une des plus mythiques.


Et puis arrive le 12 août, 22h56 et le départ du transsmandchourien. Nous sommes trois touristes à bord, avec un jeune japonais. Nous nous attendions à un compartiment confortable mais mis à part les couleurs de la Russie, ce train n’a rien d’original. C’est d’ailleurs un train allemand de 25 ans racheté par les russes. Les « couchettes dures » de la seconde classe portent bien leur nom et les conditions sont spartiates, ce qui, finalement ne change pas de notre quotidien pendant l’année (mis à part chez nos hôtes). Un arrêt de 7 heures à la frontière pour changer les roulements puisque l’écartement des rails est plus important en Russie et nous voilà partis. Les 9800 km s’enchaînent vite, comme les journées que l’on occupe en jouant aux cartes, en écrivant, en regardant le paysage défiler sous nos yeux : les forets de pins, la taïga, le lac Baïkal, les belles maisons en bois de Sibérie. Dans les gares, les baboushkas (les grands-mères) vendent du poisson, du pain, des cigarettes, des pommes de terre…




Moscou, bonjour l’Europe


Sur le quai de la gare à Moscou, tous nos repères sont bouleversés. Voilà des mois que nous avancions vers l’Est. Les hommes avaient la peau mate, la chevelure brune et la taille petite. Ici en Russie, les hommes qui nous entourent sont grands, larges d’épaules, blancs et blonds ! Avec une bière à la main, ce qui n’est pas un détail morphologique mais tout de même une caractéristique de la Russie !

Une fois de plus, l’esperanto nous offre l’opportunité d’être hébergés. Les tarifs des hôtels à Moscou sont parmi les plus élevés d’Europe, autant dire que nous n’aurions pas pu y passer 4 jours sans l’accueil de Ksenia, 25 ans, qui prépare elle aussi un long voyage.

Pour changer, nous passons presque pour des gens du pays. La langue apprise en Asie Centrale revient vite et nous visitons les sites de la ville avec les tarifs des étudiants russes ! Le Kremlin, joli village de lutins tout en couleur, la cathédrale Saint Basile au bout de la place Rouge, quelques monastères splendides… Moscou est une ville dynamique, propre et sûre, contrairement à ce que nous croyions. Les immenses bâtiments communistes qui conservent toujours sur leurs façades la faucille et le marteau bordent des avenues à 8 voies où défilent les plus grosses berlines allemandes, des limousines et les éternelles Lada. Le prix des amendes se négocie avec les flics corrompus, les sosies des grands leaders communistes se font tirer le portrait pour quelques roubles, les jeunes soldats errent dans les rues, on vend des pin’s de la grande époque, des drapeaux et des affiches de propagande. Les femmes souvent bien faites s’alourdissent d’un maquillage exagéré mais, malines, récupèrent en portant très court leurs mini-jupes !


15h45 : vol à destination de Paris via Copenhague, embarquement immédiat

Etrange impression que celle de se retrouver en France, d’entendre et de lire du français, de retrouver un parfait anonymat parmi les voyageurs des terminaux de l’aéroport. Tous va aller très vite désormais et déjà, nous avons dès le lendemain des obligations. Tant mieux car comme disent les braves gens « il faut se remettre dans le bain » ! Bien sûr, oui, se remettre dans le bain… et en prendre un bon aussi !!!

Par CapAsia - Publié dans : Chine (jusqu'à Pékin)
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Samedi 22 juillet 2006

La route de la Soie, c’est termine! par Alex

 

 

 

 

Le Tibet

 

 

Comme prevu, la Jeep de l’agence de voyage nous attend a 5 heures du matin. A contre-coeur, nous prenons place a l’arriere, avec Yan, un hollandais en voyage pour 5 semaines. A la frontiere, un guide tibetain nous attend et nous formons le groupe a mesure que les 4x4 deversent leurs passagers. Tout comme nous, certains ont tout essaye pour ne pas avoir recours a une agence de voyage, sans succes. Quand les chinois decretent que le territoirs du Tibet est interdit aux voyageurs independants en provenance du Nepal, resoudre le celebre casse-tete invente par ceux-ci s’avere impossible.

Nous sommes donc 20, jeunes pour la plupart et de diverses nationalites : allemande, hollandaise, anglaise, malaise, italienne, americaine… et nous, les p’tits frenchies!

La nuit prevue 80 km après la frontiere n’aura pas lieu, il manque une voiture! Celle-ci sera prete demain matin. C’est donc après le passage de frontiere ou tous les documents ont bien ete verifies que nous posons nos sacs. Des le premier soir, une ambiance de franche camaraderie se creee.

Le lendemain, après un copieux petit dejeuner, nous entamons la partie ascendante de la Friendship Highway entre Katmandou et Lhassa. Le paysage a rapidement evolue : a la verdure du Nepal succedent les hauts plateaux rocailleux du Tibet. Nous franchissons deux cols a 5050 et 5200m dans la journee, nous n’etions jamais montes aussi haut. Tout effort, alors que nous sommes confortablement installes, est essoufflant. Les tibetains des villages vivent dans des conditions que nous imaginons terribles en hiver : le froid, le vent, l’absence de terres cultivables… Assis sur les trottoirs, ils vident des thermos de the au beurre de yack, que certains refusent poliment tant l’indigeste potion prend le gosier. Nous lui preferons la tsampa, une biere locale a l’orge. Nous sommes heureux de voir que, malgre la presence chinoise et les batiments administratifs au drapeau rouge etoile, le peuple conserve intacte ses traditions. Les femmes portent une longue fausse tresse coloree sur le haut du crane alors que les hommes portent fierement un large chapeau de cow-boys tells ceux des westerns americains. Sans distinction de sexe, on porte ici de beaux bijoux colores et des boucles d’oreille pendantes. L’utilisation du yack rappelle l’epoque des indiens d’Amerique et des bisons. La viande et le lait nourrissent, la laine rechauffe : bottes, manteaux, pantalons…meme les selles de velo en sont couvertes!

Nous parvenons a Shigatse le troisieme jour. C’est un carrefour important sur la route de la Soie et celle du the. La piste de la lointaine Kasghar ou nous etions 4 mois plus tot, après une longue traversee du Takla-Makan puis de l’Himalaya, contournant le celebre mont Kailash, se fond comme un confluent dans le bitume que nous empruntons. Derriere nous, le toit du monde nous fait de l’ombre, nous ne sommes plus qu’a 60 kms du camp de base de l’Everest. La beaute du paysage est marquante. On oublie soudain la defaite de la France en finale de la coupe du monde suivie a 4100m et la sortie heroique de Zidane. Ce sont les recits d’Alexandra David-Neel qui reviennent a l’esprit, le courage hors du commun de cette femme qui, un siecle avant nous, traversait le Tibet en hiver pour rejoindre Lhassa. 

Les temps ont changes et les Land Cruiser enchainent desormais les kilometres sans faiblir. Apres le magnifique monastere de Shigatse et ses milliers de fideles tournant autour de celui-ci dans le sens des aiguilles d’une montre, moulins de priere a la main, c’est celui de Gyantse que nous visitons.

Nous atteignons Lhassa le 12 juillet. Nous y sejournons 4 jours, visitant les monasteres environnants (Sera, Drepung, Ganden) ainsi que le celebre palais du Potala dont la vision fait frissonner. Immense, grandiose, massif, il eleve sa forte carrure tel un roc imprenable au-dessus de Lhassa. L’interieur est plus decevant, ce n’est plus qu’un musee conserve par des moines avares qui veillent scrupuleusement a ce qu’aucunes photos ne soient prises. Il faut aller vite, nous perdons le guide, un militaire chinois nous pousse dans les couloirs, les vendeuses de souvenirs nous assaillent a la sortie…

 

 

Dans le train le plus haut du monde

 

 

Nous prenons un peu d’air et d’altitude le 18 en montant a bord du train le plus haut du monde qui nous conduit pendant 2000 kms de Lhassa a Lanzhou, traversant des steppes et de hauts plateaux culminants a plus de 5000metres. Tout comme nous, les chinois decouvrent la beaute du paysage et l’on entend des “oh, ah!” frequemment. Le voyage se deroule sans probleme dans les compartiments presurises. Seul ombre au tableau : les banquettes (nous n’avons pas obtenu de couchettes) sont horriblement dures!

Nos provisions ne sont pas suffisantes, nous pensions nous reapprovisionner dans les gares mais les arrets sont courts. Nous decidons de faire cuire du riz et sortons le rechaud. Horreur, branle bas de combat, tout le monde sur le pont. Le responsable du wagon souffle sur la flamme, s’affole… “Mais non, ce rechaud est sur, n’ayez pas peur”, lui repond-on. Un quart d’heure plus tard, nous nous retrouvons avec un copieux plateau repas et des nouilles instantanees, offerts par la compagnie. Tout le monde est hilare…

Une nuit a Lanzhou, la visite d’un site rupestre sur le fleuve jaune, berceau de la civilization chinoise qui vit defiler toutes les dynasties depuis des millenaires et nous rejoignons Xi’an.

 

 

“Nous avons reussi!”

 

 

Nous y sommes, a Xi’an, le point de depart historique de la route de la Soie, aujourd’hui metropole de 6 millions d’habitants. Apres 5000 kms de marche, des rencontres inoubliables, des souvenirs et anecdotes plein la tete… jusqu’a ce petit point rouge sur la carte que nous avions un jour decide d’atteindre, il y’a maintenant deux ans, nous sommes finalement parvenus. Des esperantistes nous attendent et mettent a notre disposition une chambre dans leur appartement. Nous en profitons pour recuperer des heures de sommeil, faire prolonger nos visas, non sans peine, pour quelques jours.

 

 

Et puis il faut rentrer…

 

 

Notre programme desormais est simple : rejoindre Pekin et grimper a bord du Transsmongolien en direction de Moscou. Cela ne semble pas etre evident d’un point de vue administratif mais nous avons quelques jours pour preparer au mieux ce voyage retour d’une quinzaine de jours…

Des septembre ce sera la rentree, les crayons et les cahiers, le premier imperatif depuis bien longtemps, histoire de ne pas trop planer. Alors pour quelques jours encore, restons les pieds sur terre mais la tete dans les nuages.

 

 

Par CapAsia - Publié dans : Chine (Tibet)
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Lundi 3 juillet 2006

20/06/06-04/06/06

 

 

Nous venons de quitter les sites sacres de pelerinage hindous et marchons vers la frontiere nepalaise. Nous marquons un arret a Bageshwar, ville sans aucun autre charme que celui de nous offrir une chambre bon marche avec tele pour … regarder un bon match de foot! Il faut l’avouer, les indiens ne sont pas les meilleurs informateurs qui soient pour la coupe du monde. Mais comme souvent, chaque question se doit d’obtenir une reponse et peu importe quelle soit vraie ou fausse. C’est ainsi que dans la meme journee, nous apprenons que la Coree a battu la France par 3 buts a 1et qu’elle est desormais eliminee! Ouf, notre equipe de veterans est toujours en course…

Rassures, nous sortons en ville et rencontrons toute une famille preparant le marriage du troisieme fils. Demain, qu’on le veuille ou non, nous serons de la partie.

Le mariage de Shankar et Munni. Il fait beau aujourd’hui et toute une delegation de voisins, d’amis, de cousins s’entasse dans un vieux bus pour rejoinder la maison de la mariee dans laquelle, selon la tradition, va se derouler le mariage. Tout est aux frais de sa famille d’ailleurs et celle-ci a “mis le paquet” : fleurs, decoration kitch a souhait, musique stridente a tue-tete, musiciens traditionnels, costumes, excellente nourriture (vegetarienne comme le veut la tradition) … Les hommes d’abord, a meme le sol, sur une moquette qui devient vite un amoncellement de dechets, de grains de riz, de jus de fruits renverses… Les femmes prennent place ensuite, exposant leurs sarees impecables aux pires taches de gras dont meme les publicites tele ne pourraient tirer profit. Et puis on danse, toujours, sans arret, pourvu que l’on transpire. Les femmes, gracieuses et sensuelles, se font discretes face aux hommes extravagants. C’est qu’un mariage en cache un autre et est l’occasion de faire des rencontres… En bons voyageurs itinerants, nous refusons les offres de certains peres qui verraient d’un bon oeil leur progeniture s’unir avec des europeens. Et pourtant…

La mariee arrive enfin, on ne l’avait pas vue jusqu’a present. Paree de mille bijoux, on ne peut qu’entrevoir son doux visage aux traits tires… Elle rejoint sur un trone son future epoux qui tire lui aussi une tronche d’enterrement. Y’a d’l’amour. Nous sommes pris d’un doute, se voient-ils pour la premiere fois? Non, nous assure t-on, ils se sont deja rencontres… une fois!

Le photographe entame la sceance, fait poser les deux pantins qu’il a devant lui don’t le regard ne se croise jamais. Chaque invite benit les epoux, pour le meilleur et pour le pire. Le rituel du mariage continue en d’interminables jeux amoureux.

Le mariage prend fin vers 17h et tout le monde rejoint le village du marie ou la voiture-sono equipee de 3 haut-parleurs envoient dans toute la villes ses decibels. Nous sommes epuises mais nous dansons encore, jusqu’a la nuit. Notre style leur plait, c’est sur.

Nous dinons ensuite sous une grande tente dressee pour l’occasion et rejoignions nos paillasses dans une piece bien sombre vers minuit. Au petit matin, nous remarquons que celui qui s’est glisse cette nuit entre nous deux n’est autre que… le marie en personne! Comment peut on concevoir un tel scenario? L’Inde, decidement renversante…

Nous reprenons la route le lendemain et atteignons Pithoragarth, le petit Kashmir. Nous voulons envoyer un colis en France et le moins que l’on puisse dire, c’est que l’affaire n’est pas gagnee! Tout d’abord, il convient de fermer le colis a l’aide d’un tissu blanc. Direction donc le tailleur du quartier qui nous coud un morceau de cotton autour du carton. Un peu cher mais c’est du bon cotton precise-t-il. Evidemment, un tissu sur lequel on va ecrire et qui va traverser une partie du monde merite d’etre de toute premiere qualite! Sacres indiens. Il faut ensuite peser le colis mais il n’y a pas de balance a la Poste, on evalue donc “a l’oeil”! “2,5 kg”, annonce le prepose. Pris d’un doute, il veut quand meme verifier, direction le peintre du coin a qui nous empruntons la balance a poids. 4,5 kg! Pas a notre avantage tout ca. Il faut maintenant sceller le paquet mais la Poste ne possede ici ni bougie ni baton de cire. Nous faisons le tour du quartier pour en trouver. Pas de sceau non plus, le prepose reclame une piece d’un dollar “your French money” pour sceller le colis. La situation devient ridicule, une piece d’un roupie fera l’affaire non?

Deux heures au total, quelle efficacite.

 

 

La frontiere Indo-nepalaise

 

 

Il fait une chaleur torride quand nous nous presentons au poste frontiere indien. Deux officiers en marcel et tongues nous accueillent avec le sourire. “Sit down, please. You want cold drinks?” L’ambiance est plutot decontracte et c’est la meme chose cote nepalais. Il faut dire que les indiens passent ici sans passport, sans presenter aucun document. Une vraie passoire. Les gamins se baignent dans la riviere qui separe les deux pays, il y’a des vendeurs de mangues, des gargottes a roulette, des buffles qui ruminent sous les arbres, des vendeurs de K7… Les officiers nous delivrent le visa le plus simplement du monde, en 5 minutes.

La premiere ville, Mahendranagar se trouve a 6 km. C’est un immense terrain vague faisant office de gare routiere autour duquel on trouve hotels et restaurants. Pour feter notre passage, nous nous offrons une biere bien fraiche, le dernier verre d’alcool remonte a plus de deux mois. Et puis la soiree s’acheve en beaute par la victoire de la France sur le Togo.

Il est 6h quand nous partons a pied en direction de Katmandou, encore a plus de 650 kms. Nous n’avons pas beaucoup dormi, le match etait a 1h du matin. Notre intention n’est pas de marcher dans cette region, nous sommes en retard sur notre programme et malgre la presence policiere, les maoistes sont une reelle menace dans la region. C’est donc en stop que nous traversons l’Ouest du pays. Nous sommes 4 dans l’immense cabine du Tata, un camion fabrique (et decore) en Inde. La route traverse la jungle du Terai. Des gamins guident leurs troupeaux de buffles, beaucoup de gens se deplacent a velo, les militaries portent des casquettes de l’US Army, on vit dans des huttes en toit de chaume. Il fait une chaleur infernale, presque 45 degres, et l’humidite est insupportable. On sue a grosses gouttes, on se sent lourds.

La nuit est tombee et les camions roulent sans phares, allez savoir pourquoi. A la sortie d’un virage, majestueux, un tigre nous coupe la route! Le chauffeur decide enfin de dormir un peu et nos rejoignons le toit du camion qui convoit des planches de bois. Comme dit Remi, “des planches, comme les lits des hotels!” Sauf que les hotels ont un toit alors que du camion a ciel ouvert nous prenons une belle saucee vers 2h du matin. Le chauffeur repart, la nuit est terminee! Nous quittons les deux routiers vers 7h15 et reprenons la marche vers Pokhara, porte d’entrée des Annapurnas. Les paysages sont surprenants, on se croirait dans les Caraibes : vegetation luxuriante, nombreuses varietes de fleurs, bambous incroyables. Cela pourrait ettre aussi la Chine des rizieres et des cultures en terrasse. Les gens sont souriants, curieux, farceurs. Le contact est facile. Tout le monde vit ici de l’agriculture, jamais mecanisee. On laboure avec les buffles, on coupe le fourrage a la main, du soir au matin, avec la hotte en osier et la serpette a la main. Le pays est pauvre, l’un des plus pauvres du monde alors c’est toute la famille qui s’y met et certains gamins des champs semblent envier les ecoliers en uniforme. Un point cependant rassemble tout le monde : le parapluie! Et oui, ombrelle quand il fait chaud et protection contre les grosses nuees qui ne previennent pas… Ce double usage me plait bien et j’en fait emplette dans un magasin. Remi lui ne s’en embarasse pas, “etre trempe de sueur ou par la pluie, quelle difference”?

Nous atteignons la ville archi-touristique après 4 jours de marche et 130 kilometres, tranquillement. La chaleur est largement retombee, le temps est moins lourd. Il pleut tous les soirs mais nous sommes a l’abri pendant deux jours, a l’hotel, comme les touristes venus admirer le lac et les annapurnas en toile de fond. Deception, avec la mousson, le ciel est bas et la visibilite est nulle.

Nous repartons après 2 nuits vers Katmandou, fatigues de cette ville a touristes, de ses boutiques de souvenirs et de la fausse amabilite propre a ce genre d’endroits. Les annees hippies, c’est du passé, n’essayons pas de faire revivre le mythe! Et puis nous sommes preoccupes, comment allons-nous passer en Chine via le Tibet? Nous devrons passer par une agence de voyage, cela coute un prix fou, aurons-nous le choix?

 

 

Katmandou, c’est fou!

 

 

Nous arrivons le jour de France-Bresil, le sejour dans la capitale commence donc par une soiree dans un bar ou nous retrouvons, comme par hazard, une belle brochette de supporters francais. “Allez Zizou, vas-y Titi…” l’ambiance est bien la et la France gagne, nous nous souviendrons du match.

Katmandou est une ville au patrimoine exceptionnellement riche: temples par dizaines, stupas, montagnes en arriere plan, pas etonnant que John Lennon et bien d’autres soient passes par ici. Les rues sont bordees de magasins de souvenirs, de boutiques de trekking, de supermarches, de cyber café, de restaurants branches… tout ca est un peu deconcertant. Se melent a la fete des sadhus trop bien chausses devenus pros du marketing et reclamant qu’on les prennent en photos, des chauffeurs de rickshaw sur lesquels ils passent aussi la nuit, des mendiants, des gamins shootes a la colle et quelques moines tibetains en exil… La visite de la ville est passionnante et fatiguante : de tous cotes nous sommes sollicites, notre regard se perd dans des ruelles, dans les echoppes. Dix minutes de pluie suffisent a inonder les vieux quartiers. Amusees, les femmes obervent la rue de leurs minuscules fenetres et les gamins sortent patauger dans les flaques.

 

 

Le Tibet, oui, non, puis oui!

 

 

Lhassa et le royaume sacre du Tibet nous tendent les bras, nous en sommes a moins de 200 kms. Mais le gouvernement chinois ne l’entend pas de cette oreille et impose a tous les visiteurs de cette region (et en provenance du Nepal) d’etre accompagnes. Cela signifie pour nous : recours a une agence de voyage et marche impossible. L’alternative serait de prendre l’avion mais après comparaison, il s’avere plus economique d’avoir recours a une formule “cles en main”. C’est donc en 4X4, guides comme nous ne l’avons jamais ete que nous traverserons la chaine Himalayenne, avec des cols a plus de 5000 metres d’altitude, nous l’esperons de belles visites de temples et la rencontre des tibetains. Puis il sera temps de rejoindre Xi’an, Pekin et l’Europe, tout ca en un mois et demi! Il va y’avoir du sport…

Par CapAsia - Publié dans : Népal
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Mercredi 21 juin 2006

L’Inde, ses turbans, ses sadhus et ses montagnes

 

 

Nous passons la frontiere le 2 juin et rejoignions le Temple d’Or a Amritsar, une merveille architecturale. Ce lieu sacre est la ville sainte des Sikhs, une religion nee au XVII e siecle, derivee de l’hindouisme et de l’islam. Nous y passons deux nuits, a dormir sur le marbre blanc, comme les 35000 pelerins qui y affluent chaque jour. Nous y mangeons aussi, dans l’immense langar, la cuisine gratuite ou plus d’une tonne et demi de riz cru passe chaque jour a la casserole!

Nous prenons le bus le 4 juin en direction d’Haridwar, dans l’Etat de l’UttarAnchal, frontalier du Nepal. Nous sautons ainsi 350 km de plaine torride pour rejoinder les montagnes et le Gange.

Haridwar est la premiere ville sacre du Chardam, le pelerinage hindu qui mene aux 4 sources du Gange. Les sadhus, les religieux barbus aux cheveux longs viennent s’y ressourcer avant d’entamer un periple de plus de 900 km a pied qu’ils realisent en un mois et demi. Nous sommes dans un lieu saint, des milliers de gens affluent le soir venu sur les bords du Gange et mettent a l’eau colliers de fleurs et chandelles dans une atmosphere mystique. Specialite indienne, ici aussi on dort n’importe ou, dans n’importe quelle position…

Nous voila donc nous aussi en pelerinage mais le style n’y est pas. Les sadhus sont par definition des hommes (et parfois des femmes) qui ont renonces a tout pour se consacrer a la spiritualite via la meditation, le yoga et surtout la ganga! Ils possedent donc en tout et pour tout une shawl, un cheich qu’ils se nouent dans les cheveux longs, des colliers de perles et parfois des chaussures. Et pourtant, le pouvoir de la marche est fascinant. Tout nous oppose et voila que nous marchons ensemble, partant le matin avant 5h, traversant les memes villages, siestant sous les memes arbres, prenant de l’eau aux memes pompes, dormant dans les memes temples… Eux avec leur petit sac en toile et leurs pieds cornes, nous et nos gros godillots… Pendant dix jours et 300 kms nous partageons la vie de ces hommes fascinants a plus d’un titre. Jamais plus de deux-trois jours avec un sadhu, ils s’interdisent de lier toute espece d’amitie. Les soirees dans les temples sont silencieuses, instinct de survie, on s’informe des prochaines cantines gratuites sur le bord de la route, telles des ravitaillements dans un marathon. On s’entraide, tu as une mangue, j’ai des biscuits… Les sadhus n’ont absolument aucuns revenus et vivent de la generosite et de la consideration, malheureusement de plus en plus faibles, des pelerins ordinaires.

Certains effectuent a pas d’escargot leur dernier chardam, le dos courbe, fatigues d’avoir toute leur vie arpente les routes de l’Inde, ils ont dans le regard une expression de souffrance bouleversante, emouvante. En bons samaritains, nous leur portons le sac quand les cols se font trop durs a franchir mais plein de fierte, ils le reposent sur leur tete et repartent… On ne gagne pas l’amitie d’un sadhu et c’est aussi une lecon.

Nous atteignons donc le temple de Badrinath a 3500 metres d’altitude avec l’Himalaya en toile de fond. Il fait un froid glacial et il neige meme pendant une nuit!

Le temps pour nous de prendre la direction du Nepal en traversant des paysages de verdure magnifiques : rizieres, palmeraies…

Le mois de juillet approche et le ciel se noircit de plus en plus le soir, nous recevons quelques gouttes, la mousson ne tardera plus.

 

 

PS ; Apres 3 semaines sans viande nous revons aussi d’une belle entrecote. Si vous connaissez un boucher dans le coin…

 

 

Par CapAsia - Publié dans : Inde du nord
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Mercredi 24 mai 2006

Du 3 au 24 mai, par Alex

 

La fatigue se fait sentir

 

Nous voila donc a Sost, dans cette ville frontiere sans charme aux allures de Deadlake City dans Lucky Luke. Une seule rue et des bouis-bouis de chaque cote. Nous partons des le matin pour un trek dans la vallee de Chapursan, le long du Wakhan Corridor, en . Nous emprutons une route de Jeep qui nous fait traverser de nombreux villages Ismaliens, une minorite musulmane majoritaire dans le nord du . (plein d’infos sur Internet) Apres 38 km, nous campons au bord de la riviere.

Le lendemain, nous connaissons tous les deux une journee difficile : Remi a mal au talon, moi au dos. A 10h30, nous sommes invites pour le the par une femme ismaelienne, souriante et anglophone. C’est la premiere fois depuis bien longtemps qu’une femme prenne personnellement cette decision. Comme beaucoup ici, sur deux longues tresses, elle porte une coiffe coloree d’origine tadjike sur laquelle repose 1 foulard retombant sur les epaules. Requinques, nous reprennons la marche vers la vallee. Avant la nuit, une famille nous offre quelques patates pour la soiree. Nous pensions pouvoir acheter qq denrees de base dans les villages mais il n’y a pas une epicerie, pas un boulanger. Chaque foyer assure sa subsistance avec du ble, du lait des patates et du sucre. Cependant, grace a la fondation Aga Khan (chef spiritual des ismaeliens, residant a Paris), l’Union Europenne et le gouvernement tous les enfants ont acces a une scolarite gratuite, les familles peuvent se rendre au centre de sante du village et prier dans des “Jamatkhanas” (equivalent des mosquees) recentes. On trouve meme des associations de femmes dans certains villages. Nous atteignons Babakhundi, dernier village avant l’Afghanistan, ou nous passons la nuit a 3500m d’altitude, bien au chaud sous d’epaisses couvertures. Depuis la sommaire Guest House posee sur la prairie, nous partons ½ journee en direction du col desormais ferme (officiellement) qui separe les deux pays. Le sommet est a 4950m mais nous nous contentons d’une observation lointaine. Nous entamons ensuite une marche nocturne pour rejoindre a 30 km le point de depart de la Jeep qui rattrape la Karakorum Highway. A 5h, elle arrive. Une vieille Toyota rallongee aux pneus lisses conduite par un vrai pilote de rallye. Sur une route etroite, a flanc de montagne, il enchaine les virages a fond, sans aucune visibilite, s’en remettant a Dieu. Imperturbables, les passagers discutent, tout en se frottant la tete qui tape parfois au plafond. A l’etage, un jeune gamin fixe les sacs et s’agrippe comme il peut. Dans les champs, les paysans sont a l’oeuvre, profitant de la fraicheur du matin. La vallee est magnifique, toutes les parcelles  sont vertes et irriguees, les arbres fruitiers sont en fleur, du rose, du blanc, du jaune…

Il fait une chaleur de plomb sur le bitume et je suis pris d’etourdissements… Non ca ne va pas, depuis hier rien ne marche comme avant. J’ai mal au dos, deux gros boutons de fievre sur la levre inferieure, une plubalgie recurrente sur le tibia gauche, une blessure sur le pied droit, des hemorrohoides et…un point de cote! Heureusement, le sourire des gens d’ici redonne le moral pour avancer. Autour d’une assiette de lentilles et d’un the nous prenons une bonne pause a l’ombre, dans le jardin d’une grande famille. Les ecoliers curieux lancent hesitants des “how are you?’, “what is your name?”. Des le plus jeune age, leur niveau d’anglais est impressionnant. Nous finissons la marche (40 km) en meilleur etat que le matin et posons la tente sur l’herbe d’un restaurant ou nous dinons copieusement. Nous n’avions pas mange a notre faim depuis qq jours. L’aubergiste est attachant et nous raconte les bonnes annees, quand il servait 30 couverts, avant le 11 septembre 2001!

Nous avons les pieds en feu et des petites mines, nous nous reposons donc le lendemainavec une petite marche de 11 kilometres vers le Borit Lake dans lequel se baigne des gamins. C’est dimanche, journee détente pour tout le monde. Au retour nous discutons avec un paysan qui irrigue ses pommes de terre. Elles sont reputes comme les meilleures du pays et c’est peu dire quand on voit le travail minutieux de la terre. Le soir je m’endors sur un bouquin de trekking. J’y apprends que les sherpas, les porteurs comme on les voit dans Tintin au , peuvent porter les charges suivantes : 18 kg jusqu’a 6000m, 16 kg entre 6 et 7000 m et 14 au dessus de 8000! Leur quotas de cigarettes est de 10 par jour, et peu importe l’altitude!

 

Lund 8 mai, pique-nique en altitude et nuit sous un pont

 

Apres le petit dejeuner, nous partons leger vers la Yunz Valley, un superbe point de vue entre deux glaciers a plus de 6500 m d’alt. Le chemin devient vite un mur d’escalade et nous voila deja a 3700 m. Nous dejeunons entre deux glaciers hymalayiens, avec une vision fabuleuse a 360 degres. Nous prenons un the dans une cabane en pierre occupee par deux femmes qui gardent les troupeaux de moutons. La plus vieille nous fait comprendre que sa vie se resume a “sheep et sleep” autrement dit garder les moutons et dormir. Nous leur offrons en echange une boite de biscuits LU, des Prince pour les amateurs. Les pakistanais en rafolent et ils coutent ici 0.30 euro! Nous prenons a peine le temps de nous poser et plions la tente, direction Karimabad, dans la vallee de Hunza. Nous passons de nouveau la nuit sous un pont, mais quel pont! Il est l’une des longues passerelles suspendues sur la riviere Hunza. Nous le franchissons le lendemain, comme des equilibistes. Il n’existe pas construction plus basique : 4 cables tendus entre deux lourdes pierres, et des planches bien usees disposees en largeur, sur une centaine de metres! Ca monte, ca descent, ca prend le vent mais on se tient fort pour progresser entre les planches parfois espacees de pres d’un metre. Derriere et devant nous, les villageois assurent le spectacle : franchissement avec chargement, en courant, sans les mains et les trois combines! Nous n’avons toujours pas recuperes et, fait heureusement tres rare, nous nous fachons…pour une histoire d’abricots secs! La situation est ridicule et on en rit bien vite, tout en continuant la marche.

 

 

Du repos, surtout du repos

 

Nous atteignons Karimabad après 9 jours au et de la pluis pour rafraichir l’atmosphere hier soir. La vallee est l’une des trois vallees de la longevite (les autres sont en Chine et en Equateur) et nous observons aisement la vitalite des gens. Peut-etre est-ce du a la nature qui offrr a cette vallee des milliers d’arbres fruitiers?

Uses, sales, amaigris, nous prenons une chambre double pour une bonne douche. Nous ne pourrions pas debarquer dans un dortoir, par respect pour les autres! Les hotels ici sont vraiment bon marche, 100 Roupies la nuit pour deux, soit 1.40 euro.

Il nous faut absolument du repos, du repos. Ne rien faire, cela nous est-il deja arrive depuis 8 mois de voyage? Il semble que nous soyons tombes dans l’endroit ideal pour nous refaire. 13kg en moins pour Remi, 4 pour moi, il y a du boulot (mais aussi de la soupe aux abricots). Nous avons quitte la route de la Soie pour la route des babas-cool, nostalgiques des annees hippies. Certains comme Michel et Maryline, des iserois qui voyagent depuis 30 ans sont la depuis un mois. Michel est une encyclopedie vivante, il connait l’Inde comme sa poche. Il nous raconte les pelerinages qu’ils ont accompagnes, les changements de la societe, la grande époque Inde, , ...

Nous pourrions profiter de ces trois jours de repos pour actualiser le site mais il faut croire que la beaute et la puissance du paysage dominent encore la technologie. Internet est donc horriblement lent et seule la famille aura droit a des nouvelles.

Finalement nous restons 5 jours a Karimabad, après un trek magnifique jusqu’au col de Hon a 4300 metres et une journee dans une mine de pierres ou les chercheurs extraient des Aquamarines, ces pierres bleues translucides dont ils font de belles grosses bagues. On trouve aussi ici des rubis, quartz et cristaux.

 

La montagne c’est beau mais c’est aussi tres difficile

 

Nous arrivons a Gilgit le 14/05. Nous venons de passer la barre des 4000 kilometres et pour la premiere fois depuis 20 jours, nous descendons sous les 2000 metre d’altitude. La ville est bien triste, avec ses grandes rues sales, ses marchands d’armes (on parle de 18 millions d’armes non declarees!) et son terrain de polo vide. Nous ne restons qu’une nuit, au Moutain Refuge, hotel de bonne compagnie devenu un pensionnat pour filles après le 11 septembre!

Nous rejoignions la region de Chitral, au Nord-Ouest du pays, dans la chaine de montagne de l’Hindukush. Le bus est plein a craque, une joyeuse bande de porteurs et de guides qui vont sans doute encadrer un trek. En ce qui nous concerne, nous avons programme une randonnee de 2 jours avec passage d’un col a 4300 m, le Chumarkhan’An. Nous passons la premiere nuit dans une famille d’ismaeliens. Le lendemain, nous attaquons l’ascension des 7h du matin avec au passage quelques mises en garde “n’y allez pas, il y’a plus d’un metre de neige, pas avant juin” qui contrastent avec l’enthousiasme des habitants hier soir. Nous verrons bien… et nous avons vu! Affreuse journee, en effet il y’a de la neige, et des ruisseaux egalement, et des rochers glissants, et un ciel menacant. Nous n’esperons plus rien, a bout de forces, trempes, lessives, enerves… Il faut a tout prix que nous franchissions le col avant la nuit, sinon c’est la mort assuree, a cette altitude, la nuit dehors est inimaginable. Alors nous nous arrachons, serrons les dents, traversons tete baissee des portions ou plus d’un metre de neige s’est accumulee. Vers 18h, nous sommes sauves, nous sommes dans le versant descendant et ramassons du bois pour un feu au bord de la riviere. Le sol n’est pas bien plat mais aucune importance, le sommeil vient vite. Nous repartons le lendemain et rejoignions une nouvelle vallee qui conduit a Chitral. Voyant nos tristes mines, les premiers villageois nous invitent pour un the, puis un repas et puis la nuit. Tout le monde se connait ici et l’activite de l’apres-midi consiste a visiter toutes les maisons pour rencontrer le proprietaire, toujours presente comme le neveu du frere du cousin qu’on vient de voir chez Mohammed!

Le 18/05, nous arrivons a Chitral ou nous nous rendons directement au commissariat pour la registration obligatoire. Nous sommes a proximite de l’Afghanistan et la police tient a rassurer les visiteurs “have a good sleep, police is awake” (dormez bien, la police veille), peut on lire a l’entrée de la ville. Nous ne restons pas a Chitral, rejoigniant aussitot la vallee des Kalashs (une population de montagne polytheiste en voie de disparition-ils ne seraient plus que 3000. Ils menent une existence tres traditionnelle et sont reconnaissables par leur tenue vestimentaire, notamment chez les femmes, tres elaboree avec de multiples perles, boutons et couleurs). Nous la traverserons du sud vers le nord par un trek de 2 jours traversant les villages de Bumborait, Rumbur et Birir, coeurs de la vallee. Nous plantons la tente a la sortie du village de Bumborait, fuyant les innombrables Guest House aux noms evocateurs : “Kalash Valley Original Style” et autre “Indigeneous Hotel”. Mal nous en a pris car eclate en debut de soiree un bel orage et la tente prend l’eau, par le sol! Nous avons eu la bonne idée de la planter sur une terrasse non cultivee mais a la terre visiblement argileuse. Nous dormons quand meme au sec après avoir ecope le navire et attendu que la chaleur lourde d’apres-orage fasse le reste du travail.

 

 

La police mene l’enquete

 

Le lendemain nous sommes rapidemet rejoints sur le trek par deux francais et leur guide. Vincent et Stephane travaillent dans des ONG a Manserha, la ou le Pakistan a connu l’horreur d’un seisme devastateur laissant derriere lui plus de 80000 morts. Avec nos sacs de 15 kg, nous ne pouvons suivre le rythme de marcheurs sans bagages, aussi ils marquent regulierement des pauses pour nous attendre et discuter. Nos chemins se separent a mi-parcours. Une Jeep les attend pour rentrer a l’hotel, nous continuons a pied vers Chitral. Taj, le guide kalash nous indique le chemin a suivre, nous assurant qu’il est simple. Nous devons passer le col de Kundyak An a 2850m avant de redescendre dans la vallee. Dans le col, nous perdons les chemins de bergers et l’ascension devient vraiment difficile. Nous sommes dans une epaisse foret de coniferes et la pente est impressionnante. Il faut s’imaginer un versant de montagne, pas un col ou circulent des voitures. J’atteinds le sommet avant Remi et m’asseoids, fatigue. 10 minutes et 3 biscuits passent, Remi n’est toujours pas la. Il est 15h45, je l’appelle, pas de reponse. Je m’inquiete tres rapidement, ou peut-il etre, je suis au sommet du col, je n’ai pas bouge et il n’est pas passé. Il se serait d’ailleurs forcement arrête pour recuperer. Je redescends le col, cherche ses traces, m’imagine desormais le pire : crise cardiaque, rupture d’anevrisme, braquage en plein col, enlevement, piqure de serpent… Pendant une heure je parcours le col de long en large, crie, hurle, cogite. Il est 17h, je dois redescendre, s’il le faut je remonterai des l’aube mais il est sans soute en danger, je dois prevenir la police et lancer des recherches. Je redescends en trombe, marche, glisse, tombe et repars jusqu’au village de Grom ou il n’y a pas de telephone ni de gendarmerie. Que puis-je faire? Je n’ai meme pas d’argent, c’est Remi qui a tout. L’aubergiste que je viens de rencontrer est comprehensif mais lui-meme ne peut rien faire, il fait nuit, le premier village d’importance est a 20 kilometres et il n’y a pas une voiture dans le village. “Mange, lave toi et dors” me dit-il. “Tu n’as pas d’argent, peu importe, je t’invite”. Quelle generosite! Deux francais sont la aussi et imaginent avec moi des scenarios horribles, car il est veritablement impossible qu’il ai passé le col et il n’aurait pas fait demi-tour sans me prevenir. Non, il lui est arrive quelque chose de grave, je crains le pire! Je reste eveille toute la nuit et decolle a 5h avant d’atre rattrape par une Jeep qui me conduit a Ayun. Au flic de la ville qui porte une belle casquette a l’envers, j’explique la situation. Il reagit vite et previent ses collegues de Bumborait et de Chitral. Il faut partir a sa recherche, refaire le trek a l’envers. 3 flics sont mis au service : deux vieux dont l’un marche avec une canne et un jeune bien portant qui fondait dans son hamac. Ils n’ont pas l’air de bien connaitre la region et enfilent leurs tongs pour partir. Je crois que je vais devoir ne compter que sur moi meme dans ce col, comment peut-on escalader une montagne avec des chaussures en plastique? Nous voila dans une Jeep empruntee a un commercant contre un paquet de biscuits secs, on croit rever. Pour me rassurer, ils parlent de scorpions, de cobras et de tigres, tout en ponctuant toutes leurs phrases pas Inch’Allah. Nous attendons du renfort a un check point. Sauve, ceux-la ont des chaussures de marche en cuir mais chacun une clope au bec, ca promet. On me demande d’attendre une autre Jeep, celle-ci part en eclaireur… et revient bien vite avec Remi! Retrouvailles presque emouvantes le jour de son anniversaire, moi qui ecrivait dans ma tete le mail annoncant a ses parents la terrible nouvelle. Qu’est-il arrive? Remi a pris un chemin qu’il pensait mener au sommet et il est redescendu sans s’en rendre compte au pied du col, a l’endroit précis ou nous dejeunions 3 heures auparavant, au bord de la riviere. Trop loin l’un de l’autre, nous ne pouvions nous entendre. Il a passé la nuit avec des jeunes travailleurs payes 6 euros par mois pour pousser d’enormes troncs de bois sur la riviere utilisee comme un flume, avant de reprendre la route asphaltee ce matin. Ce trek marque notre derniere journee dans le nord du pays et le soir meme nous fetons l’anniversaire de Remi dans un bon restaurant avec Vincent et Stephane, retrouves par hazard a Chitral.

 

Peshawar, envoutante et indescriptible

 

Le minibus qui prend la route pour Peshawar est plein a craquer, nous sommes 19! Serres comme des sardines, nous prenons notre mal en patience pendant les 13h de route necessaires pour couvrir 350km entre les montagnes et la plaine du centre du pays. Deux cols a 3000 sont au programme, la route est un chemin defonce sur lequel nous croisons de nombreux camions pakistanais, de vrais arbres de noel a roues! Neons, ventilateurs, guirlandes, peinture multicolore, proue de navire et pare chocs surdimensionnes… Ici on aime le kitch, les fleurs, les histories d’amour a l’eau de rose et les mechants gangsters aux mains ensanglantees. Tout ca s’observe dans la rue, sur les trottoirs. La conduite est dangereuse, on fait du bruit, on pollue, on crie, on frotte les carrosseries. Le des villes est totalement different de celui des montagnes, calme et reposant. Nous arrivons de nuit a Peshawar, après avoir passé les camps de refugies afghans. Peshawar, ville de tous les vices, des fusillades, du traffic de drogue, des armes a feu, des mendiants… Une atmosphere folle, exitante, mystrieuse. Tout ici est plus qu’ailleurs. Kaboul n’est qu’a 140 kilometres et beaucoup de voyageurs prennent cette direction. Devenu plus sur, les visas sont delivres rapidement et sans difficulte. Si nous avions du temps, sans doute pousserions-nous aussi l’aventure dans ce sens. En attendant, nous avons faim mais le est loin d’etre une destination gastronomique. Au choix, enorme brochette de 500 grs de mouton ou bien… enorme brochette de 500 grs de mouton! Nous nous rabattons sur des lentilles, comme souvent. Heureusement les pakisanais sont les rois des jus de fruits frais et autres milk-shakes rafraichissants. Sur les trottoirs, les homes (il n’y a pas une femme dans la rue) ont installe leurs lits et cherchent la fraicheur de l’exterieur. Il fait bien 30 degres quand nous nous couchons, sans couverture, le ventilateur a fond. Nous visitons la vieille ville de Peshawar le lendemain. Le Khyber Bazar est l’un des plus beaux que nous ayons fait. Sous bien des aspects il ressemble au Grand Bazar d’Istanbul, mais sans le cote ordonne. Ici c’est la foire, partout, des qu’il y’a une petite place, on la saisit. Les cordonniers travaillent a 4 mains sur le sol, leurs pieds servant d’etaux. Les enfants sont nombreux aussi, dans les gargottes, les boulangeries, les imprimeries… On sent de la pauvrete malgre la gentilesse des gens, on observe les ombres furtives des femmes en burqa afghane.

 

Attente du visa indien a Islamabad

 

Nous sommes en ce moment au camping d’Islamabad, un petit coin de verdure au coeur d’une ville moderne, aux grandes avenues proprettes bordees de beaux magasins dans lesquels se jettent les riches familles a la nuit tombee. Les gens menent ici une vie nocturne car la chaleur est lourde, l’air humide. Nous attendons notre visa indien, delivre mardi prochain si tout va bien. Et puis des jeudi nous passerons en Inde.

Par CapAsia - Publié dans : Pakistan-Inde (Karakoram Highway)
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